‹ Les évangiles synoptiques (volume 3)Chapitre 558 sur 726 · HûLZMANN · texte numérisé non relu

HûLZMANN

3. On voit volontiers dans ce passage de Marc un latinisme : « verberibus aliquem accipere » (Cicéron). Field, 40, objecte que Jésus ne tombe pas pour la première fois aux mains des valets, ce qui exclut aussi la traduction : « et les valets le prirent (en garde) avec des coups » (Meyer, B. Weiss, J. Weiss), et il préfère la leçon du texte reçu : k'[3aXXov (è'paXov), qui est plutôt supposé par mss. lat. et Vg. : « « caedebant ». Cf. fiâXXav Xîâoiç, psXeat. Il semble arbitraire d'attribuer à une rédaction postérieure le dernier membre de phrase de Me. 65 (J. Weiss, AE. 320), sous prétexte qu'il n'a pas de parallèle dans Luc, et que les mots ot Sa Ipàjtiaav, qui y correspondent dans Mt. 67, seraient interpolés (Bhandt, 357). Matthieu et Luc semblent avoir voulu épargner à Jésus les coups des valets, mais ils ont connu tous deux le texte de Marc : le premier s'en sert pour compléter l'énumération des outrages, et le second paraît y avoir substitué très consciemment l'indication vague de propos blasphématoires. Le soufflet unique de Jn. xviii, 22, dérive de Me. 65 ; l'idée d'un rapport inverse est contraire à toute vraisemblance.

mention de ces valets semble venir à la fin, pour compléter et rectifier l'indication donnée d'abord par l'évangéliste.

Matthieu et Luc font disparaître l'équivoque, le premier en ne faisant intervenir que Caïphe et les membres de son tribunal, le second en ne parlant, conformément à l'enchaînement de son récit, que des hommes qui avaient arrêté le Christ et « qui le tenaient » dans la cour du grand prêtre. Il n'était déjà pas très vraisemblable qu'une partie du sanhédrin se fût précipitée sur Jésus pour le couvrir de crachats et l'accabler de coups : l'invraisemblance est au comble dans le premier Evangile, où Caïphe et tout le sanhédrin l'ont ce que Marc a dit seulement de « quelques-uns ». Le récit de Matthieu est d'ailleurs mieux équilibré, puisque ce sont les mêmes personnes qui se permettent les crachats, les coups de poing- et les soufflets. Matthieu et Luc se sont efforcés de ramener à l'unité un tableau dont l'incohérence résultait probablement de ce que Marc, indépendamment de l'intention apologétique dont on a déjà parlé, avait été plus préoccupé de l'accomplissement des prophéties que de la vraisemblance historique.

Le détail du voile jeté sur la face de Jésus pourrait être en rapport avec le passage d'Isaïe où les versions grecques disent que « la figure » de l'homme des douleurs « était comme cachée ' », et il ne faut peut-être pas chercher un rapport trop étroit entre cette circonstance et ce qu'on lit ensuite touchant 1 invitation à prophétiser. Matthieu et Luc ont pensé que l'on demandait à Jésus de désigner ceux qui lui donnaient des coups -. Explication plus facile

I. Is. lui, 3. Dans l'hébreu, te Serviteur de Iahvé est comparé à un misérable devant qui on se voile la face. Mais les LXX lisent : oti à7da7pa--uai -<> -pdaro-07 aÙToù. Aquila (suivi par s. Jérôme : « et quasi absconditus vultus ejus ») traduit : w; a7roxszpju.1j.ivov r.o6rj'j>r.ov aù-roù. Pour les autres traits, cf. Mich. iv, 14 : « Ils frappent à la joue, avec un bâton, le juge d'Israël » ; surtout 1s. i., 6 (LXX). tov vtoxdv u.ou cOwza êîç u.âaT'.ya;, xàç oï a'.aydva; u.ou sî; Zanzivaa-:a, to oî JcpédtoTOv aou où/. à7tsaTpë'|a amà aîayjvr]? lu.TZTuau.à'Twv. Brandt, 70-71, compare aussi I Rois, xxir, 24 (LXX). -ai. i-niTcu^s (Sedecias) xo'v Msi^atav è-1 ttjv jiaYova zal z'itzzv tzoïov -vsu;j.a y.upîoj -ô XaXfjaav èv toî ; Ce trait pourrait, en effet, avoir suggéré la demande de prophétie dans Marc ; mais celle-ci est d'abord une adaptation aux sanhédristes et aux satellites juifs de la dérision des soldats dans Me. xv, 18.

:.'. L'accord des deux évangélistes en ce point suggère l'idée d'une influence de Matthieu sur Luc, à moins que l'explication, -■'; âaxtv 6 r.ahx; az, n'ait été ajoutée de très bonne heure dans le troisième Évangile, d'après le premier, ce qui n'a rien d'impossible.

peut-être que naturelle. Dans Luc, qui a retenu la mention du voile, Jésus est invité à désigner chaque auteur des coups qu il reçoit : comment fera-t-il, puisqu'il ne les voit pas ; il faudra donc qu'il dise leurs noms; pour se livrer à ce jeu, on n'avait pas besoin de lui bander les yeux. C'est pourquoi Matthieu ne dit rien du voile; mais, comme il ne dit pas que l'on demande à Jésus le nom de ceux qui le frappent, il semble que le Christ, avant la liberté de voir, pourrait aisément faire ce à quoi on l'invite. On est donc en droit de douter que Matthieu et Luc aient bien saisi la pensée de Marc, et que celui-ci ait voulu prêter aux insulteurs du Christ l'invitation dérisoire à indiquer, moyennant le don de prophétie dont il devait être investi, soit le nom. soit la personne de ceux qui le frappaient '. S'agirait-il d'annoncer le destin particulier et la punition de chaque insulteur2? Une pareille détermination du sens est moins vraisemblable encore que celle qui a été déduite du contexte par les évangélistes plus récents. On ne voit pas pourquoi Marc n'aurait pas attribué au mot « prophétiser >> une signification générale 3, qui serait, dans la bouche des insulteurs, comme une définition du ministère messianique auquel Jésus prétend '. Jésus serait invité par dérision à faire le prophète, soit par une prédiction, soit par un signe analogue à ce que l'on croyait et racontait des prophètes anciens.

Makc, xiv, 66. Et Mattii. xxvi, 69. Ce- lac, xxn, 56. Et une

comme Pierre était en pendant Pierre était servante, ayant vu

bas, dans la cour, il assis dehors, dans la Pierre assis auprès du

vint une des servantes cour, et une servante t'eu, et l'ayant regardé

du grand prêtre ; 67. s'approcha de lui en attentivement, dit : « Il

et voyant Pierre qui se disant : « Toi aussi, tu était aussi avec lui. ■>

chauffait, après l'avoir étais avec Jésus le Gali- 57. Et il le renia.

regardé, elle dit : <■ Toi léen. » 70. Et il nia disant: « Femme, je ne

aussi, lu étais avec Je- devant tous, disant : le connais pas. » 58.

sus le Nazaréen. » 68. « Je ne sais ce que tu Et peu après, un autre,

Et il nia en disant : dis. » 71. Et comme il le voyant, dit : « Toi

« Je ne sais ni ne corn- sortait vers la porte, aussi, lu en es. » Et

prends ce que tu dis. » une autre le vil el dit Pierre dil : « Nomme.

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