‹ Les évangiles synoptiques (volume 3)Chapitre 290 sur 726 · Jùlicher, II · texte numérisé non relu

Jùlicher, II

Marc, xii, 13-17. Matth. xxii, 15-22. Lie. xx. 20-26.

Les membres du sanhédrin, en interrogeant le Sauveur touchant le pouvoir qu'il s'attribue, n'ont pas réussi à obtenir de lui une réponse qui pût le compromettre. Mais ils ne se tiennent pas néanmoins pour définitivement battus, et ils ne tardent pas à envoyer des gens le questionner sur un point délicat, l'obligation de payer le tribut à César. Les trois Synoptiques rapporteront ensuite une question des sadducéens, puis une question sur le principal commandement de la Loi, enfin une question posée par Jésus lui-même à ses adversaires touchant le rapport du Messie avec David. Viendront enfin le discours contre les pharisiens, et le grand discours apocalyptique. Il n'est pas possible que tout cela ait été dit dans la même journée. La tradition synoptique a recueilli d abord une série de questions qui font connaître la situation dans laquelle Jésus s'est trouvé à Jérusalem vis-à-vis du sanhédrin et des différents partis religieux de la nation. Le groupement de ces questions n'est pas rigoureusement chronologique ; il est plutôt logique et didactique1. Le discours contre les pharisiens établit la position de Jésus à l'égard du parti religieux le plus en faveur auprès du peuple, et qui, au temps des évangélistes, en était venu à représenter le judaïsme. Le discours apocalyptique couronne le ministère et l'enseignement de Jésus, et, en tant qu'il annonce la destruction prochaine de Jérusalem et du temple, il présage quelle sera l'issue

1. Si le récit de la femme adultère (Jn. vu, 53-viii, 11 1 venait, comme on l'a supposé, après Me. xn, 17, la question des pharisiens sur le tribut aurait eu lieu le lendemain de l'expulsion des vendeurs; l'affaire de la femme adultère, la question des sadducéens, celle du grand commandement, et la question de Jésus touchant le Fils de David auraient eu lieu le surlendemain ; et si l'on prend le jour de l'expulsion des vendeurs comme premier du ministère hiérosolymitain, ce ministère aura été de trois jours pleins, non compris celui qui précéda le festin pascal. On peut trouver que c'est peu.

finale de la lutte qui s'est ouverte entre les chefs religieux de la nation et celui qu'ils vont mettre à mort.

Marc, xii, 13. Et ils Matth. xxii , 15. lui envoyèrent quel- Alors les pharisiens, ques-uns des pharisiens s'étant retirés, se conet des hérodiens, pour certèrent entre eux sur le surprendre en pa- le moyen de le surroles. 14. Et venant, prendre en paroles. 16. ^ceux-ci) lui dirent : Et ils envoyèrent leurs <( Maître, nous savons disciples avec les héroque tues sincère, et que diens, pour lui dire: tu ne tiens compte de « Maître, nous savons de qui que ce soit; car que tu es sincère, et tu ne fais pas acception que tu enseignes la de personnes, mais tu voie de Dieu selon la enseignes la voie de vérité, et que tu ne Dieu selon la vérité, tiens compte de qui Est-il permis de payer que ce soit; car tu ne le tribut à César, ou fais pas acception de non? Le paierons-nous, personnes. 17. Dis-nous ou bien ne le paierons- donc ce qui te semble nous pas?» 15. Mais (de cette question) : estlui,voyantleurhypocri- il permis de payer le sie, leur dit :« Pourquoi tribut à César, ou m'éprouvez-vous? Ap- non?» 18. Mais Jésus, portez-moi un denier connaissant leur mapour que je voie. » 16. lice, dit : « Pourquoi Et ils en apportèrent m'éprouvez-vous, hy- (un). Et il leur dit : pocrites? 19. Montrez- « De qui est cette moi la monnaie du triimage, avec l'inscrip- but. » Et ils lui prétion ? » Ils lui dirent : sentèrent un denier. « De César. » 17. Et 20. Et Jésus leur dit : Jésus leur dit : « Ren- « De qui est cette dez à César ce qui est image, avec l'inscripà César, et à Dieu ce tion? » Us dirent : « De qui est à Dieu.» Et ils César. » 21. Alors il furent étonnés à son leur dit : « Rendez sujet. donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » étonnés, et 22. Et en entendant cela, ils furent allèrent.

Luc, xx, 20. Et comme ils le guettaient, ils envoyèrent des gens apostés, qui feignaient d'être justes, pour le surprendre en paroles, afin de le livrer à l'autorité, et au pouvoir du gouverneur. 21. Et ils l'interrogèrent en disant : « Maître, nous savons que tu parles et enseignes selon la justice, et que tu ne fais pas acception de personnes, mais que tu enseignes la voie de Dieu selon la vérité.

22. Nous est-il permis de payer le tribut à César, ou non? » 23.

Mais, comprenant leur ruse, il leur dit : 24.

o Montrez-moi un denier. De qui porte-t-il l'image et l'inscription? » Us lui dirent :

« De César. » 25. Et il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » 26. Et ils ne purent lui surprendre aucune parole devant le peuple, et, tout étonnés de sa réponse, ils se turent.

