Cf. Holtzmann
76 i LES ÉVANGILES SYNOPTIQUES
Restés seuls, les deux disciples s'avouent mutuellement qu'ils auraient dû reconnaître plus tôt celui qui leur parlait dans le chemin, rien qu'à l'émotion profonde qui s'était emparée de leurs cœurs, pendant qu'il leur expliquait les Ecritures, ou peut-être si leur intelligence n'avait été paralysée par quelque obstacle surnaturel *. Sans plus tarder, ils retournent à Jérusalem, où ils trouvent réunis tous les disciples autour des onze apôtres : on leur dit que le Seigneur est ressuscité, que Simon l'a vu ; eux racontent ce qui leur est arrivé 2. Le témoignage de Pierre, qui a vu le Seigneur, se trouve corroboré par celui des disciples qui l'ont entendu interpréter les Ecritures, et qui l'ont reconnu à la fraction du pain.
Pourquoi l'apparition du Sauveur à Simon n'est-elle pas racontée ? Si le texte traditionnel est correct, on devrait supposer qu'elle était dans la source où se trouvait l'histoire des disciples d'Emmaùs, car on ne comprend guère cette allusion à un fait qui est rappelé à raison de son importance, s'il n'en avait pas été question auparavant. Dire que Luc est l'auteur de cette allusion, et qu'il n'avait rien de plus à raconter sur la « vision de Pierre », parce qu'il la connaissait seulement par la première Epître aux Corinthiens3, est risquer une hypothèse tout à fait gratuite et invrai-
1. V. 32. xaî ci-av ~pô; iïXXtJXouî" oùvî T] xapoîa rjawv xaioaî'vr, r)v :v ï)[Atv (D, oùyî f] xapoiâ r,v rjtxôiv xsxaXuftpivT] ; Ss. Se. sah. arra. « appesanti > ; lat. c. « exececatum »; e « exterminatum »; / « obtusum »; on a remarqué (cf. Blass, 120) qu'un seul point fait en araméen la différence entre "ppi « ardent », et "]ipl « pesant»; mais il peut être risqué de conclure à une double traduction de l'original araméen de notre récit, la variante pouvant s'être produite en syriaque par ce détail d'écriture, et en grec, par la ressemblance des mots; bien que « le cœur ardent » n'excite pas la défiance des interprètes (cf. Wellhausen, Le. 139), on pourrait trouver « le cœur couvert » ou « alourdi », c'està-dire « l'intelligence voilée » ou « appesantie », plus conforme aux habitudes du langage biblique et en meilleure harmonie avec le contexte), 6ç iXâÀn f,u.ïv iv xrj ôow, <wç Sr/Jvoiysv rj[i.ïv xàç ypaçxç ; Plusieurs mss. lat. Ss. Se. omettent &? ÈXàXei r|[i.tv; peut-être y a-t-il doublet dans la leçon commune mç l. rt,, w; 8. rj. T. y.
2. V. 33. x.ai àvaaxavxeç (D lat. c e. sah. ajoutent X'j7;oû[xsvot qui s'accorde bien avec la lecture xsxaXu;j.u.evir], au v. 32. Resch III, 781) ocùxrj xrj wpa C-éaxpEd»av eiç 'l£pouaaXir][x, /.ai eûpov rflpota^évouç xoù; ivoexa /.ai xoùç aùv aùxot; (cf. v. 9) 34. Xsyovxaç (D, XéyovTEç) oxt ovxcoç TjyépOï] ô icuptoç xai wœQr] Etfxcovi. 35. /.ai aùxol IÇr,yoïïvTO xà èv xrj Ô8c3 xaî roc iyvojjOyj aùxoiç (Ss. Se. om. aùxofç) Iv X7J xXâasi xoî3 apxou.
3. Bhandt, 421. Le rapport d'expression avec I Cor. xv, 4. o-: lyrlysoxat... o. xaî oxt wtpOri Kïiçà, n'est pas autrement concluant.
semblable, puisque l'évangéliste néglige entièrement par ailleurs les indications de Paul. Luc se serait plutôt dispensé de raconter la vision de Pierre, parce qu'il ne pouvait pas l'introduire dans son cadre. En effet, l'apparition dont il parle ne pourrait avoir eu lieu qu'à Jérusalem. Celle dont parle Paul a dû se produire en Galilée. Marc paraît annoncer une apparition galiléenne destinée principalement à Pierre, bien qu'il ne la raconte pas. Cette apparition du Sauveur à Pierre ne paraît pas autre que celle qui est reproduite en manière d'appendice, dans le dernier chapitre du quatrième Evangile1. Sans doute Pierre, dans cette circonstance n'est pas seul a voir Jésus ; mais Jésus est venu surtout pour lui. Ceux qui ont donné au quatrième Evangile sa forme définitive l'ont complété en ajoutant l'histoire de la pèche miraculeuse, parce que ce récit tenait une grande place, et probablement la première, dans la tradition que représente Marc, et à laquelle peuvent très bien se rattacher Paul et Matthieu. Ajoutons que l'Evangile apocryphe de Pierre, faible autorité, mais qui peut valoir comme écho d'une tradition meilleure que le livre même, commençait le récit des apparitions par une pêche miraculeuse 2. L'apparition galiléenne avait sans doute plus d'importance que ne paraît en avoir celle qui est rapportée implicitement par Luc au jour même de la résurrection. Mais Luc, qui a voulu raconter seulement les apparitions hiérosolvmitaines, n'a pu décrire une apparition qui eut lieu près du lac de Tibériade :!.
Il est possible que le texte évangélique ait subi quelques retouches. Origène, en plusieurs endroits de ses écrits 4, appelle,