Cf. B. Weiss, Lk
2. Év. de Pierre. 35. « Mais la nuit qui précédait le dimanche, tandis que les soldats veillaient deux à deux, à tour de rôle, un grand bruit se fit dans le ciel, 36. et ils virent les cieux ouverts, et deux hommes (cf. Le, xxiv, 4 ; Act. i, 10) qui en descendaient, tout environnés de lumière, et qui s'approchaient du tombeau (cf. Mt. 2). 37. Et cette pierre qu'on avait mise à la porte, roulant d'elle-même, se détourna de côté, et le tombeau s'ouvrit, et les deux jeunes gens entrèrent. 38. A cette vue, les soldats réveillèrent le centurion et les anciens, car ilsétaient là aussi faisant la garde, 39. et comme ils racontaient cequ'ils avaient vu, ils virent de nouveau trois hommes qui sortaient du tombeau, les deux en soutenant un autre, et une croix qui les suivait ; 40. et la tête des deux atteignait le ciel, et celle de celui qu'ils conduisaient dépassait la hauteur des cieux. 41. Et ils entendirent une voix qui disait du haut des cieux : « As-tu prêché à ceux qui dorment? » 42. Et de la croix on entendit répondre : « Oui. » 43. Et les (gardiens) se concertaient entre eux pour aller avertir Pilate de tout cela. 44. Et comme ils délibéraient encore, on vit de nouveau les cieux ouverts, et un homme qui en descendait et qui entrait dans le sépulcre. » C'est cet ange, celui de nos deux premiers Evangiles, qui reçoit les femmes quand elles arrivent au tombeau. V. 50. « Et le dimanche matin, Marie de Magdala, — craignant les Juifs (cf. Jn. xix, 38 ; xx, 19), parce qu'ils étaient enflammés de colère, elle n'avait pas fait au sépulcre du Seigneur ce que les femmes ont accoutumé de faire pour les morts qu'elles aiment, — 51. prenant avec elle ses amies, vint au sépulcre où il avait été déposé. 52. Et elles craignaient que les Juifs ne les vissent, et elles disaient : « Puisque, le jour où il a été crucifié, nous n'avons pas pu pleurer et nous lamenter, nous allons le faire maintenant à son sépulcre. 53. Mais qui nous détournera la pierre qui a été mise à l'entrée du sépulcre, pour que nous entrions, que nous nous mettions près de lui et fassions ce que l'on doit ? 54. Car la pierre était grande (ceci paraît écrit d'après Me. 3-4, en supposant l'explication : « car la pierre était très grande », à la fin du v. 3 ; cf. supr. p. 715, n. 2), et nous craignons qu'on ne nous voie. Si nous ne pouvons pas (l'écarter), nous jetterons du moins à la porte ce que nous apportons en mémoire de lui (eîç [xvr^ovjvr^ xjtou. Pour l'expression, cf. Me. xiv,
pas voulu mettre dans son livre une représentation du grand mystère chrétien. Dans les quatre Evangiles, Jésus est censé avoir quitté la tombe avant qu'aucun œil humain ait pu vérifier l'état du sépulcre, et le commencement du dimanche marque le point de départ de son immortalité.
Mattii. xxviii, 11. Et pendant quelles s'en allaient, quelques-uns des gardes vinrent à la ville raconter aux chefs des prêtres tout ce qui était arrivé. 12. Et s'étant assemblés avec les anciens, et ayant tenu conseil, ils donnèrent une grande somme d'argent aux gardes, 13. disant : « Dites que ses disciples sont venus la nuit l'enlever pendant que vous dormiez. 14. Et si la chose arrive à la connaissance du gouverneur, nous le tranquilliserons, et nous ferons en sorte qu'on ne vous inquiète pas. » 15. Et ayant pris l'argent, (les gardes) firent selon les instructions qu ils avaient reçues ; et ce bruit s'est répandu parmi les Juifs, jusqu'à ce jour.
Ainsi qu'il a été observé plus haut, à propos de l'addition rédactionnelle qui prépare celle-ci ', Matthieu a voulu répondre à l'accusation que les Juifs de son temps portaient contre les disciples de Jésus, et par laquelle ils éludaient l'argument que les chrétiens tiraient de la résurrection de leur Maître en faveur de sa dignité messianique.
Pendant que les femmes s'en retournent, quelques-uns des gardes, revenus de leur stupeur, viennent aussi à Jérusalem prévenir les prêtres de ce qui s'est passé. Les prêtres croient les gardes sur
9; Mt. xxiv, 13; supr. p. 496, ce que Jésus dit de la femme au parfum); nous pleurerons et nous nous lamenterons jusqu'à ce que nous arrivions à notre maison. >> 55. Et s'en étant allées, elles trouvèrent le tombeau ouvert, et sapprochant, elles se penchèrent (-apiy.j^av ; cf. Jn. xx, 11) et virent là, au milieu du tombeau, un jeune homme (vsav;a/.ov ; cf. Me. 5), assis, très beau et vêtu d'une robe éclatante, qui leur dit : « 50. « Pourquoi venez-vous ? Qui cherchez-vous ? N'est-ce pas le crucifié ? Il est ressuscité et parti. Si vous ne le croyez pas, penchez-vous et voyez la place où il était couché : il n'y est plus, car il est ressuscité, et il est allé là d'où il avait été envoyé » (cf. Jn. xx, 17). 57. Aloi's les femmes épouvantées, s'enfuirent. » Pour cette conclusion, cf. Me. 8, supr. p. 719, n. 5. Il n'est pas question de la Galilée dans le discours de l'ange, bien que l'apocryphe amène aussitôt l'histoire de la pèche. Mais il n'aurait pas pu dire que Jésus a précédé les disciples en Galilée, puisqu'il le fait monter au ciel en sortant du tombeau. 1. xxvn, 62-66; supr. pp. 708-712.