, le laissant, ils s'en

Dans Marc, ce sont les membres du sanhédrin : qui envoient quelques pharisiens et des hérodiens pour poser au Sauveur une question captieuse "2. Les hérodiens appartenaient à un parti politique ; ils souhaitaient que la Judée, au lieu d'être gouvernée par les Romains, le fût par un prince de la dynastie à moitié nationale des Hérodes. C'est pourquoi, dans la circonstance, on a pu les associer aux pharisiens3, ceux-ci, bien qu'ils ne fussent point partisans de la dynastie hérodienne, étant généralement hostiles à la domination étrangère des Romains.

Le rédacteur du premier Evangile, après le discours des trois paraboles, a dû retoucher le préambule de Marc : laissant de côté les sanhédristes, il fait faire aux seuls pharisiens, qu'il a eu soin de leur associer entre la seconde et la troisième parabole, une délibération contre Jésus. L'évangéliste a songé aux plus notables d'entre eux, aux docteurs qui étaient membres de la haute assemblée, puisque les envoyés sont dits leurs disciples, au lieu d'être appelés simplement pharisiens, comme dans Marc. La parabole du Festin ayant été tournée contre les faux justes, il n'est pas étonnant que Matthieu, l'esprit tout rempli des pharisiens, les mette seuls en scène au début de ce récit; pour lui, les pharisiens représentent, mieux que le sanhédrin, le judaïsme hostile à Jésus et au christianisme. Dans Luc ', l'initiative de la démarche est rapportée aux membres du sanhédrin; mais ceux qui la font ne sont pas désignés par le nom de leur parti. Ce sont des gens apostés, qui feignaient deviser à la perfection religieuse, et d'avoir un scrupule sur la ques-

1. Mentionnés xi, 27, et dont on a dit, xn, 22 c, qu'ils s'étaient éloignés.

2. V. 13. i'va aj-ov àyprjatocnv Xdyw. Ce Ào'yo; paraît être la question posée (cf. xi, 29), plutôt que la réponse attendue, quoique les deux idées soient faciles à associer; mais le piège est dans la question. Mt. 15. b'rccoç aù-côv Tza-fioeûscos'.v èv Àoyw a plutôt en vue le piège « dans » lequel Jésus serait pris, c'est-à-dire sa réponse. De même Le. 20. i'va l7tiXâ[3wvTai aùtou Xdyou (aùxou ne dépend pas de Xdyou, mais le verbe est construit avec un double génitif).

3. Cf. Me. ni, 6; I, ol8. Dans Me. 14, au lieu de xaî IXÔôvtsç Xlyoucnv aù-rw, I) lit : xat ÈJC7]pcoxa)V aùtov o'<. cfrapiiaïo'..

4. V. 20. xaî -apat^p^avTïç (D, à-oy(opr[aavTs;, leçon supposée par mss. lat. ; Ss. Se. <( et après cela » ; les verss. syriaques ont pu trouver le participe superflu ; la leçon de D pourrait être primitive et faire écho à Me. xn, 22 c ; on ne saurait affirmer qu'elle a été substituée à 7;apaTï]p7}'aavTe;, jugé inutile, vu que l'hypothèse contraire est tout aussi admissible) à7daxsiXav ÈyxaÔÉxouç urcoxpivopivouç âauxo'j; oizaio'j; elvai.

tion du tribut; leur secret dessein était d arracher à Jésus une parole imprudente qui permettrait de le livrer à l'autorité romaine. Le rédacteur semble imiter la description qu'il a mise en tête de la parabole du Pharisien et du publicain1. Cette particularité n'est sans doute pas l'indice d'une source spéciale , mais témoigne plutôt que l'évang-éliste écrivait pour des lecteurs qui ne s'intéressaient pas aux divisions intérieures du judaïsme au temps de Jésus, et qui les connaissaient mal. Luc lui-même ne semble pas avoir très bien vu pourquoi il convenait que la question du tribut fût posée par des pharisiens et des hérodiens. Il évite de dire que ce sont « les pharisiens » qui ont fait la démarche 2; mais il pense certainement que ce sont des pharisiens.

Le discours des envoyés n'offre pas des variantes notables dans les trois relations. On trouve partout le même exorde, lourdement flatteur et hypocrite 3, puis la question alternative4 à laquelle Jésus ne peut se dérober, et qu'il ne semble pas pouvoir trancher de manière ou d'autre sans se compromettre gravement. La plupart des Juifs ne payaient l'impôt que par contrainte, et les interrogateurs ne supposent pas qu'il y ait le moindre doute sur la question de principe. En conscience, le Juif ne doit rien à César. Mais, peut-il, en conscience, payer le tribut à César, pour éviter les conséquences fâcheuses qu'aurait un refus? Comme l'idée du règne messianique se liait dans l'esprit des Juifs à celle de l'indépendance nationale, les interlocuteurs de Jésus pensaient qu'il ne sanctionnerait pas, dans le paiement du tribut, la soumission à un pouvoir éh-anger, parce que, le faisant, il désavouerait toute prétention au

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