B. Weiss, E
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que le coupable a donné satisfaction, ou bien, si la satisfaction a été refusée, ils se joindront à celui qui a d'abord connu le péché, pour dénoncer le pécheur à la communauté.
Le jugement de celle-ci est la dernière instance. Si le pécheur, cité devant elle, ne consent pas à s'amender, il devra être traité comme un étranger, « comme un païen et un publicain ' />, c'està-dire comme un homme sans foi et sans moralité. Pour être judaïsante, la comparaison n'en convient pas mieux à Jésus, que l'on ne s'attend pas à voir autoriser implicitement le mépris à l'égard des publicains. L'emploi du mot « église » suppose aussi l'existence des communautés constituées en dehors du judaïsme, et formant des groupes autonomes qui exercent sur eux-mêmes une sorte de police. L'ordre d'éviter le pécheur impénitent n'est pas en contradiction avec le précepte du pardon indéfini, car la contradiction n'existerait que si l'un et l'autre devaient être attribués réellement à Jésus, et se rapportaient au même objet : ils correspondent à des situations toutes différentes, et n'ont pas le même caractère. L'obligation de ne plus regarder comme frère celui que la communauté ne peut ni ne veut plus compter parmi les siens est dictée par l'intérêt de la moralité sociale dans une communauté organisée ; elle ne dispense pas le chrétien du pardon à l'égard de quiconque s'est rendu coupable d'un tort personnel envers lui ; tandis que l'obligation évangélique du pardon ne concernait que des individus appelés au royaume des cieux, et qu'on ne voyait pas formant une société particulière. Dans l'Evangile de Jésus, le péché se présente comme un fait individuel, qui ne fait tort qu'à des individus ; comme Dieu le pardonne, l'homme aussi, en tant que le péché lui a porté préjudice, doit le pardonner ; dans la communauté que vise l'évangéliste, le péché n'est pas seulement injurieux à Dieu et susceptible de causer dommage aux hommes, il est un attentat contre la société des saints, et il doit disparaître, soit par le repentir immédiat, soit par l'élimination du pécheur.
La situation est encore très simple 2, et un régime de pénitence n'est pas encore indispensable entre le péché, même désavoué, et l'absolution. Il est question de la communauté sans que l'on
i. V. 17. àiv ôÈ jxapay.oja/) xjtwv, cÏ7:ôv tt] h.7Ù.r\a'.x. ' làv SE xotî r?Jç IzzXTjata; -aca- 2. Cf. Holtzmann, 265.
distingue expressément du commun des fidèles ceux qui y ont autorité. Sans doute la communauté décide par ses chefs ; en tout cas, elle ne décide pas sans eux; mais on ne conçoit pas plus les chefs décidant sans la communauté, que la communauté sans les chefs.
Matth. xviii, 18. « En vérité je vous (le) dis, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié au ciel; et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié au ciel '? »
Comme ces paroles ont été dites à Simon-Pierre, elles sont adressées maintenant aux apôtres ; et comme elles concernaient le rôle personnel de Simon-Pierre en tant que chef du collège apostolique, elles concernent le rôle des apôtres en tant que membres de ce collège, qui, dans son union avec Pierre, exerce la même autorité que lui. L'évangéliste ne considère pas ici les apôtres comme simbles croyants, car on ne peut raisonnablement supposer qu'il attribue à chaque fidèle le droit d'émettre des jugements qui seront obligatoires pour tous les autres. Ce n'est pas au premier venu qu'il appartient de lier et de délier, mais à ceux qui sont établis docteurs et maîtres en Israël; dans la pensée de l'évangéliste, ce sont les apôtres qui sont constitués arbitres dans l'Eglise ; de plus, comme il a en vue la situation de son temps, derrière les apôtres il désigne ceux qui, actuellement, tiennent leur place, en sorte que la distinction qui ne se remarquait pas dans la sentence précédente est implicitement signifiée dans celle-ci, sans être mise en relief, parce qu'elle n'était pas très accentuée dans la réalité. Encore est-il que l'emploi du pluriel : « Je vous le dis », après le singulier : « Si ton frère a péché », est significatif . Le « tu » s'adresse à un croyant quelconque; le « vous » s'adresse aux disciples, à qui est conférée une autorité en rapport avec leur mission apostolique.
Cette mission, au temps de l'Evangile, avait consisté à annoncer l'avènement du royaume; les circonstances étant changées, elle devenait pour ceux qui avaient pris la place des apôtres une mission de gouvernement, le droit d'ouvrir et de fermer les portes du royaume des cieux, en admettant dans la communauté ceux qui
1. à[jù]v liyw ujjiïv, oaa sàv S^ariie È7ri ttjç yfj? larai o"so*sij.sva àv oùpavôi, xai oaa èàv X'ja7)xs inï xrj; y^; saïai XsXuixlva lv oùpavcS. Cf. xvi, 19 b ; supr. p. 11.
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étaient dignes d'en faire partie, en rejetant ceux qui se montraient indignes d'y rester après y être entrés, en statuant sur les cas de péchés commis par les membres de la communauté, et non seulement en général sur les choses permises et les choses défendues. Il s'agit donc d'un véritable pouvoir judiciaire et disciplinaire, qui appartient à la communauté pour sa sauvegardent qui réside particulièrement dans ses chefs, par qui il s'exerce.
L'exégèse protestante s'efforce d'attribuer ce pouvoir à la communauté, non aux apôtres comme tels *. Mais, outre que le parallélisme de cette sentence avec la parole que Jésus a dite à Pierre contredit cette hypothèse, la nature de la chose ne s'y prête pas, un groupement acéphale ne pouvant être censé investi du pouvoir judiciaire; et l'évangéliste, qui n'a pas songé à formuler une théorie sur le siège de l'autorité dans l'Eglise, avait en vue l'organisation des communautés telle qu'elle existait de son temps, où l'autorité paternelle des cpiscopes et des preshy très s'était substituée à celle des apôtres.
Matth. xviii, 19. « Je vous dis aussi que, si deux d'entre vous s'accordent sur la terreau sujet d'une chose quelconque qu'ils demanderont, elle leur sera (donnée) par mon Père qui est aux cieux; car là où deux ou trois sont réunis en mon nom, j'y suis au milieu d'eux. »
On sent l'artifice du rédacteur dans la transition : « Je vous dis encore 2 ». Une pensée concernant la communauté chrétienne suit une autre pensée concernant la même communauté, et il n'y a pas lieu d'admettre que l'on mentionne ici la prière parce que le pardon que la communauté accorde à ses membres pécheurs est imploré par elle auprès de Dieu 3. En parlant d'une « chose quelconque à demander 4 », l'évangéliste montre qu'il ne songe plus au pardon, et ce qu'il a dit du pouvoir de lier et de délier ne se rapportait pas uniquement à la rémission des péchés. De même que les jugements de la communauté sont ratifiés par Dieu, les prières qu'elle fait sur la terre sont exaucées dans le ciel. Les paroles précédentes ne convenaient qu'au Christ immortel parlant