‹ Les évangiles synoptiques (volume 2)Chapitre 565 sur 729 · Holzmann · texte numérisé non relu

Holzmann

3. On voit volontiers dans ce passage de Marc un latinisme : « verberibus aliquem accipere » (Cicéron). Field, 40, objecte que Jésus ne tombe pas pour la première fois aux mains des valets, ce qui exclut aussi la traduction : « et les valets le prirent (en garde) avec des coups » (Meyer, B. Weiss, J. Weiss), et il préfère la leçon du texte reçu : spaXXov (k'(3aXov), qui est plutôt supposé par mss. lat. et Vg. : « « caedebant ». Cf. (3aXXïiv XtOot;, (3ÉXeat. Il semble arbitraire d'attribuer à une rédaction postérieure le dernier membre de phrase de Me. 65 (J. Weiss, AE. 320), sous prétexte qu'il n'a pas de parallèle dans Luc, et que les mots oï §è èpa7tt<jav, qui y correspondent dans Mr. 67, seraient interpolés (Brandt, 357). Matthieu et Luc semblent avoir voulu épargner à Jésus les coups des valets, mais ils ont connu tous deux le texte de Marc : le premier s'en sert pour compléter rémunération des outrages, et le second paraît y avoir substitué très consciemment l'indication vague de propos blasphématoires. Le soufflet unique de Jn. xviii, 22, dérive de Me. 65; l'idée d'un rapport inverse est contraire à toute vraisemblance.

mention de ces valets semble venir à la fin, pour compléter et rectilier l'indication donnée d'abord par l'évangéliste.

Matthieu et Luc font disparaître l'équivoque, le premier en ne faisant intervenir que Caïphe et les membres de son tribunal, le second en ne parlant, conformément à l'enchaînement de son récit, que des hommes qui avaient arrêté le Christ et « qui le tenaient » dans la cour du grand prêtre. Il n'était déjà pas très vraisemblable qu'une partie du sanhédrin se fût précipitée sur Jésus pour le couvrir de crachats et l'accabler de coups : l'invraisemblance est au comble dans le premier Evangile, où Caïphe et tout le sanhédrin font ce que Marc a dit seulement de « quelques-uns ». Le récit de Matthieu est d'ailleurs mieux équilibré, puisque ce sont les mêmes personnes qui se permettent les crachats, les coups de poing- et les soufflets. Matthieu et Luc se sont efforcés de ramener à l'unité un tableau dont l'incohérence résultait probablement de ce que Marc, indépendamment de l'intention apologétique dont on a déjà parlé, avait été plus préoccupé de l'accomplissement des prophéties que de la vraisemblance historique.

Le détail du voile jeté sur la face de Jésus pourrait être en rapport avec le passage d'Isaïe où les versions grecques disent que « la figure » de l'homme des douleurs « était comme cachée1 », et il ne faut peut-être pas chercher un rapport trop étroit entre cette circonstance et ce qu'on lit ensuite touchant l'invitation à prophétiser. Matthieu et Luc ont pensé que l'on demandait à Jésus de désigner ceux qui lui donnaient des coups ?. Explication plus facile

1. Is. lui, 3. Dans l'hébreu, le Serviteur de Iahvé est comparé à un misérable devant qui on se voile la face. Mais les LXX lisent : ixt <x7ts<j-paj:Tai tô -pocrroîtov aÙToO. Aquila (suivi par s. Jérôme : « et quasi absconditus vultus ejus ») traduit : wç àrtox£xpjp.u.£vov 7:pd<jto7cov aùrou. Pour les autres traits, cf. Mich. iv, 14 : « Ils frappent à la joue, avec un bâton, le juge d'Israël » ; surtout Is. L, 6 (LXX). tÔv vwtov [jlou ïSwxa sîç (jWWTtYOÎ, xàç 8s otaydva; ijlou si; parcïa- [xaTa, to 8s ^pdatorôv |xou oùx àsforpfcjto àro aïayuvï); è[j.7UTua[j.aTwv . Brandt, 70-71, compare aussi I Rois, xxn, 24 (LXX). «<xl IrcàTaÇs (Sedecias) to'v Mstyatav km xfjv uiaydva xat tfacv' tîoïov osu;j.a xupc'ou xà XaXfjdav èv aot ; Ce trait pourrait, en effet, avoir suggéré la demande de prophétie dans Marc ; mais celle-ci est d'abord une adaptation aux sanhédristes et aux satellites juifs de la dérision des soldats dans Me. xv, 18.

5. L'accord des deux évangélistes en ce point suggère l'idée d'une influence de Matthieu sur Luc, à moins que l'explication, xt'ç èVnv ô rcat'aa? as, n'ait été ajoutée de très bonne heure dans le troisième Évangile, d'après le premier, ce qui n'a rien d'impossible.

peut-être que naturelle. Dans Luc, qui a retenu la mention du voile, Jésus est invité à désigner chaque auteur des coups qu il reçoit : comment fera-t-il, puisqu'il ne les voit pas ; il faudra donc qu'il dise leurs noms; pour se livrer à ce jeu, on n'avait pas besoin de lui bander les yeux. C'est pourquoi Matthieu ne dit rien du voile ; mais, comme il ne dit pas que l'on demande à Jésus le nom de ceux qui le frappent, il semble que le Christ, ayant la liberté de voir, pourrait aisément faire ce à quoi on l'invite. On est donc en droit de douter que Matthieu et Luc aient bien saisi la pensée de Marc, et que celui-ci ait voulu prêter aux insulteurs du Christ l'invitation dérisoire à indiquer, moyennant le don de prophétie dont il devait être investi, soit le nom, soit la personne de ceux qui le frappaient '. S'agirait-il d'annoncer le destin particulier et la punition de chaque insulteur2? Une pareille détermination du sens est moins vraisemblable encore que celle qui a été déduite du contexte par les évangélistes plus récents. On ne voit pas pourquoi Marc n'aurait pas attribué au mot « prophétiser » une signification générale 3, qui serait, dans la bouche des insulteurs, comme une définition â,u ministère messianique auquel Jésus prétend '. Jésus serait invité par dérision à faire le prophète, soit par une prédiction, soit par un signe analogue à ce que l'on croyait et racontait des prophètes anciens.

Marc, xiv, 66. Et comme Pierre était en bas, dans la cour, il vint une des servantes du grand prêtre ; 67.

et voyant Pierre qui se chauffait, après l'avoir regardé, elle dit: « Toi aussi, tu étais avec Jésus le Nazaréen. » 68.

Et il nia en disant :

« Je ne sais ni ne comprends ce que tu dis. »

Matth. xxvi, 69. Cependant Pierre était assis dehors, dans la cour, et une servante s'approcha de lui en disant : « Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen. » 70. Et il nia devant tous, disant :

« Je ne sais ce que tu dis. » 71, Et comme il sortait vers la porte, une autre le vit et dit

Luc, xxu, 56. Et une servante, ayant vu Pierre assis auprès du feu, et l'ayant regardé attentivement, dit : « Il était aussi avec lui. »

57.. Et il le renia, disant: « Femme, je ne le connais pas. » 58.

Et peu après, un autre, le voyant, dit : « Toi aussi, tu en es. » Et Pierre dit : « Homme.

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