HÉRODE
Luc, xin, 31-33.
La liaison de cette anecdote avec le discours précédent semble très étroite ' ; mais elle n'est qu'apparente, et il n'en résulte aucune indication précise, puisque ni le lieu ni le temps où la question sur le nombre des élus est censée avoir été posée ne sont exactement déterminés. Jésus se trouve dans la tétrarchie d'Hérode, c'est-à-dire en Galilée ou en Pérée. Si l'on tient compte des données antérieures, on préférera ce dernier pays. Mais cette considération ne saurait être décisive. Le départ de Galilée a déjà été signalé par deux fois : Luc a pu placer ici un incident que son contenu invite à mettre au moment où Jésus se dispose à quitter le théâtre ordinaire de sa prédication. On doit observer aussi que la Pérée ne figure pas, dans le troisième Evangile, comme appartenant à la tétrarchie d'Hérode2.
Luc, xin, 31. Au même moment, quelques pharisiens vinrent lui dire : « Pars et va-t-en d'ici, car Hérode veut te tuer. » 32. Et il leur dit : « Allez dire à ce renard : Je chasse des dénions, et j'accomplis des guérisons aujourd'hui et demain, et, le troisième jour, je suis à mon terme. 31. Mais il faut que je marche aujourd'hui et demain, et le jour suivant ; car il n'est pas possible qu'un prophète périsse hors de Jérusalem. »
Beaucoup d'interprètes ont pensé que la communication faite à Jésus par les pharisiens était une fiction imaginée pour l'éloigner de la Galilée, soit que les pharisiens eussent prêté à Hérode une intention qu'il n'avait pas, soit que le tétrarque lui-même ait voulu effrayer Jésus, pour l'écarter de ses domaines, sans recourir aux moyens violents dont il avait usé à l'égard de Jean-Baptiste. La première de ces hypothèses est contraire à l'esprit du récit, qui sup-
t. \ . 31. iv aÙT7j 7rj iûpo texte reçu : 7]{xÉpoc ; Ss. Se. « en ces jours-là »). Cl". .\, 2LQue Le. xin, 31-33, ait suivi dans la source le morceau précédent (B.Weiss, Lk. ">13), on ne peut le supposer d'après cette formule de transition.
2. Cf. Le. m, 1. YVellhausen, Le. 75, localise l'incident à Capharnaùm.
pose plutôt les pharisiens en connivence avec Hérode *. La seconde est très vraisemblable, si l'on admet que le tétrarque aura recours à la violence dans le cas où Jésus ne s'éloignerait pas ; car la réponse du Sauveur suppose qu'il y a pour lui un danger réel. Sa situation à l'égard du tétrarque et des pharisiens est la même que celle d'Amos2 à l'égard de Jéroboam II et du prêtre de Béthel, et le narrateur paraît s'inspirer du texte prophétique.
Les pharisiens n'agissent pas dans l'intérêt de Jésus, mais dans celui d 'Hérode. L'avertissement qu'ils donnent au Sauveur est tout autre chose qu'un témoignage de sympathie; l'avis qu'ils y joignent correspond à un désir qu'ils n'oseraient pas exprimer autrement. Jésus n'a pas l'air de songer à eux dans sa réponse. Ils n'en sont pas moins édifiés sur ses dispositions ; le message dont il les a chargés, qu'ils s'en acquittent ou non, leur servira toujours de leçon. Il n'est pas certain que l'épithète de « renard » implique l'idée de ruse 3, et vise, dans le cas présent, la politique astucieuse d'Hérode, qui songerait à assurer par un crime la sécurité de son Etat. Le renard n'est pas présenté dans la Bible comme un animal rusé, mais seulement comme une bête de proie4. C'est peut-être au sens d'homme sanguinaire, ou comme terme de mépris, sans signification trop spéciale, qu'il faut l'entendre ici.
Les trois journées dont parle Jésus ne sont pas à prendre à la lettre 5, mais désignent un temps très court. Le Sauveur déclare qu'il ne laissera pas de continuer à chasser les démons et à guérir les malades, bien qu'Hérode soit offusqué de ces miracles : c'est le devoir de sa mission pour un temps déterminé, qui doit être assez bref, et nul pouvoir humain ne l'en détournera ; il s'arrêtera au terme fixé par la Providence, mais pas avant. Les mots : « Je suis à mon terme », s'entendent nécessairement d'un avenir prochain; ils peuvent se rapporter à la mort de Jésus6, ou mieux peut-être au terme et à l'entier accomplissement de son ministère par son entrée dans la gloire et par l'avènement du royaume ~.