‹ Les évangiles synoptiques (volume 3)Chapitre 256 sur 726 · Par ex., Schanz, Mt · texte numérisé non relu

Par ex., Schanz, Mt

vin temps de répit pour se convertir, après la résurrection du Christ, et il n'en a pas profité. Il était voué à la destruction comme le fig-uier stérile.

La parabole de Luc appartient sans doute à la prédication hiérosolymitaine du Sauveur, et peut-être n'est-il point trop téméraire de penser qu'elle représente le fond authentique de la parabole des Vignerons meurtriers. Comme elle est devenue allégorie dans cette parabole, ne serait-elle pas devenue, par une matérialisation facile à expliquer, fait allégorique analogue à ceux qu'on lisait dans les histoires des anciens prophètes ? Il ne semble pas qu'on ait besoin de chercher quelque autre origine au récit du figuier desséché, une autre parole de Jésus à propos de figuier !. La parabole de Luc était très facile à tourner en allégorie. Une fois entendue delà sorte, elle devait être mise en rapport avec les faits du ministère hiérosolymitain, et d'autant plus facilement que son application primitive concernait le résultat final de la prédication du Sauveur. La visite du propriétaire au figuier devenait le séjour de Jésus à Jérusalem. De là à raconter la visite au figuier comme un incident réel, coïncidant avec le premier acte du ministère hiérosolymitain, la visite au temple, il n'y avait qu'un pas, et ce pas a été franchi.

Il a même été dépassé. Car si le rattachement de l'histoire du figuier à celle de la visite au temple témoigne en faveur de l'allégorie qu'on vient de dire, ce n'est plus cette interprétation allégorique, mais une application morale du fait brutalement compris, qui est suggérée dans Marc etdans Matthieu. Cependant l'allégorie transparaît encore assez pour que beaucoup de commentateurs n'hésitent pas à l'admettre, et pour que Lucie premier ait cru pouvoir négliger l'incident du figuier desséché, comme signifiant la même chose que la parabole du figuier stérile. C'est à raison du lien que l'allégorie avait développé entre le récit du figuier détruit et la prédication de Jésus à Jérusalem, que le rédacteur du second Evangile a mis cette histoire de figuier en rapport avec la visite du Sauveur au temple, et qu'il a marqué un intervalle entre la malédiction de Jésus et son

1. Holtzmajxn, 90; Jûlicher, II, 447. Mais Hollzmann admet que la parabole de Luc a influencé ce récit, tandis que Jûlicher le conteste. Les deux auteurs ne tiennent pas compte de ce que l'incident du figuier est adventice dans Marc (cf. J. Weiss, AE. 268), et a toute chance de n'appartenir pas à la tradition historique de l'Évangile.

effet. Mais le rédacteur ne perçoit plus nettement le fondement allégorique de ce rapport et de cet intervalle, ou bien il n'y attache qu'une importance secondaire, ou il a évité de le mettre en relief. Il veut montrer dans l'histoire du fig-uier un pur miracle, un miracle tel que Jésus n'en a jamais fait, puisque le prodige en question n'est pas un acte de bienfaisance, et qu'il est en lui-même dépourvu de raison. La suppression de l'intervalle, dans Matthieu, achève de donner à l'incident cette forme de miracle violent, de sig-ne comme les Juifs en demandaient, et les évangélistes s'efforcent ensuite d'ajuster à cet acte arbitraire, qu'ils prêtent au Christ, la leçon de la foi qui obtient tout ce qu'elle veut.

Marc, xi, 2*2. Et ré- Matth. xxi, 21. Et Luc, xvn, 5. Et les

pondant, Jésusleurdit : répondant, Jésus leur apôtres dirent au Seic< Ayez foi en Dieu. 23. dit : « En vérité je gneur : « Augmente- En vérité je vous dis vous (le) dis, si vous nous la foi ». 6. Et le que, si quelqu'un disait avez la foi, et que vous Seigneur dit : « Si vouà cette montagne : ne doutiez pas, non seu- aviez de la foi comme « Ote-toi de là et jette- lement vous ferez ce un grain de sénevé, toi dans la mer», et qu'il (miracle) du figuier, vous diriez à ce sycone doutât pas en son mais, si vous alliez jus- more : « Arrache-toi et cœur, mais crût que ce qu'à dire à cette mon- plante-toi dans la mer », qu'il dit arrivera, (cela] tagne :« Ote-toi de là et et il vous obéirait. » lui viendrait. 24. C'est jette-toi dans la mer », pourquoi je vous dis : (cela) arriverait, (xvn, tout ce que vous de- 20. « Car en vérité je manderez en priant, vous le dis, si vous croyez que vous l'ob- avez de la foi comme tiendrez, et (cela) vous un grain de sénevé, viendra. » vous direz à cette montagne : « Descends de là ici », et elle descendra; et rien ne vous sera impossible. ») 22. Et tout ce que vous demanderez dans la prière, avec foi, vous l'obtiendrez. »

