Cf. Brandt, 81-84 ; J. Wkiss, AK
Juifs. Tout en interpolant dans la séance du matin la majeure partie de ce que Marc a raconté de la séance nocturne, Luc a pu encore se rendre compte de la contradiction que le jugement et la condamnation du Christ par le sanhédrin introduisaient dans le récit traditionnel ; il aura vu, dans la source de Marc, que cette condamnation n'avait pas eu lieu, et c'est pour ce motif qu'il n'en dit rien, non pour charger Pilate, qu'il est tout aussi disposé que les autres à montrer innocent de la mort du Sauveur.
Marc, xiv, 65. Et quelques-uns se mirent à cracher sur lui, à lui voiler le visage, à lui donner des coups de poing, et à lui dire :
« Prophétise ». Et les valets le reçurent avec des soufflets.
Matth.xxvi, 67. Alors ils lui crachèrent au visage et le frappèrent à coups de poing; et d'autres lui donnèrent des soufflets, 68. disant : « Prophétisenous, Christ, quel est celui qui t'a frappé. »
Luc, xxn, 63. Et les hommes qui le tenaient se moquaient de lui, le frappant, 64. et, lui voilant la face, ils l'interrogeaient, disant : « Prophétise qui est celui qui t'a frappé. » 65. Et ils lui adressaient beaucoup d'autres injures.
Dans les deux premiers Évangiles, le jugement chez Caïphe est suivi d'une scène odieuse, où l'on voit les membres du sanhédrin outrager le Christ. Marc ' parle seulement de « quelques-uns », puis il fait intervenir les valets. Matthieu2 ne mentionne pas ces derniers, et il s'exprime comme si Caïphe et tous ses assesseurs s'étaient rués sur Jésus. Le troisième Evangile, qui retarde l'interrogatoire, semble anticiper la scène des outrages, qu'il a seulement laissée à la place que lui assignent Marc et Matthieu, parce qu'il ne pouvait convenablement la mettre entre la réunion matinale du sanhédrin et le jugement devant Pilate. Il a fait voir Jésus amené chez le grand prêtre, Pierre dans la cour, avec les satellites, le reniant trois fois ; pour l'enchaînement de ses récits, il suppose que Jésus est resté lui-même dans la cour, sous la garde des satellites ; c'est pourquoi le Sauveur peut se retourner vers Pierre après le troi-
i. V. 65. xai rjpÇavxd xiveç l[X7uxusiv aùxûS xai jteptxaXtaxeiv aùxoîi xô JtpôotoJïOT xai xoXacp(££-v aùxôv xai Xsyeiv aùxôi- Tïpoçprjxeuaov, xai oî Oriripéxai pantajxaoïv aùxov È'XajSov .
2. V. 67. xo'xe £V£7iTucrav stç xô rpo'ato^ov aùxou xai ÈxoXdtyiTav aùxdv, oi oï îpâîitaav 68. Xé^ovre;' 7:po<prïxeu<rov rjuïv, Xptaxé, xi; sartv ô Ttataaç «te;
sième reniement; c'est pourquoi aussi l'évangéliste peut ensuite, sans autre explication, introduire la scène des outrages, qu'il attribue aux hommes qui gardaient Jésus dans la cour du grand prêtre 1. Combinaison artificielle, où la scène des outrages apparaît comme un élément adventice, qui sert, dans l'économie de la narration, avec le reniement de Pierre, à remplir le temps compris entre l'arrestation du Sauveur et la réunion matinale du sanhédrin 2.
Ainsi qu'il a été observé plus haut, la scène des outrages chez Caïphe, tout à fait parallèle à la scène de dérision dans le prétoire, pourrait avoir été dédoublée de celle-ci, pour compléter le récit du jugement par le grand prêtre. On s'expliquerait ainsi plus facilement la gaucherie qui caractérise la narration de Marc, et que les deux évangélistes plus récents ont corrigée chacun à sa façon. Les « quelques-uns » qui, d'après le second Evangile, se mettent à frapper Jésus, arrivent on ne sait d'où ; le contexte inviterait à voir en eux des membres du sanhédrin ; mais Marc ne le dit pas expressément, et peut-être n'est-ce que par une maladresse de rédaction qu'il paraît le laisser entendre ; il ne semble pas qu'une distinction nette s'établisse en son esprit entre ceux qui commencent à frapper Jésus, et les valets qui le reçoivent avec des soufflets 3. La
1. V. 63. xa\ oî avope; oï auvé/ovteç aùrôv ÈvÉTtatÇov aù-cw ôipovTE; (ce dernier mol manque dans D, mss. lat.), 64. xat xfptxaX&jiavtifi aùrôv £7iï)pwTwv Xèyovtiç r.pofr[- Tsuaov, Tt'ç Ètmv ô 7tai'aa; ai ; 65. xal stspa rcoXXà (3Xa<j<pT)(j.oùvTs; s'Xsyov il; aÙTo'v.