Avec J. Weiss, AE
Bien que tous ceux qui accompagnaient Jésus se soient dispersées, il se trouve que quelqu'un, dont on ne dit pas le nom ni la qualité, demeurait encore auprès de lui. Un jeune homme qui n'avait pour tout vêtement qu'une pièce de toile autour du corps, s'attachait à sa suite; on voulut le prendre, mais le jeune homme, lâchant le drap dont il était enveloppé, s'échappa nu des mains qui voulaient le retenir l.
Toutes les hypothèses possibles ont été faites au sujet de ce mystérieux individu. Ce n'était pas un apôtre; ce n'était pas non plus un curieux qui se trouvait là par hasard. On a conjecturé qu'il habitait la maison où Jésus avait pris son repas ; qu'il était déjà couché quand le Sauveur et ses disciples sortirent pour aller à Gethsémani ; que, s'étant levé pour les accompagner, il ne prit pas la peine de se vêtir, et qu'il sortit avec la chemise ou le drap qui le couvrait dans son lit 2. La légèreté de son costume n'avait pas, diton, d'inconvénients à la saison où l'on était. Beaucoup de commentateurs ont -pensé que ce jeune homme n'était pas autre que l'évangéliste lui-même 3, Jean Marc, dont il est parlé au livre des Actes. C'est chez sa mère que l'on voit les fidèles de Jérusalem réunis quand Pierre s'évade de la prison où l'a fait enfermer Hérode
1. V. 51. xoù vsavîdicoç xi; auvY)xoAoû9ei xùxtjS jrepijîe lV/.r1;j.ivo; acvSdva ;-;. yj;j.vo3 (Ss. omet i. -(., et ajoute : « et beaucoup de gens vinrent ») x.at xpaxouatv aùxdv ô oè xaxaXtjrwv xrjv atvSdva (Ss. ajoute : « dans leurs mains ») yjavd; à'çuyev AD, qq. mss. la t. ajoutent X7t'aùxwv .
2. Zaun, II, 243-245; B. Weiss, Mk. 22:î, etc. J. Weiss, AE., 305-309, pense que le mot « nu » pourrait s'entendre d'un homme qui aurait eu seulement l'habit de dessous, y-Twv, et une pièce de toile, crivScov, en guise d'habit de dessus, qiàxtov; on ne serait pas obligé d'admettre que le veaviaxoç avait quitté son lit pour suivre Jésus, et il aurait pu prendre part à la cène. Mais une telle façon d'entendre la « nudité » paraît inadmissible dans e cas en question. Cf. B. Weiss, loc. cit.
3. Zahn, B. Weiss, Holtzmanx, 176. D'après Brandt, 26-28, c'aurait été l'un des apôtres : mais pourquoi ne l"aurait-on pas nommé, et la désignation veavicy.o: ri? n'exclut-elle pas les disciples ? J. Weiss, loc. cit. et 407-413, pense que le veavi'axoç ne peut pas être l'évangéliste, mais une personne à laquelle celuici porte un intérêt particulier, comme fait l'auteur du quatrième Évangile à l'égard du disciple bien aimé, et les deux, le « jeune homme » de Marc, et le « disciple bien aimé » de Jean pourraient être la même personne, à savoir Jean Marc : échafaudage de conjectures gratuites. « Quisiste fuerit adolescens, non solum diffinire temerarium, sed etiam quaerere nimium curiosum dicerem, nisi bonos viderem auctores utrumque fecisse. » Maldonat, I, 761. Les anciens
Agrippa ' : ne serait-ce pas déjà là que Jésus aurait fait la dernière cène avec ses disciples '-' ?
Conjectures gratuites et superflues. L'auteur du troisième Evangile, qui est aussi celui des Actes, ignore que la dernière cène ait eu lieu dans la maison de Marie, mère de Jean Marc. Il est évident, d'ailleurs, que le rédacteur du second Evangile l'ignore aussi bien que celui du troisième. Marc ne sait pas qui est ce jeune homme ni ce qu'il devint. Comment donc a-t-il pu être instruit d'un fait dont aucun disciple n'a été témoin? Eaudra-t-il supposer que le jeune homme, s'enfuyant dans la direction opposée à celle que prenait la troupe armée, rencontra quelque disciple, peut-être Pierre lui-même, qui revenait sur ses pas pour suivre à distance les gens qui emmenaient Jésus? Mais cette circonstance suffirai t-elle à rendre compte de l'intérêt que la tradition aurait pris à un fait d'une si médiocre portée, quand elle en a négligé tant d'autres qui avaient eu plus de conséquence? S'il s'agissait d'un souvenir de Pierre, le jeune homme ne serait-il pas connu, et l'histoire n'aurait-elle pas une forme plus précise ? A l'hypothèse d'une donnée quelconque, ramassée au hasard dans la tradition historique de l'Evangile, on aurait peut-être le droit de préférer celle d'un trait conçu par application de prophétie; et justement il y a un texte d'Amos qui, à propos de fuite, parle d'un homme nu :;. L'interprétation messianique de ce passage pouvait suggérer ce crue Marc raconte.
avaient pensé à Jacques frère du Seigneur (Épiphane), à l'apôtre Jean (Chrysostome, Ambroise, etc.), et quelques-uns, tardivement et sans que leur opinion ait influencé la tradition commune, à l'évangéliste (fragment de « chaine » cité par J. Weiss, AE. 406). La ligne qui subsiste de la notice de Marc dans le fragment de Muralori : ci quibus tamen interfuit et ita posuit >>, a été interprétée de façon à signifier que Marc aurait été témoin d'une partie des choses qu'il raconte, et parmi ces choses qu'il a vues on a voulu compter d'abord l'arrestation du Sauveur à Gethsémani (Volckmar, Zahn, etc.) : l'interprétation de ce texte et son application sont pareillement hypothétiques. Cf. I, 50.