LES ÉLUS
peu plus loin ' : « il faut qu'un prophète meure à Jérusalem ». On entrevoit souvent dans le troisième Evangile et surtout, dans cette partie, la préoccupation de la réprobation des Juifs et du salut des Gentils. La mort de Jésus mettra le sceau à tous les crimes d'Israël; elle doit s'accomplir à Jérusalem, et dès lors Jérusalem ne sera plus la cité de Dieu. Le grand dessein providentiel est en voie de se réaliser. Jésus est censé profiter des occasions qui se présentent, pour le proclamer devant le peuple.
La question sur le nombre des élus n'a pas de lien étroit avec l'indication qui précède ; on ne dit précisément ni où ni quand elle fut posée. C'est un de ces artifices rédactionnels dont Luc use volontiers pour amener les discours que ses sources lui fournissent. L'évangéliste a tiré cette question de la sentence qui se lit dans Matthieu2 : « Il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus. » Il serait arbitraire de la rattacher aux paraboles du Sénevé et du Levain, puisque l'auteur a placé dans l'intervalle toute une série de prédications dans les villes et les villages. Le rapport qui existe entre ces réflexions sur le salut, et ce qu'on lit avant et après, est un rapport logique, fondé sur l'affinité des enseignements. Il s'agit toujours de signifier la réprobation d'Israël au profit des nations. Si l'on considère le développement qui est donné dans Matthieu à la comparaison de la « porte étroite », et qui doit être primitif, on est tenté de soupçonner que le texte complet de la sentence 3 aura contribué aussi à l'interrogation : « Seigneur y en aura-t-il peu de sauvés. » C'est à une question de ce genre, peu importe la façon dont elle se soit présentée, que répondent les trois morceaux que l'on trouve ici réunis en un seul discours : comparaison de la « porte étroite » par où beaucoup ne pourront pas passer ; parabole de ceux qui arrivent au festin quand la porte est fermée, et qui sont condamnés à rester dehors ; déclaration concernant l'admission des Gentils au festin messianique. Que la combinaison soit de Luc ou d'une de ses sources, elle ne peut appartenir qu'à une rédaction secondaire '* des discours du Christ.