Deut. xxi
5. ô 8k ôietXsv aùxoïç tôv jSt'ov, « il leur partagea le bien », ne (signifie pas que
étaient dans les habitudes de ce temps, et un cadet pouvait avoir de bons motifs pour solliciter les moyens de se créer une situation indépendante.
Mais à peine le partage a-t-il été fait, que le jeune fou réalise promptement i toute - sa fortune, qui doit être censée consister en argent et en objets de valeur, non en immeubles, et, pour échapper à la surveillance de son père, s'en va bien loin3. Dans le pays où il s'est installé, il se livre à toutes sortes de débauches4. Le trésor emporté se vide rapidement. Bientôt le prodigue n'a plus rien. Survient une grande famine qui lui enlève jusqu'à la ressource de la mendicité \ Il est trop heureux qu'un habitant de la ville où il se trouve consente à le prendre pour garder un troupeau de porcs dans la banlieue 6. Cet emploi, pour un juif, représente le dernier degré de l'humiliation. Cependant le malheureux n'a même pas l'avantage d'éviter ainsi le supplice de la faim. On accepte ses services, on ne les paie pas. Ce n'est pas lui qui donne aux pourceaux les gousses de caroubier dont on les nourrit. Sans cela, il en prendrait pour calmer, vaille que vaille, les tourments de son estomac vide 7.
les deux parts aient été égales, et montre que la part de l'aîné a été fixée d'une façon définitive.
1. V. 13. Peut-être doit-on lire, avec D, xci où perà KoXXàç T)[A£pa; (cf. Act., i, 5), au lieu de zal ;j.et' où -oXXàç rjjxlpa;. En tout cas, il y a là une litote pour signifier l'empressement du prodigue à mettre la main sur son avoir.
2. auvayaywv ràvTa. Ss. ajoute sans nécessité : « ce qui lui revenait ».
3. à7î£5rj[i.ria£v et; ywpav ji.ay.pav. L'emploi d'une formule analogue dans Le. xix, 12, n'autorise pas à supposer que l'on songe à l'Italie (opinion de Holtzmann, 384). Cf. Julicher, II, 240.
4. Çwv àaoixfoç. Ss. Se. ajoutent : « avec des prostituées », d'après v. 30. Le narrateur ne donne aucun détail sur les débordements du prodigue, mais il en décrit soigneusement les résultats.
5. V. 14. Ss. : « Et quand il eut dépensé tout son avoir, il y eut une famine en ce pays -là. » L'ancienne italique ne suppose pas non plus îa-/upà après Xt[xdç. Ss. (et Se.) a jugé inutile la remarque : « et il se trouva dans le besoin » ; mais l'indication n'est pas superflue, car c'est à cause de la famine que le prodigue ruiné ne peut pas vivre sur le commun.
6. On ne voit pas que ces détails aient rapport à la question des Gentils (Holtzmann, loc. cit.) ; mais la description, où entrent certains traits plus colorés que vraisemblables (par ex. v. 16), doit venir en partie du rédacteur. V. 25. !C0psu8ct$ détermine èzoXXtjÔt), et ne doit pas s'entendre d'un voyage. Pour la situation du propriétaire, cf. Me. v, 14; I, 808.
7. V. lô.xat èjuOûjas'. fEtAiaot'. tîjv xotXîav aixrj àrcô t<3v xepaxîtov. Cette leçon, autorisée par Ss. Ital. et la plupart des mss. onciaux, paraît préférable à K
De savoir comment il se trouve empêché de prendre aux porcs quelques gousses de caroubier, et si ses compagnons auraient pu lui venir en aide, c'est ce qui importe peu au but de la parabole. Mais le trait manque de vraisemblance.
