Cf. I
avait pu, même transitoirement et pour affermir la foi des siens, se nourrir d'aliments corruptibles, comme il faisait durant sa vie mortelle. Jésus prouvant son identité par les marques du crucifiement, c'est un trait qui n'a rien de choquant, mais qui est déjà malaisé à concevoir, vu qu'on n'imagine pas comment un corps immortel peut garder la marque sensible des blessures reçues dans la vie présente. Jésus mangeant pour prouver que son corps est réel, c'est un argument qu'il est permis de trouver brutal, mais surtout incompatible avec l'idée que Paul, la tradition primitive et même Luc se font du Ressuscité. Le corps de Jésus est spirituel : si le Christ ne mange que pour la forme, son acte fait illusion aux témoins; s'il mange pour se nourrir, que devient son état glorieux ? Représentation populaire et contradictoire en soi. Ce qui est primitif dans ce développement, c'est l'idée du fantôme, qui doit venir de source et qui se rencontre ailleurs : telle doit être la forme historique des doutes qui se produisirent à l'occasion des premières apparitions. Et ce peut être aussi une objection que l'on opposa d'abord à la foi apostolique.
Luc, xxiv, 44. Et il leur dit : « Voilà ce que je vous disais, quand je vous annonçais, étant encore avec vous, qu'il fallait que s'accomplît tout ce qui est écrit dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes, à mon sujet. » 45. Alors il leur ouvrit l'intelligence, pour comprendre les Écritures, et il leur dit : 46. « C'est ainsi qu'il est écrit que le Christ devait souffrir et ressusciter des morts, le troisième jour ; 47. et que l'on prêchera en mon nom la pénitence pour la rémission des péchés parmi tous les peuples, en commençant par Jérusalem. 48. Vous en êtes les témoins. 49. Et moi, je vais envoyer sur vous ce que le Père a promis ; mais vous, restez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la force d'en haut. »
Aux preuves de fait le Sauveur joint l'argument scripturaire. Le discours que l'évangéliste rapporte en cet endroit se rattache évidemment, pour la perspective, à l'apparition qui vient d'être racontée, et il est arbitraire d'insérer ' entre l'apparition précédente et ce discours de Jésus les quarante jours dont il est parlé au commencement des Actes. Au premier chapitre de ce livre, les souvenirs traditionnels sont distribués dans un autre cadre que
1. Avec la masse des exégètes catholiques. Cf. Sçhanz, Lk. 564-dôo.
celui de l'Evangile; mais ce n'est pas une raison pour confondre les deux, en dépit de l'arrangement voulu par l'auteur. Il y a dans l'un et dans l'autre une part de convenu. La facilité avec laquelle Luc les a échangés montre seulement qu'il recherchait la signification plus que la réalité dans les combinaisons de chronologie qu'il lui a convenu de faire.
A la fin de l'Évangile, tout entier à la pensée de la résurrection, il en réunit toutes les preuves et tous les témoins ensemble : de même que tous les amis de Jésus sont supposés avoir assisté à sa passion, tous sont encore supposés présents le soir de la résurrection, pour voir et entendre le Sauveur ; tous vont l'accompagner à Béthanie, et ils reviendront ensemble à Jérusalem, comme s'ils formaient, dès ce premier jour, une société parfaitement groupée en vue de l'œuvre qu'ils accompliront plus tard. Au commencement des Actes, l'écrivain pense aux débuts de l'Eglise et de la prédication apostolique : un certain sens de la vérité historique, qui a paru, dans la conclusion de l'Evangile, subordonné au but de l'argumentation, se fait sentir dans l'espace qui est donné aux apparitions du Sauveur ; mais le récit n'en conserve pas moins un caractère systématique, puisque l'Eglise est censée groupée à Jérusalem, autour de Jésus ressuscité, pendant quarante jours, comme si l'arrestation et la mort du Sauveur n'avaient pas jeté dans le troupeau fidèle le complet désarroi que Luc lui-même a laissé précédemment entrevoir ', et comme si la société apostolique ne s'était pas reformée en Galilée, selon que l'affirment Marc et Matthieu, et que l'appendice du quatrième Evangile aide mieux encore a le comprendre. Au lieu de corriger l'Evangile par les Actes, il faut dire que la façon dont Luc a groupé les données traditionnelles concernant la résurrection ne s'impose pas à l'historien, et que le rédacteur du troisième Evangile, tout comme celui du premier, a réuni en un seul point de l'espace et du temps, pour les interpréter à sa façon, toutes les expériences et les préoccupations de l'Eglise naissante durant les semaines qui s'écoulèrent entre la mort du Christ et le premier acte public d'évangélisation tenté parles apôtres.
Jésus recommence pour tous les disciples, en la complétant, la démonstration qu'il a faite aux voyageurs d'Emmaùs. Les faits