Brandt. 105. Cf. Holtzmann
.romaine J à l'égard des Juifs. Quant à l'attitude de Pilate envers Jésus, il convient d'observer que, si le procurateur était persuadé que l'accusation des prêtres était fausse, il était libre de ne pas prononcer la condamnation; s'il croyait l'accusation fondée, et s'il jugeait que la prétention messianique était un danger pour l'autorité romaine, il ne pouvait avoir l'idée de remettre Jésus en liberté, puisqu'il se serait vu contraint de l'arrêter le lendemain. L'histoire de Barabbas n'a de signification que dans l'hypothèse d'un jugement rendu par le sanhédrin, et auquel Pilate essaie vainement de soustraire le Sauveur. Or cette hypothèse n'est pas conforme à la tradition primitive et historique, d'après laquelle Jésus a été jugé et condamné par Pilate, sur la dénonciation des prêtres.
La décision de Pilate est suivie d'une scène de dérision 2 que rien ne prépare, et qui présente d'autant plus de garanties à l'historien, qu'elle ne sert pas les intentions du rédacteur. Bien que Marc ne le dise pas, les soldats qui se moquent de Jésus sont des soldats romains. L'on s'explique d'autant moins leur conduite : s'ils sont chargés d'exécuter la sentence de Pilate, ils n'ont pas la faculté d'aggraver selon leur caprice le sort du condamné. S ils traitent Jésus en roi de comédie, c'est qu'ils y ont été autorisés par les circonstances, et l'on pourrait dire par la teneur de la condamnation. On a depuis longtemps observé que Jésus avait été traité par les soldats romains en roi des saturnales. Plus récemment, on a signalé des faits analogues, et même le cas d'un roi de carnaval qu'on ne se contentait pas de mettre à mort pour la forme, mais en réalité 3. On a relevé aussi, dans Philon, l'histoire singulière du fou Carabas 4, que la populace d'Alexandrie s'était amusée à traiter en roi, pour se moquer du jeune Agrippa, devenu roi de Judée par la grâce de Caligula, et l'on s'est demandé si Carabas ne serait pas le nom même de Barabbas, nom qui ne serait pas celui d'un individu, mais du personnage qui figurait le roi dans des fêtes analogues aux saturnales romaines et aux Sacées babvloniennes. La conduite des
1. L'analogie d'une telle coutume avec les grâces que l'on accordait à Rome aux esclaves enchaînés, dans la fête des Lectisternia, est assez éloignée et ne peut fournir la base d'un argument a pari. Cf. Brandt, 101-102.