B. Weiss, Lk
marque le rapport des Souffrances à la gloire l, sans affirmer que celle-ci soit acquise depuis le matin, ou quelle doive l'être le soir, ou dans quarante jours. Cette question particulière ne semble pas réellement visée dans les paroles que Luc attribue au Sauveur.
Le Christ déduit tout au long les arguments fournis par les Ecritures, c'est-à-dire tous les passages de la Loi, des Prophètes et des Psaumes qui ont rapport à sa passion et à sa résurrection 2. L'évangéliste a eu en vue tous les endroits de l'Ancien Testament où l'Eglise primitive a reconnu des prophéties messianiques 3. Il a résumé dans ce trait le travail de la pensée chrétienne aux premiers temps de sa formation, 'lorsque les disciples de l'Évangile cherchaient dans l'Ecriture les preuves de leur foi, et des arguments contre les Juifs.
On arrivait à Emmaùs, et comme Jésus faisait semblant de vouloir continuer sa route, les disciples lui offrent l'hospitalité 4. Le
î. Cf. J. Weiss, Lk. 657.
2. V. 27. xal (D, mss. lat. rjvi àpÇd;j.£vo; àreô M'oUséc»; xal ârcô (D, mss. lat. om. à^ô) rcavctov tôjv 7tpo«pj]Ta>v ÔtspiArjvEuaev (D, ép^veûsiv ; mss. lat. « interpretans ») ajToï? èv 7ïaaaiî (nD om. ît.) -rat; ypaçaï; ta 7ispl éauroj. Ss. Se. : « Et il se mit à leur parler d'après Moïse et les Prophètes, et il leur expliquait par rapport à lui-même toutes les Écritures. » La phrase est mal construite, puisque Moïse et les Prophètes représentent l'Ancien Testament tout entier. Il faut entendre que Jésus explique toutes les prophéties qui le concernent, en commençant par celles de Moïse; il ne paraît pas nécessaire de supposer (B. Weiss, Lk. 684) que Luc pensait aux Psaumes (v. 44) en tant que recueil prophétique distinct des précédents (cf. Act. m, 24), et qu'on lisait dans la source (J. Weiss, Lk. 657) : *< Et commençant par Moïse, il leur expliqua toutes les prophéties. » On a exemple de constructions aussi peu réussies dans xxm, 5; Act. i, 1.
3. Et d'abord celles qu'on trouve citées dans son Evangile même et dans les Actes. On peut songer, pour la passion, à Is. lui, 7, 8, 12 (Le. xxn, 37 ; Act. viii, 32-33); Ps. h, 1-2 (Act, iv, 25-28); Ps. xxn (Le. xxm, 34-35) etc. ; pour la résurrection, à Ps. xvi, 8-14 ; Ps. ex, 1 (Act. ii, 25-36); Ps. cxvin, 17-22 (Le. xx, 17 ; Act. iv, 11) ; Is. lu, 13 (Act. m, 13), etc.
4. V. 28. xal rjYYiaav sî; tt)v xwjait)v oj è^opsiiovro, xal aù-roç Ttpoac^oirjaaTO 7wopp<<>tsoov JtopsusaOai. 29. xal TtapEjîtaaxvTO aùrôv X^yavreç* jasïvov ;asÔ'7]ij.wv, ot1. rcpô; âarcipav iuxlv xal xïxXtxev 7)'oy] rt rjjxépa. D (mss. lat.) oti 7ipô; éaîispav xéxXcxev r\ rjaépa. Ss. Se. : « Et ils se mirent à le prier de rester [avec eux, parce qu'il allait être nuit. » Cf. Jug. xix, 8-9. L'intention feinte du v. 28 a beaucoup embarrassé les anciens interprètes. « Duplex quaestio, cur finxerit, et quomodo fingere licuerit »,... dit gravement Maldonat (11,352). « Christum mentitumnon essecertum esse débet : quomodo ejus fictio mendacium non fuerit, facilius est credere quam explicare ».
Sauveur est dans son rôle d'inconnu en attendant qu'on l'invite, et en fournissant à la charité des disciples l'occasion de se manifester ; ceux-ci, témoignant une respectueuse bienveillance à l'égard de celui qui les a instruits et consolés, le prient de se reposer sous leur toit. Leur invitation s'explique en effet beaucoup plus naturellement si l'un d'eux n'est pas étranger à Emmaùs, et s'il reçoit Jésus dans sa propre maison, que si les disciples le prient de partager leur repas dans une maison amie ou dans une hôtellerie. Mais il faut avouer que le narrateur se tient dans le vague, et que le récit est comme suspendu entre ciel et terre. Luc ne s'est pas demandé si Jésus avait ou non des disciples à Emmaûs. Les disciples pressent leur compagnon, alléguant l'heure avancée. Jésus se rend à leur demande1. On sert le repas, et le Sauveur, ne se comportant plus en invité, mais en chef de famille, comme il avait coutume de faire autrefois avec les siens, prend le pain, le bénit, le rompt et le leur présente. A ce moment leurs yeux recouvrent leur puissance naturelle ; les disciples reconnaissent le Maître qu'ils ont pleuré ; mais, dans l'instant même, Jésus avait disparu 2.
Il faut admettre que, selon l'évangéliste, en même temps que l'action du Sauveur remet en leur mémoire la pensée de celui qu'ils aimaient, Dieu rend la liberté à leur sens. Luc n'a certainement pas vu là un simple fait psychologique, mais un miracle. En bénissant le pain et en le présentant aux disciples, Jésus n'a pas renouvelé pour eux le moment tragique de la dernière cène ; il fait seulement ce qu'il avait coutume de faire lorsqu'il mangeait avec les siens 3. On ne peut guère douter cependant, vu la solennité de la formule, que le souvenir de l'eucharistie ait été présent à l'esprit du narrateur ; en tout cas, il paraît essentiel à la conception du récit 4.
1. xoù g'.afjXÛcv toj (D om. xou) tuiva-. (qq. mss. lat. Vg. om. t. jMtvat) <juv aùioï; D, jjLéT'aùtwv), Ss. : « Et il*"entra avec eux, comme s'il eût voulu rester avec eux. »
2. V. 30. y.7.\ iyivcTo àv t<o xttta%Xt(n)vai aùxôv jxET'aÙTwv (D, lat. c, Ss. Se. om. [a. a.) Xa[3à>v tov àoxov sùXôyYiaev zat xXaaa; (D om. xXàaaç) èjiêSîô'ou aÙToî;- 31. aùxwv 8è Siï)votyJ)ï)<jav oî oç0aX[AOi (G lat. c e, Xaj3dvT<ov 8s xûxiï>v tov àpTov àrc'aÔToy, xivoiyT)aav aÙTwv oî ô<p0aX[xoî; Ss. Se. « Et aussitôt leurs yeux s'ouvrirent ») xai £3ïgYva>aav aùxôV xai aùxoç acpavTo; èyeVîTO a-'aÙTwv.