Cf. Ex. xxxn, 18, et le reproche de Iahvé, xxxm, .'i
l'épileptique 53
Juifs leur impuissance devant le possédé. En cet état de choses, et vu ses dispositions à l'égard des disciples, il est peu croyable que l'apostrophe ne les vise pas. Cette apostrophe n'est pas plus violente que celle que Pierre a dû subir précédemment '. Tout le monde pourrait donc être associé dans le même blâme, en tant que concernant le judaïsme et les apôtres judaisants. L'apostrophe, inexplicable au point de vue de l'histoire, se justifierait au point de vue symbolique du récit. Le père, qui a été parmi les interrogés, et qui a parlé pour tous, est compris dans le blâme, en tant qu'il représente la masse incrédule ; c'est pourquoi l'évangéliste lui fera donner plus loin une leçon de foi dont il est censé avoir profité, puisque le miracle s'accomplit. Le récit primitif ne cherchait pas sans doute à expliquer l'échec des disciples autrement que par la malice particulière du démon à chasser, comme il sera dit plus loin ; ni le père ni les autres témoins n'étaient à blâmer ; le père exposait le cas, et Jésus disait qu'on lui amenât le possédé.
Matthieu, qui ne parle pas des scribes, n'attribue aucun rôle à la foule, et fait intervenir le père seul, n'a mis en relief que l'insuccès des disciples ; c'est sur eux que paraît tomber l'apostrophe, et l'évangéliste doit les avoir en vue, puisqu'il explique leur échec par l'insuffisance de leur foi, et qu'il leur fait adresser, à la fin du récit, la leçon qui, dans Marc, est pour le j)ère ; mais il y a disproportion entre les paroles de Jésus, qui supposent un défaut général de la foi nécessaire, et l'application qui en est faite à l'insuffisance de la foi chez les apôtres dans le cas particulier du lunatique. Dans Luc, les disciples sont également en vue avec le père, et l'apostrophe ne peut guère concerner la foule; on ne voit pas non plus pourquoi le père, qui recourt en confiance à Jésus, mériterait un blâme ; le troisième Evangile suivrait donc ici le premier, et ilne semble pas que le rédacteur, en faisant donner au père l'ordre d'amener l'épileptique, ait voulu le présenter comme type de la génération incrédule :. Dans cette hypothèse, le miracle aurait dû plutôt lui être refusé, ou remis, comme dans Marc, après un acte de foi