Wellhausen, Me
la mise en scène ne devrait pas lui être aussi attribuée ? Sans doute l'historicité du fait n'est point compromise par la prévision que le Christ est censé avoir de sa fin, et l'onction n'est pas à regarder comme un symbole imaginé pour figurer la consécration messianique de Jésus par sa mort et sa résurrection l, bien que Marc ait dû l'entendre ainsi. Mais l'anecdote parallèle, qui est racontée par Luc 2, et qui a provoqué l'omission de celle-ci dans le troisième Evangile, pourrait suggérer l'hypothèse d'une adaptation pratiquée par le rédacteur du second Evangile sur un récit traditionnel, qui ressemblait bien plus à celui de Luc qu'à celui de Marc. On a vu plus haut que le récit de Luc a été influencé par la rédaction actuelle de Marc, et qu'il consistait essentiellement dans la démarche de la pécheresse pleurant aux pieds de Jésus, et dans la parabole des deux débiteurs avec son application. Réduite à ces proportions, l'histoire delà pécheresse peut sembler n'avoir pu être transformée dans celle de la femme qui répand le parfum sur la tète de Jésus. Cependant une telle transformation n'est pas impossible. D'ailleurs, il est aussi parlé d'onction dans le récit de Luc, et si la gaucherie de la narration peut faire supposer que l'onction y est adventice, on pourrait aussi conjecturer que le récit primitif mentionnait le parfum répandu sur la tête, et les larmes répandues sur les pieds : Luc n'aurait pas voulu que la femme touchât la tète du Sauveur ; Jean 3 lui-même a eu ce scrupule, bien qu'il ne mette plus en scène une pécheresse, mais Marie sœur de Lazare. Dans ce cas, Marc n'aurait eu qu'à supprimer ce qui concernait le caractère personnel de la femme, c'est à-dire ce qui fait la signification historique et morale de l'anecdote, et interpréter le reste conformément à son symbolisme théologique, pour obtenir le récit qu'on vient de lire. Le rédacteur qui a supprimé l'histoire de la femme adultère était-il incapable de modifier ainsi l'histoire de la pécheresse ?
La remarque des disciples touchant la perte du parfum s'explique très bien si l'anecdote a une origine indépendante ; mais elle se comprend aussi dans l'hypothèse qui vient d'être indiquée, et l'évangéliste veut qu'on l'entende comme un nouveau témoignage