Il est évident que ni Marc ni Matthieu n'entendent appliquer directement au peuple juif la condamnation du figuier. Ils voient dans le fait matériel, dans le miracle brutal, un effet de la puissance divine, où Ton peut reconnaître l'efficacité merveilleuse de la foi, ce qui mène à l'idée de la prière confiante, qui est toujours exaucée. Mais, si la malédiction du figuier impliquait un acte de foi, ce n'est pas cette qualité qui la caractérise le plus nettement, et l'exemple

serait aussi mal choisi que possible pour la leçon de la foi. Jésus n'a guère pu enseigner que le croyant pourrait faire, selon son caprice, tous les miracles qui lui viendraient à l'esprit, faire périr le figuier qui ne leur donnerait pas de figue, la vigne qui ne leur donnerait pas de raisin, ou transporter à leur gré les montagnes qu'il aimeraient mieux voir ailleurs. Il ne peut être question que de miracles justifiés par un intérêt de la foi même, quoiqu'on doive tenir compte ici de l'exagération familière au langage oriental. Les déclarations les plus authentiques de Jésus sur l'efficacité de la prière ont une forme presque aussi absolue '. Ce qui trahit l'artifice du rapprochement entre la malédiction du figuier et la leçon de la foi est donc moins l'exagération apparente de l'assertion, que l'incohérence résultant de ce que la malédiction du figuier n'est, à proprement parler, ni un acte de foi, ni une prière.

La tradition apostolique de l'Evangile contenait une parole du Seigneur sur la puissance de la foi. Marc l'a rattachée à l'histoire du figuier. Matthieu la donne à deux reprises, car on l'a déjà rencontrée après la guérison de l'épileptique. Ou bien il l'a dédoublée, ou bien il l'a prise dans deux sources : une fois dans le recueil de discours, et une fois dans Marc. Luc, qui ne l'a qu'une fois, ne la pas prise dans Marc ; il semblerait donc l'avoir puisée dans le recueil de discours. Toutefois le rapport des Evangiles est plus complexe qu'il ne paraît au premier abord. La sentence primitive, qui a dû être retenue pour elle-même, sans que l'on eût souvenir de la circonstance où elle avait pu être dite, devait être ainsi conçue : « Si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé 2 », c'est-à-dire la plus minime quantité de foi sincère, « vous pourriez dire à cette montagne : « Ote-toi de là et jette-toi dans la mer 3 »,

i. Cf. Mt. vu, 7-11 (Le. xi, 5-13) ; I, 630-633.

2. Ce début est garanti par Mt. xvii, 20, et Le. xvn, 6 ; il semble réclamé pour le bon équilibre de la sentence. Sur le grain de sénevé, cf. Me. iv, 31. Dans Me. 22, D (Ss. N, etc.) lit : si ï/i-t. Cf. Mr. 21 xvn, 20), Èàv s^tte.

3. Mt. xvii, 20. âpsï-i ko opei toutw •aî-tx13a k'vÔsv Èxeï, /al ixi-^jt'^itol'.. On a vu plus haut (p. 58) par quel artifice Matthieu applique aux disciples le manque de foi dont le père de l'épileptique souhaitait d'être excusé, et s'en sert pour amener la leçondela foi. Noter, dans xxi,21, la combinaison un peu scolastique du figuier avec la montagne ; iàv s/r]T£ -îanv est une correction de Me. 22, ë/ets t.Ivtiv 6£ou, sous l'influence de Mt. xvn, 20, âàv è'/jqtc -istiv cLç -/.ô/.y.ov a!vâ^£f.>;; apÔT)Tt xaî [iXr'fir^i eî; ttjv OâXaaaav est pris textuellement de Me. 23.

et cela arriverait. » Vu sa teneur, cette parole a été plutôt dite au bord du lac de Tibériade qu'à Jérusalem. Mais Luc a remplacé la montagne par un sycomore ', et cette substitution paraît accuser l'influence de Marc 2, où la parole sur la montagne transportée se rattache à une histoire de figuier desséché. Luc a pu trouver trop violente l'image de la montagne, mais ce doit être le second Evangile qui lui a suggéré l'idée de l'arbre. D'autre part l'introduction tout artificielle et abrupte qu'il a ménagée à cette leçon, la demande des apôtres : « Augmente-nous la foi » :!, accuserait une influence combinée de Marc et de Matthieu sur le troisième Evangile, cette demande faisant écho à la prière que le père de l'épileptique adresse à .lésus 4, dans Marc : « Je crois, viens en aide à mon incrédulité », tandis que le l'apport de cette prière avec la leçon de la foi, s'établit surtout par Matthieu qui l'a mise à la fin du récit concernant l'épileptique. Si donc Luc a connu la sentence séparée, il parait l'avoir connue aussi dans le contexte que lui donne Matthieu après l'affaire de l'épileptique, et dans le contexte que lui donne Marc après l'affaire du figuier.

Marc lui-même l'a-t-il puisée dans la tradition orale? il est permis d'en douter. Matthieu 5 a présenté ensemble une série de sentences sur le scandale, l'efficacité de la prière en commun, le pardon des injures. Luc (j paraît avoir connu une série analogue, dont il retient ce qui concerne le scandale, le pardon des injures, la puissance de la foi. Marc doit avoir connu aussi la source commune de Matthieu

1. V. 6. eï 'if i~i ju'<jtiv ô); xdxxov divàrcEto; (cf. Mt. xvii, 20, p. 288, n. 3), ÈXIfEreav -^ ciuxajxtva) -Tj-ry IxpiÇalÔTjTt /.ai çjtîJO^t'. Iv ttj 6aÂâ<j<r/] (images peu naturelles et qui attestent la substitution opérée par l'évangéliste).

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