LE TRIBUT DE CÉSAR 33B
rôle de Messie, et même l'espérance du prochain règne de Dieu. Il allait, croyaient-ils, déclarer qu'un bon Juif ne devait pas payer le tribut à un prince infidèle. Cette réponse donnée, ses ennemis n'auraient eu qu'à la transmettre au gouverneur pour- que l'arrestation de Jésus, que les membres du sanhédrin n'osaient exécuter eux-mêmes, se fît par le moyen de la police romaine. Que si Jésus reconnaissait l'obligation du tribut, il se perdait dans l'opinion publique.
Ce plan est déjoué par la réponse que le Sauveur fait sans hésiter. Après avoir signifié aux questionneurs qu'il n'est pas dupe de leur mauvaise foi *, il demande qu'on lui montre un denier 2, une pièce de la monnaie qui avait cours dans le pays. Le rédacteur du premier Evangile remplace le mot « denier » par « la monnaie du tribut 3 », pour expliquer à quelle intention Jésus demandait qu'on lui fît voir la pièce de monnaie. Le tribut qu'il a eu en vue est celui qui pesait sur tout le monde, l'impôt de la capitation, dont le montant se trouve en rapport avec la valeur de la monnaie que la Sauveur se fait montrer. La monnaie romaine était employée par les Juifs euxmêmes dans l'usage commun, et elle était frappée à l'effigie de l'empereur. Les gens qui s'en servaient tous les jours ne devaient pas se faire scrupule de la rendre à celui qui l'avait mise en circulation.
Le Sauveur les oblige à dire eux-mêmes que la figure, avec la légende que porte la monnaie, représente l'empereur 4. Qu'on restitue à César ce qui vient de lui. Mais la réponse de Jésus va plus loin que la question posée. En ajoutant qu'on doit rendre à Dieu ce qui lui appartient 5, il donne à entendre que la soumission politique,
1. Me. 15. xi (jl£ TceipctÇexs ; Mt. 18, ajoute ujxoxpixou, ce qui rend le discours violent. L'évangéliste s'inspire de xxiii, 13, la, 23, 25, 27, 29. Il est amené à écrire d'abord : yvoùç 8s ô I. tï]v zovrjpîav aùxwv, au lieu de Me. : ô 81 sîôœç aùxwv tï]v uTOZf.aiv. Le. 23, dit : xaxavoTj'ja; 81 aùxojv rrjv ^avoupyt'av, et ne met dans le discours aucune allusion au mauvais procédé des pharisiens.
2. Me. çipETÉ tjLot Srjvàptov t'va l'8to. Le. 2i. 8i:Ç«tî [Jiot 8rjvapiov. Wellhausen, Me. 101, conclut de cette demande que Jésus n'avait pas d'argent sur lui.