L'AVEUGLE DE JÉRICHO
Marc, x, 46-52. Màtth. xx, 29-34. Luc. xvm, 3o-i3.
Le miracle de Jéricho est lié de la façon la plus étroite à l'arrivée de Jésus à Jérusalem. Il contribue à exalter l'enthousiasme de la foule, pour la manifestation messianique sur la montagne des Oliviers. Dans Marc, il se trouve faire pendant à l'aveugle deBethsaïde, et il prépare l'entrée messianique du Sauveur, comme le miracle de Bethsaïde prépare la confession de Pierre. Il est probable que l'évangéliste reconnaît au second miracle comme au premier une portée symbolique.
Marc, x, 46. Et ils Matth. xx, 29. Et Luc, xvm, 35. Or,
arrivèrent à Jéricho; et comme ils sortaient de comme il approchait de
comme il sortait de Je- Jéricho, une foule nom- Jéricho, un aveugle
richo, avecses disciples breuse les suivit; 30. était assis au bord du
etune foule nombreuse, et voilà que deux chemin, demandant
Bartimée, — le fils de aveugles, assis au bord l'aumône. 36. Et enten-
Timée, — aveugle qui du chemin, ayant appris dant passer la foule, il
mendiait, était assis au que Jésus passait, demanda ce que c'était,
bord du chemin. 47. Et crièrent en disant : « Aie 37 Et on l'informa que
apprenant que c'était pitié de nous, fils de c'était Jésus de Xaza-
Jésus de Nazareth, il se David. » 31. Et la foule reth qui passait. 38. Et
mit à crier en disant : lesrepritdurementpour il cria, disant : « Jésus,
« Jésus, fils de David, qu'ils se tussent. Mais fils de David, aie pitié
aie pitié de moi. » 48. ils crièrent plus fort, de moi. » 39. Et ceux
Et plusieurs le repre- disant : « Seigneur, aie qui marchaient devant
naient durement pour pitié de nous, fils de le reprenaient dure-
qu'il se tût. Mais il n'en David. » 32. Et Jésus, ment pour qu'il se tût.
criait que plus fort: s'arrêtant, les appela et Maislui criaitbeaucoup
« Fils de David, aie dit : « Que voulez-vous plus fort : « Fils de
pitié de moi. » 49. Et que je vous fasse? » David, aie pitiédemoi.»
Jésus, s'arrêtant, dit: 33. Ils lui dirent :« Sei- 40. Et Jésus, s'étant
« Appelez-le. » Et on »neur, que nos yeux arrêté, ordonna qu'on
appela l'aveugle en lui soient ouverts. » 34. Et le lui amenât. Et quand
disant :« Courage ! lève- Jésus, ému de compas- il se fut approché, il
loi; il t'appelle. » 50. sion, leur toucha les lui demanda : 41. « Que Et jetant son manteau, yeux; et aussitôt ils re- veux-tu queje te fasse?» et se levant prompte- couvrèrent la vue et le Et il dit: « Seigneur, ment, il vint auprès de suivirent. cpie je voie. » 42. Et
Jésus. 51 . Et Jésus, lui adressant la Jésus lui dit: « Vois. Ta foi t'a parole, dit: « Que veux-tu que je te sauvé. » 43. Et aussitôt il recoul'asse ? >> Et l'aveugle lui dit : vra la vue, et il le suivit en glori- « Maître, queje voie. » 52. Et Jésus fiant Dieu ; et tout le peuple, voyant lui dit: «Va, ta foi t'a sauvé. » Et cela, adressa des louanges à Dieu, aussitôt il recouvra la vue, et il le suivit dans le chemin. »
Nonobstant les divergences notables que présentent les trois relations, il s'agit évidemment d'un même fait, et non de trois ou de deux miracles distincts1. Mais pourquoi Matthieu parle-t-il de deux aveugles au lieu d'un, et pourquoi Luc place-t-il la guérison de l'aveugle à l'entrée de Jéricho, tandis que les autres Synoptiques la mettent à la sortie, c'est ce qu'on n'explique pas d'une manière satisfaisante en disant qu'il y a eu réellement deux aveugles, dont l'un au moins demanda sa guérison au Sauveur avant l'entrée à Jéricho, et qui furent guéris tous deux à la sortie. La tradition de Marc ne connaît qu'un seul aveugle. Le rédacteur du premier Évangile en a mis deux, suivant un procédé dont on a remarqué déjà plusieurs fois l'application 2. Il est très vraisemblable qu'il a voulu introduire deux aveugles dans le récit emprunté par lui à Marc, parce qu'il avait omis de raconter séparément la guérison de l'aveugle de Bethsaïde. Quant à la transposition opérée par Luc, elle a son origine dans une licence de rédaction : l'évangéliste a voulu amener plus convenablement l'histoire de Zachée, en la faisant précéder par la guérison de l'aveugle. La visite à Zachée ne pouvait se faire que dans Jéricho. Luc ménage au Christ une entrée solennelle, préludant à la manifestation sur le mont des Oliviers, et il met le miracle auparavant, afin d'expliquer la présence de la foule autour de Jésus, dans Jéricho. Le rapport des récits avec la parabole des Mines invite à penser que l'évangéliste a voulu figurer dans la guérison de l'aveugle la conversion des
1. « Omnia enim sunt adeo shnilia, ut non videantur diversa esse posse miracula. » Maldonat, I, 420.
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judéo-chrétiens, et dans le cas de Zachée celle des Gentils, les deux devant se produire avant le grand avènement que Luc a trouvé annoncé dans la parabole. Le récit de Marc est la source d'où provient celui de Luc. Le rédacteur du premier Evangile parait L'avoir ësralenient utilisé en le modifiant et l'abrégeant.
Jésus est censé venir des bords du Jourdain, qu'il a franchi après avoir voyagé en Pérée. La ville de Jéricho, située à douze ou treize kilomètres à l'ouest du Jourdain, à trente kilomètres au nord de Jérusalem, est la dernière station qu'il doit faire avant d'atteindre le terme de sa route. Cette ville était un des endroits les plus fertiles de la Palestine. Hérode le Grand y avait fait de grandes constructions, et il y possédait un palais magnifique, où il mourut. Marc fait observer que le Sauveur, en sortant de Jéricho, était accompagné dune foule nombreuse, qui le suivait avec ses disciples, parce que la foule a un rôle dans le miracle qui va être raconté. Comme Jésus s'en allait prêchant1, la foule qui l'accompagne n'est pas une société quelconque de pèlerins ; ce sont des gens que sa parole a gagnés au moins provisoirement. Luc"2 n'a pas mal interprété leurs dispositions en disant qu'ils croyaient à la manifestation imminente du royaume de Dieu.
A la sortie de Jéricho, sur la route assez fréquentée, quoique médiocrement sûre, qui menait à Jérusalem, il y avait un aveugle, accoutumé sans doute à venir en cet endroit pour solliciter la charité des passants. Cet homme s'appelait Bar-Timée, c'est-à-dire le « fils de Timée » 3. Bartimée est un nom patronymique employé comme nom propre. Le nom de Barthélémy fournit un exemple du même genre. Il n'y a donc pas lieu de supposer que Timée, le père de l'aveugle, aurait été un personnage connu de l'évangéliste. Mais le nom de l'aveugle, dont on dit qu'il suivit Jésus après sa
1. Cf. Me:, x, 1, 32. Dans x, 46, D lit ïpyjza.:, au lieu de k'pyovtai ; et IkeïOev u.î-'x twv xtà. au lieu de àr.ô 'Iepetycù /.al xœv xtà.