‹ Les évangiles synoptiques (volume 2)Chapitre 314 sur 729 · Il ne s'agit pas d'un simple caravansérail · texte numérisé non relu

Il ne s'agit pas d'un simple caravansérail

lui prodigue toutes les attentions que réclame son état. En partant le lendemain l, il donne un peu d'argent à l'hôtelier, s'engageant en outre à payer, lors de son prochain retour, ce qui pourrait avoir été dépensé en plus. Le samaritain n'est pas riche ; ses deux deniers représentent probablement la dépense de son protégé pendant deux jours2; il répond néanmoins du surplus, si la convalescence du blessé doit se prolonger. La destination de la somme remise est expliquée par ce que dit le samaritain à l'hôtelier : « Prends soin de lui », sans qu'il soit besoin d'autre éclaircissement. Il va de soi que les frais antérieurs au départ du samaritain ne sont pas comptés dans les deux deniers.

Pris en lui-même, ce petit récit forme un tableau achevé. On n'a pas besoin de savoir si le blessé a été rétabli au bout de deux jours, ou si son bienfaiteur a dû payer un supplément. L'égoïsme du prêtre et du lévite apparaît sans qu'il soit nécessaire d'en dire un mot ; la bonté du samaritain peut se passer d'éloges. Si l'on fait abstraction du contexte, la morale de l'histoire est que des gens méprisés par les Juifs peuvent être beaucoup meilleurs queux, et plus rapprochés du royaume des cieux. Ils ont donc le droit d'être traités en frères, comme les enfants d'Israël. Les Samaritains, comme tels, ne sont pas mis au-dessus des prêtres et des lévites ; mais on montre qu'un samaritain charitable vaut mieux qu'un prêtre sans charité ; c'est la charité désintéressée qui fait le mérite devant Dieu, et qui doit le faire devant les hommes ; aucun privilège de naissance ou de situation n'y peut suppléer ; un samaritain bienfaisant est digne du royaume céleste, un prêtre égoïste ne l'est pas 3.

Pour faire l'application de cet exemple au sujet qui a été précé-

1. V. 35. xat irei tïjv a'jpiov èxjîaXwv 8uo Srçvapia eowxev tm TcavSoyçeïxrX. Ss. : « le lendemain matin » peut être dans la vraisemblance du récit, mais n'est pas signifié dans la formule : hà tïjv àupiov. La traduction : « Et pour le lendemain, tirant (de la ceinture qui lui servait de bourse) deux deniers, il (les) donna à l'hôtelier », offre un sens peu naturel. Il est également arbitraire de supposer que le samaritain n'avait pas le temps de coucher à l'hôtellerie, ou bien, au contraire, qu'il y aura couché pour l'amour du blessé. On ne peut pas traduire non plus :« Et partant (IxjîaXoiv), il donna deux deniers. » Pour signifier expressément le départ, plusieurs témoins ont ajouté èÇeXOiov devant Èx[3aXci5v.

Page 1