Arrivé à cette extrémité, il rentre en lui-même *, il songe, il se souvient. Un monologue représente le travail de sa pensée : làbas, dans la maison paternelle, le dernier des mercenaires a du pain à satiété ; et lui, le fils, qui devrait manger à la table du maître, abondamment servi par les esclaves de son père, est ici mourant de faim. La situation matérielle des mercenaires, ouvriers libres, pris à la journée pour aider les serviteurs de la maison, était moins bonne que celle des esclaves. Devenu mercenaire lui-même, le prodigue se compare à ceux qu'il a vus dans la maison paternelle. Ceux-là, «du moins, ont du pain -. Il faut partir 3, et, pour être accueilli, se reconnaître coupable, demander pardon. Mais cet aveu, imposé par la nécessité, n'est-il pas réclamé aussi par la justice ? Le pauvre égaré comprend non seulement la folie mais l'indignité de sa conduite. En quittant sa famille et son pays pour se livrer à une vie désordonnée, il a plongé son père 4 dans la douleur, et il a offensé Dieu •'. Il ne demandera pas qu'on oublie ses fautes ; il se déclarera prêt à les expier. Son père ne refusera pas
B D L, It:£6ûjj.£i yopTaaOïjvai ix ;wv xspartcov, qui parait être une atténuation (cf. Le. xvi, 21). La crudité de l'expression montre que le malheureux n'a plus aucune délicatesse de goût, et ne voudrait qu'assouvir sa faim. B. Weiss, Lk. 532.
1. V. 17. Et; éauTov 8è èX0wv ne signifie pas que le prodigue se repent, mais qu'il reprend possession de sa raison (cf. Act. xii, 11).
2. Les pains que les mercenaires ont à leur disposition contrastent avec les gousses de caroubier qui sont refusées au prodigue.
3. V. 18. àvatrcà; r.opvjaopai exprime cette résolution, le participe n'ayant pas de signification distincte (cf. supr. p. 147, n. 6); il n'y a pas allusion à la distance, ni à la faute commise, qui n'a pas consisté dans le voyage et l'éloignement, mais dans la débauche et le gaspillage du bien paternel.
4. Dans la prière projetée, v. 18, et répétée v. 21, le mot « père » n'est pas employé pour justifier la demande du fils ; il exprime l'amour filial.
5. V. 18 et v. 21 : « le ciel « représente Dieu, ce qui exclut l'identification du père du prodigue avec le Père céleste. Les formules eîç rôv oupâvdv, êvcÔTCiov aou ne marquent pas une différence dans le péché ; peut-être y a-t-il dans la seconde une nuance de respect (cf. supr. p. 142, n. 1), mais elle s'emploie en parlant des hommes (cf. I Sam, xx, 1 ; LXX). « Devant toi » ne peut signifier ici : « à tes yeux, selon ton jugement ».
de le prendre à cages et de le traiter comme un étranger que l'on paie selon son travail En disant qu'il ne mérite plus d'être appelé fils, il confesse qu'il n'a plus le droit d'être traité comme tel *.
Dans cette pensée, il s'en va. Le voilà qui arrive à une certaine distance de la maison paternelle, et son père, qui l'aperçoit de loin, le reconnaît. Peut-être, au dernier moment, n'aurait-il pas osé approcher de ce père dont il a si mal récompensé l'affection. Mais le père lui-même accourt au-devant de lui, se jette à son cou, l'embrasse. Le fils commence sa confession : « Père, dit-il, j'ai péché contre le ciel et contre toi ; je ne suis plus digne d'être appelé ton fils. » Mais il n'ajoute pas les paroles qu'il se proposait de dire encore : « Traite-moi comme un de tes mercenaires 2 », non sans doute parce que l'accueil paternel lui promet bien davantage 3, mais parce qu'il en est tout confus et s'arrête à l'aveu de sa faute, n'osant exprimer aucun désir 4. Le père, d'ailleurs, ne lui laisse pas le temps de les prononcer. Il a trop grande pitié de ce mendiant déguenillé qui est son enfant. Tous les esclaves, qu'on doit supposer être venus sur les pas du père, sont mis en mouvement pour le fils. Ce n'est pas assez de lui donner une tenue convenable. On va fêter son retour, que le père semble avoir attendu impatiemment, bien qu'il y comptât si peu. Qu'on aille vite 5 chercher dans le coffre aux habits la plus belle robe : le texte dit « la première », c'est-àdire la plus précieuse, non son ancienne robe (i, et l'on sait d'ailleurs
1. V. 19. -ot'ïjadv ti.£ w; i'va twv [Ataôûov aou ne laisse pas entendre que le fils ne pourra pas être vraiment un mercenaire, mais indique seulement où vont les désirs du repenti. Jùlicher, II, 349.
2. N B D les ajoutent, d'après le v. 19; mais ce n'est pas sans raison que Luc les a omises ; elles sonneraient faux en cet endroit.
3. Augustin, Bède, Maldonat (qui admet que la demande a pu être répétée, bien que l'évangéliste ne le dise pas), beaucoup de modernes.