parole, ce qui ne laisse pas d'être fort extraordinaire ', et ils sont uniquement préoccupés d'empêcher la vérité de se répandre. Ils tiennent conseil avec les anciens, car l'évangéliste ne ménage pas les séances du sanhédrin. Il est bien superflu de chercher si la séance dont il s'agit avait ou non un caractère officiel. Il n'y a pas lieu non plus de se demander pourquoi les soldats romains vont faire un rapport aux prêtres, sans avertir leurs supérieurs hiérarchiques, ni pourquoi ils sont supposés compromis vis-à-vis de Pilate a raison d'un accident qui n'est désagréable que pour les prêtres. Les membres du sanhédrin prennent le parti d'acheter le silence des^soldats. Ceux-ci raconteront dans la ville que les disciples ont enlevé le corps de leur Maître, pendant que la garde dormait 2. Ces sentinelles qui déclarent avoir dormi, et qui savent ce qui s'est passé durant leur sommeil, ont un rôle quelque peu ridicule. Mais l'évangéliste n'a pas prétendu leur en donner un sérieux, et l'on peut dire aussi qu'il n'a pas eu grand souci de la vraisemblance. Seulement, comme tout le monde sait que les soldats romains ne montent pas la garde en dormant, la fausseté du discours éclate aux yeux du lecteur, et cela suffit.
Les prêtres se font forts d'apaiser Pilate si le gouverneur vient à connaître la négligence dont les soldats s'avoueront coupables. Est-ce de cette négligence ou de ses suites que le gouverneur sera fâché? S'il s'agit des suites, comme tout porte à le croire, puisque la négligence en elle-même n'est pas un cas très grave, il faut supposer que Pilate aurait été capable de prévoir, dès le premier moment, la fondation du christianisme et le mouvement religieux dont la résurrection du Sauveur a été le point de départ. Les soldats prennent l'argent et colportent le mensonge qu'on leur a suggéré. De la vient, observe l'évangéliste, que ce mensonge court encore aujourd'hui parmi les Juifs 3.
1. Cf. Brandt, 331. « La légende chrétienne prête aux autorités juives la croyance chrétienne, tout en leur laissantl'incréclulité juive... Les Juifs croient, dans leur for intérieur, que Jésus est ressuscité miraculeusement; mais, au lieu de reconnaître le Messie, ils continuent à combattre sa cause. » Strauss, II, 385.
2. V. 13. éÎtïxts oti oî ;j.a0ri7a;. aù-ou vj*tÔç £À6o'vt£; e/.Xe^av aJTOv ïjjifiv x.oi|j.to[X£vwv. Ce discours est coordonné, dans la pensée de l'évangéliste, à celui de xxvu, 64.
A. Le mensonge des gardes est expliqué autrement dans VEv. de Pierre : v.
Cette histoire des gardes au tombeau paraît conçue tout entière en vue de la situation où l'apologétique chrétienne se trouvait à l'égard des Juifs après la mort des apôtres et de la génération qui avait vu la mort de Jésus, puis la fondation de l'Eglise chrétienne à Jérusalem. Dans les premiers temps du christianisme, comme les premières apparitions du Sauveur avaient eu lieu en Galilée, et que sans doute aussi les apôtres alléguaient les apparitions, non la circonstance du tombeau vide, comme preuve de la résurrection, personne ne les accuse d'avoir pris le corps de leur Maître pour faire croire qu'il était ressuscité. C'est seulement plus tard, pour faire obstacle à la prédication de disciples qui prouvaient la résurrection par le témoignage d' autrui, et après qu'on eut fait valoir le récit du tombeau trouvé vide, que les Juifs imaginèrent la fable de l'enlèvement. Si cette fable n'a pas été inventée à Jérusalem, on la présenta néanmoins comme un fait connu d'abord dans cette ville. L'évangéliste l'a rencontrée dans le milieu où il vivait ; il y a opposé la réponse qu'on vient de voir, et que d'autres peut-être avaient déjà ébauchée avant lui. La calomnie se répandit naturellement dans tous les endroits où la propagande chrétienne se trouvait en contact avec le judaïsme '.
45. « Ayant vu ces choses (ce qui a été raconté vv. 35-44, supr. p. 734, n. 2), ceux qui étaient avec le centurion s'en allèrent promptement trouver Pilate pendant la nuit, laissant le tombeau qu'ils gardaient, et ils racontèrent ce qu'ils avaient vu, très tourmentés, et disant : « C'était vraiment le Fils de Dieu » (cf. Me. xv, 39. On sait que, dans VEv. de Pierre, ce ne sont pas les soldats romains qui président au crucifiement ; c'est peut-être ce qui explique pourquoi la confession du centurion a été transportée en cet endroit). 46. Pilate leur répondit en disant : « Je suis innocent du sang- du Fils de Dieu ; c'est vous qui avez voulu cela » (cf. Mt. xxvii, 24). 47. Venant ensuite le trouver tous, ils lui demandèrent et le prièrent de commander au centurion et aux soldats de ne pas dire ce qu'ils avaient vu : 48. « Car il vaut mieux, disaientils, encourir devant Dieu la responsabilité de cette grande faute que de tomber aux mains du peuple des Juifs et d'être lapidés. » 49. Pilate ordonna donc au centurion et aux soldats de ne rien dire. » Il semblerait que l'on veut expliquer pourquoi Pilate n'a point protesté contre la calomnie des Juifs.
1. Cf. Justin, Dial. 17, 108; I, 37. Sur le parti que certains critiques modernes ont cru pouvoir en tirer, cf. supr. p. 720, n. 2.
A. Loisy. — Les Évangiles synoptiques, II.