Le Camus, III
ajouter pour le sens religieux, que ce mécanisme surnaturel. Si Jésus voulait seulement donner une leçon à ses disciples, il n'avait donc pas réellement faim, et il aura joué devant les Douze une sorte de comédie. Mais les évangélistes supposent une faim réelle, un désir réel de trouver des figues sur le figuier, un désappointement réel de n'en avoir pas rencontré, et ils montrent dans ce désappointement le motif de la malédiction. Il est tout à fait curieux de voir certains exégètes, qui défendent l'historicité du récit1, alléguer le symbolisme du figuier, image d'Israël, pour rendre compte de cette malédiction, tandis que les évangélistes indiquent une leçon tout autre, et ne disent rien de l'intention dont il s'agit. D'après eux, l'action miraculeuse du Sauveur n'a d'autre cause que son mécontentement, et la leçon qui s'en déduit, à savoir l'efficacité de la prière, n'a pas été le but de cette action. L'efficacité de la prière aurait été aussi bien et mieux démontrée par tout autre exemple, puisque Jésus, en fait, n'a pas prié. Il reste que Jésus a voulu cueillir des figues en un temps où les arbres n'en pouvaient avoir, et qu'il a puni le fignier qui l'avait déçu; dans l'effet de sa malédiction il aurait montré à ses disciples la puissance de la prière. On a depuis longtemps remarqué l'analogie qui existe entre 1 histoire du figuier desséché, dans Marc et dans Matthieu, et la parabole du Figuier, dans Luc. Dans Marc, la malédiction du figuier, placée entre le triomphe de Jésus et l'expulsion des vendeurs, bien qu'elle soit racontée comme un fait ordinaire, a l'air d'un symbole. Ce figuier au beau feuillage, n'est-ce pas le peuple juif dans son enthousiasme passager pour le Sauveur? Mais comme le figuier était sans fruit, le peuple juif était sans foi véritable ; et comme le figuier fut promptement desséché, le peuple juif devait bientôt périr. La visite au figuier correspond à la première visite au temple, et la constatation du miracle à la condamnation des Juifs dans la personne des vendeurs. On dirait que l'allégorie s'impose, bien qu'elle ne soit pas ici plus qu'ailleurs indiquée dans le récit. Il n'est pas jusqu'à l'intervalle que Marc a ménagé entre la malédiction et la mort du figuier, qui ne corresponde à celui que la parabole de Luc établit entre la visite du propriétaire et le temps où la menace de celui-ci devra être exécutée. Le peuple juif aussi a eu