JÛLICHER, II
munir dune provision pour le cas où elles seraient obligées d'attendre ' Les prudentes emportent des burettes d'huile avec leurs lampes. Il y a de l'huile dans toutes les lampes; mais, si la veillée se prolonge, les jeunes filles qui n'ont pas de burettes supplémentaires seront au dépourvu. Et la veillée se prolonge. L'époux n'arrive pas. Ce retard n'est pas expliqué, mais il est indispensable pour amener la confusion des cinq étourdies et la récompense des cinq prudentes. Les jeunes filles se reposent près de la route dans quelque maison amie. Fatiguées d'attendre, elles s'assoupissent et s'endorment. Quand lépoux arrive enfin, vers minuit, des gens qui le voient venir à une certaine distance, avec ses garçons d'honneur, crient : « Voici l'époux. » On n'identifie pas autrement ces avertisseurs, leur intervention seule étant nécessaire à l'enchaînement du récit. Les jeunes filles s'éveillent et courent à leurs lampes pour y donner les soins nécessaires. Les lampes sont près de s'éteindre. Les prudentes raniment les leurs avec l'huile qu'elles ont en réserve. Les étourdies sont dans un grand embarras. Elles demandent à leurs compagnes de leur prêter un peu d'huile, et cellesci s'excusent en disant qu'il n'y en aurait pas assez 2 : mieux vaut aller chez les marchands pour en acheter. Le conseil est donné sérieusement : c'est l'unique ressource qu'aient les étourdies. De savoir si l'on trouvera facilement un marchand à cette heure, et si l'on arrivera encore à temps, est une autre question. Les cinq étourdies partent; l'époux arrive 3; les prudentes se joignent à lui, entrent avec lui dans la maison nuptiale pour s'asseoir au festin 4.
i. C'est ce que signifie le yâp du v. 3. L'étourderie des unes et la prudence des autres se déclarent, ici par un soin de prévoyance, là par un défaut de précaution.
2. Y. 9. Variantes : (xAL) oùx, « il n'y aurait peut-être pas assez » ; où pj (BCD) «jamais! il n'y aurait certes pas assez ». Cette dernière leçon résulte probablement du désir qu'on a eu d'accentuer la réponse et de lui donner un caractère absolu (Jûlicher, II, 451).
3. %-iy/cvj.v/wi Se aJT'Tiv àyooocaai r)X6îv ô v'jacpi'oç. Il est bien entendu que les cinq étourdies sont parties quand le fiancé arrive. La retouche de D : ètoç •j-ârojai n'est aucunement nécessaire ; car le participe présent ne marque pas la coïncidence, mais la rapide succession des événements.
4. On peut trouver que ce festin commence bien tard. Plusieurs Pères, en dépit de la leçon canonique, parlent de chambre nuptiale (vuppaSv; noter cependant que ce mot, dans Mt. xxii, 10, désigne la salle du festin, et s'emploie concurremment avec -(dp.oi), et non de festin. Cf. Resch, II, 303.
Dès que le cortège est introduit, on ferme la porte, et quand les cinq étourdies se présentent et qu'elles frappent, inquiètes, à cette porte fermée, T époux, qui ne les a pas vues sur son passage, répond : « Je ne vous connais pas. » Elles restent dehors. Pour prendre part à la fête, il fallait arrivera temps. Et l'évangéliste conclut en faisant dire à Jésus : Prenez garde d'avoir un sort semblable, au temps de la parousie ; « veillez, car vous ne savez ni le jour ni l'heure '. »
La morale de la parabole sortait naturellement du récit : il faut être prêt pour la parousie, comme les jeunes filles prudentes se trouvèrent prêtes pour recevoir l'époux ; il ne faut pas être négligent, de peur d'être exclu du royaume des cieux, comme les jeunes filles étourdies furent exclues du festin nuptial. La conclusion de l'évangéliste est conforme au sens de l'apologue, mais ne s'y adapte pas très exactement, parce que le mot «. veillez » semblerait signifier que les jeunes filles on ma fait de dormir, quoique le tort des étourdies ait été leur imprévoyance, et non le sommeil, qu'ont partagé les prudentes. Cette conclusion ne vient pas non plus comme une application de la parabole, mais comme une conséquence du récit même, qui était interprété en allégorie.
Si le récit devait préparer les auditeurs au retardement de la parousie, comme l'admettent certains commentateurs, il aurait été conçu par un chrétien de la seconde génération ; mais celte idée ne s'accorde pas avec le but de l'apologue; on ne demande pas à quelqu'un de se préparer tout de suite à un événement que l'on dirait en même temps devoir beaucoup tarder. Selon le thème primitif, le retard de l'époux n'a pas plus de signification que le nombre des jeunes filles, leur qualité de vierges, les lampes, l'huile, les burettes, les marchands2. La parabole fait ressortir uniquement le danger d'une préparation insuffisante, l'inconvénient d'arriver trop tard pour le royaume : quand le moment fatal viendra, il ne sera plus temps de se pourvoir. Le retard de l'époux correspond seulement à ce fait, que le royaume ne se manifeste pas encore dans le moment où Jésus parle, bien qu'on l'annonce et le conçoive imminent.
1. Le grec reçu ajoute inutilement : Iv r, ô uîôç -où àvôpotaou ïp-/txcn:, d'après Mr. xxiv, 42, 44, 50.