Cf. xxin
Marc, xi, 12-14, 20-26. Matth. xxi, 18-22. Luc, (xm, 6-9) xvu, 5-6.
Marc, xi, 12. Et le Matth xxi, 18. Et le (Luc, xm, 6. Et il dit lendemain, comme ils matin, en revenant à la une parabole : « Quelsortaient de Béthanie, ville, il eut faim. 19. qu'un avait un figuier il eut faim; 13. Et .Et voyant un figuier planté dans sa vigne, voyantde loin un figuier sur le chemin, il s'en et il vint y chercher du qui avait des feuilles, approcha, et il n'y fruit, et n'en trouva il alla (voir) s'il y trou- trouva rien que des pas. 7. Et il dit au viverait quelque chose ; feuilles, et il lui dit : gneron : « Voilà trois et s'en étant approché, « Il n'y aura plus fruit ans que je viens cheril n'y trouva rien que de toi jamais !» Et à cher du fruit à ce des feuilles; car ce l'instant le figuier de- figuier, et que je n'en n'était pas le temps des vint sec. 20. Et voyant trouve pas. Coupe-le. figues. 14. Et prenant cela,lesdiscipless'éton- Pourquoi rend-il auss la parole, il lui dit : nèrent, disant : « Com- la terre stérile? » 8. Et « Que personne à ja- ment le figuier est-il (le vigneron), réponmais ne mange fruit de devenu sec en un ins- dant, lui dit : « Laissetoi! » Et ses disciples tant? » le encore cette année,
entendaient (cela) 20.' Et en pas- pour que je creuse à l'entour et que
sant, le matin, ils virent le figuier j'y mette du fumier. 9. Peut-être
(qui était) devenu sec depuis les portera-t-il du fruit à l'avenir; si racines. 21. Et Pierre, se souvenant, non, tu le couperas. ») lui dit : « Maître, vois, le figuier que tu as maudit est devenu sec. »
Le rapport de Marc et de Matthieu, dans cette histoire du figuier, montre une fois de plus la liberté que les évangélistes prennent à l'égard de la chronologie, même quand celle-ci paraît tenir à la substance de la narration*. D'après Marc, Jésus était revenu à Béthanie le soir de son entrée à Jérusalem, après s'être contenté d'observer ce qui se passait dans le temple. Le lendemain, retournant à la ville sainte, pour l'expulsion des vendeurs, il aurait éprouvé subitement le besoin de manger. Un figuier verdoyant se remarquait
à quelque distance. Jésus s'en approche, pour voir s'il y trouverait quelque fruit; mais il n'en trouve pas, ce qui, observe l'évangéliste, n'était pas très surprenant, vu que « ce n'était pas la saison des figues ». Cependant Jésus se fâche et maudit l'arbre qui l'a déçu dans son espoir : que nul ne cueille jamais une figue sur ce figuier ' ! La parole avait été dite assez haut pour que les disciples pussent l'entendre, et c'est ainsi qu'ils furent à même d'en vérifier l'effet. Jésus a continué sa rout.e vers Jérusalem, sans qu'on sache comment sa faim s'est apaisée ce jour-là, et il a chassé les vendeurs du temple; il est revenu le soir à Béthanie; de nouveau, le lendemain matin, il passe avec ses disciples devant l'arbre, et les disciples s'aperçoivent que le figuier, si plein de sève la veille, est maintenant desséché depuis la racine jusqu'au faîte. Pierre en fait la remarque, comme pour constater et pour signaler à Jésus luimême le résultat de la malédiction 2.
