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LE GRAND COMMANDEMENT Marc, xii, 28-34. Matth. xxn, 34-40. Luc, x, 25-37; xx, 39-40.
Marc et Matthieu signalent parmi les incidents du ministère hiérosolymitain une question de pure doctrine qui aurait été posée au Sauveur touchant le principal commandement de la Loi. La même anecdote, sous une forme un peu différente, est rapportée plus haut dans le troisième Evangile, qui y rattache la parabole du Samaritain.
Marc, xii. '28. Et Matth. xxn, 34. Et Luc, x, 25. Et voici
s'étant approché, un les pharisiens, appre- qu'un docteur de la Loi
des scribes, qui avait nant qu'il avait fait se leva, voulant
entendu leur dispute, taire les sadducéens,* se l'éprouver, (et) disant :
voyant qu'il leur avait rassemblèrent ; 35. et « Maître, que dois-je
bien répondu, lui de- l'un deux, docteur de faire pour posséder la
manda : « Quel est le la Loi, lui demanda, vie éternelle? » 26. Et
premier commande- pour l'éprouver : 36. il lui dit: «Qu'y a-t-il
ment de tous ? » 29. « Maître, quel est le d'écrit dans la Loi ?
Jésus répondit : « Le plus grand commande- Qu'y lis-tu? » 27. Et
premier, c'est: «Écoute, ment de la Loi? » 37. lui, répondant, dit :
Israël, le Seigneur notre Et il lui dit : «Tu aime- «Tu aimeras le Sei-
Dieu est le seul Sei- ras le Seigneur ton gneur ton Dieu de tout
gneur;30. et tu aimeras Dieu, de tout ton cœur, ton cœur, de toute ton
leSeigneur ton Dieu, de de toute ton âme, de âme, de toute ta force,
tout ton cœur, de toute tout ton esprit. » 38. de tout ton esprit, et
ton âme, de tout ton C'est le plus grand et ton prochain comme
esprit, de toute ta le premier commande- toi-même. » 28. Et il
force. « 31. Le second ment. 39. Un second lui dit : « Tu as bien
est celui-ci : « Tu ai- lui est semblable: « Tu répondu. Fais cela et tu
meras ton prochain aimeras ton prochain vivras. »
comme toi-même. » Il comme toi-même. »
n'y a aucun autre corn- 40. C'est à ces deux
mandement plus grand commandements que
que ceux-là. » toute la Loi se rattache, ainsi que les Prophètes. »
Marc, xii, 32. Et le scribe lui dit : Luc, xx, 39. Et prenant la parole,
« Bien, maître, tu as dit avec rai- quelques-uns des scribes dirent : son qu'il (Dieu) est unique, et qu'il « Maître, tu as bien parlé. » 40. n'y en a pas d'autre que lui ; 33. et Car ils n'osaient plus rien lui del'aimer de tout (son) cœur, de mander.
toute (son) intelligence, de toute (sa) force, et aimer (son) prochain comme soi-même vaut mieux que tous les holocaustes et les sacrifices. » 34. Et Jésus, voyant qu'il avait répondu sagement, lui dit : « Tu n'es pas loin du royaume de Dieu. » Et nul n'osait plus l'interroger.
Marc suppose qu'un scribe avait entendu la conversation du Sauveur avec les sadducéens1. Comme les pharisiens défendaient contre ceux-ci la croyance à la résurrection, ils ne pouvaient qu'être flattés qu'on les eût réduits au silence. L'un d'eux aurait donc été ainsi encouragé à questionner Jésus sur un point important, ou jugé tel dans les disputes de l'école, à savoir quel était le premier ou le plus grand commandement de la Loi. On sent que l'interrogateur est un casuiste; mais la suite montre que l'évangéliste a voulu le présenter comme une âme droite et sincèrement religieuse. Jésus lui répond en citant les passages du Deutéronome 2 et du Lévitique 3, concernant l'amour de Dieu et l'amour du prochain. Marc donne le premier précepte avec le préambule solennel : « Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur. » La formule entière est
1. V. 28. £Î; îwv ypa|jL|i.aTcO)v, ày.ouaa; aùxàiv auv£7]xouvxa>v, sîôw; (AB ; NCDL, mss. lat. Vg. îBcov) cm xxà.
2. vi, 4-5. Hébr. : « Tu aimeras Iahvé ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton pouvoir. » LXX : iÇ oXrjç t^ç Stavot'aç aou xaî è£ oXt); xtjç ^uyîjç aou xaî È? oXyj; xyj; Suvâaswç aou. Me. 30. If oXrn tyJî xapena; aou x. t. o. x. dr, a. xaî èÇ oXï|; x9j; Stavot'a; aou xaî èÇ oki\i xfjs îayuo; aou. Les LXX emploient de même îa/j; dans II Rois, xxm, 25. La citation de Marc semble donc faite d'après l'hébreu ; x. t. o. x, oiavota; aou, qui fait double emploi avec x. s. o. x. xàpcuaç aou, et qui manque dans D (Ss. quelques mss. lat.), au lieu d'être dû à l'influence des LXX, pourrait n'être pas primitif dans Marc. Cependant, comme Le. x, 27 a le même doublet, et que Mt. 37 lit iv ô'Xr) Tfj cuavota aou, sans rien qui corresponde au quatrième membre de Marc, la leçon commune semble devoir être maintenue. D'autre part, l'emploi de èv, au lieu de IÇ, dans Matthieu et dans Luc (sauf pour le premier membre de l'énumération), qu'on trouve aussi dans II Rois, xxm, 25 (supr. cit.), est conforme à l'hébreu. On peut donc soupçonner derrière les trois Synoptiques une source qui contenait la citation tout entière selon l'hébreu.