Matthieu, qui a mis le même jour l'entrée solennelle à Jérusalem et l'expulsion des vendeurs, a dû renvoyer après ce dernier fait la malédiction du figuier, et il a trouvé plus simple de supprimer l'intervalle que Marc avait mis entre la malédiction et la vérification de son effet. Le figuier se dessèche <v à l'instant », et les disciples aussi le remarquent « tout de suite » 3. La répétition de l'adverbe dans le discours des disciples laisse voir que l'évangéliste a modifié consciemment la donnée de Marc ; mais peut-être a-t-il été moins préoccupé de grossir le miracle que d'unifier la narration. Toujours est-il que, dans le premier Evangile aussi, Jésus a faim, voit un figuier sur le chemin, s'en approche et le maudit, parce qu'il y trouve seulement des feuilles, et pas de fruit. Matthieu s'abstient dédire que ce n'était pas la saison des figues ; il laisse plutôt entendre que le figuier aurait pu avoir des fruits aussi bien que des feuilles, et ainsi s'explique la malédiction.
1. V. 14. [xr|Z£xi eî; xôv aïwva ïx aou u.Y)5etç xaprcôv <pàyoi. Mt. 19. oîi [jLYjxéirt lx aou xapxôç yËvYiTa! et; tov atîova.
2. Il y a subtilité à dire que Dieu a exaucé le désir de Jésus, mais que ce n'est pas la volonté de Jésus qui a causé la mort de l'arbre (B. Weiss, Mk. 179). La malédiction n'est pas un simple désir, et il est sous-entendu qu'elle ne pouvait manquer d'être exaucée. Et si on la prend pour une malédiction symbolique d'Israël (ici. 177), le Christ aurait ainsi voué lui-même son peuple à la destruction.
3. V. 19. xaù IÇTipavOir) 7rapa^p^aa y\ aruxr}. 20. xat too'vxs; eu u.a6r]Tat ÈOa'Ju.aaav Xiyovts;- 7rwç TzaoaypTJjj.a ££7)pâv8ir) f) ayxfj ;
Le rédacteur du premier Evangile a librement traité un récit qui, dans Marc, paraît avoir été librement conçu. Considéré en soi, le fait est étrange et invraisemblable. Les évangélistes le présentent certainement comme réel; mais ils y rattachent une leçon morale. Par malheur, la leçon ne s'adapte pas bien au fait, et paraît avoir été importée d'ailleurs. On ne peut donc blâmer les critiques qui ont supposé derrière le récit une parole ou une parabole qui se serait matérialisée dans l'histoire du figuier desséché.
Les commentateurs se sont ingéniés à expliquer et à justifier comme réels tous les détails de la narration. Il n'est pas étonnant que l'on pût voir beaucoup de figuiers du côté de Bethphagé, « la maison des figues ». Le récit évangélique se place vers le milieu du mois de mars. Jésus aurait vu un figuier, plus avancé que les autres, qui était déjà tout couvert de feuilles; mais cet arbre n'avait ni fleurs ni fruits, parce que c'était un figuier stérile. Comme la Loi permettait de prendre quelques fruits en passant, la démarche de Jésus n'a rien d'insolite ni de choquant. Sans doute, «ce n'était pas la saison des figues », mais puisque le Sauveur avait faim et cherchait des figues sur l'arbre, c'est qu'il avait quelque chance d'en trouver. On se demande si les figues sur lesquelles il aurait pu mettre la main auraient été des figues précoces, ou bien, au contraire, des figues tardives. Les premières, dans les environs de Jérusalem, ne sont pas mûres avant le mois de juin ; mais on dit qu'elles mûrissaient peut-être avant cette date aux environs du lac de Tibériade, et que l'apparence de l'arbre pouvait faire croire à une précocité extraordinaire. Il n'aurait pas dû avoir de feuilles, et il en avait ; il pouvait bien avoir aussi des fruits1. Les interprètes qui préfèrent les figues tardives observent que ces figues peuvent rester sur l'arbre après que les feuilles sont tombées. Mais il faudrait ici qu'elles eussent passé l'hiver et se fussent conservées dans les feuilles nouvelles. Des personnes au courant des choses palestiniennes estiment, avec Marc, que Jésus ne pouvait alors trouver sur le figuier ni figues tardives ni figues précoces2. Marc aurait-il changé la date de l'incident? Quant au miracle, Jésus l'aurait fait à cause de la leçon qu'il voulait donner à ses disciples.
Rien de moins satisfaisant pour le sens commun, et l'on peut