‹ Les évangiles synoptiques (volume 3)Chapitre 8 sur 726 · xvni · texte numérisé non relu

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4. Dans les Septante, È/.y.XY|sta correspond aux mots 'inp et mj?, qui s'emploient pour désigner la communauté israélite.

parler d'église que quand l'Église a existé, c'est-à-dire après que, le judaïsme ayant rejeté la prédication apostolique, les groupes chrétiens durent se constituer de plus en plus et définitivement en ■dehors de l'organisation religieuse d'Israël. Il y eut alors des communautés, des églises, dont la réunion idéale, on pourrait dire la raison commune, était l'Eglise. Paul dit l'Eglise de Dieu ', comme on disait le royaume de Dieu. C'est l'Eglise, en effet, qui est venue au lieu du royaume qu'on attendait, et l'idée de l'Eglise s'est substituée par la force des choses à l'idée du royaume. S'il avait parlé de l'Eglise, Jésus n'aurait pas plus dit « mon Eglise » qu'il ne disait « mon royaume » ; mais, au temps de Matthieu, et dans l'esprit de cet évangéliste, le Christ n'est plus seulement l'agent du royaume et le représentant de Dieu, il est entré pleinement dans la sphère de la divinité, il agit en Dieu, tout-puissant au ciel et sur la terre, souverain juge des vivants et morts, et ses fidèles lui rendent un culte divin, ils sont devenus son Eglise. Plein de signification, si on le remet dans son milieu d'origine, le discours que Matthieu prête au Sauveur n'aurait eu, à la date indiquée, aucun sens pour les apôtres. Que Jésus se soit voué à la formation de ses disciples afin de les associer à son oeuvre, ce n'est pas encore l'Eglise ; car les apôtres n'avaient toujours à prêcher que le royaume, et ils n'avaient pas été chargés de l'organiser provisoirement dans une institution quelconque. Il est vrai seulement que Pierre et les apôtres ont pris dans la réalité de l'histoire une situation analogue à celle qui leur était promise dans le royaume espéré; tout en prêchant l'avènement du royaume et le retour de Jésus, ils ont institué l'Eglise et l'ont régie en vertu de la mission qui leur était donnée pour le royaume. Si l'évangéliste n'a pas uniquement en vue la personne de Simon- Pierre, ce n'est pas pour lui dénier le pouvoir qu'il a exercé dans l'Eglise, c'est parce qu'il est préoccupé du pouvoir même autant que de la personne. Il n'a pas songé aune influence, à une autorité, à une action qui devaient disparaître avec l'apôtre lui-même, et qui n'auraient plus été en son temps qu'un souvenir déjà lointain. Simon-Pierre n'est pas que le fondement historique de l'Eglise, il en est le fondement actuel et permanent; il vit encore, aux yeux de Matthieu, dans une puissance qui lie et délie, qui détient les clefs du royaume, et qui est l'autorité de l'Eglise elle-même, non pas

i . I Cor. x, 32 ; xi, 16, etc.

sans doute son autorité diffuse, le régime particulier des communautés, mais une autorité générale et distincte, qui est aux autorités particulières ce que Simon-Pierre a été relativement aux disciples et à Paul lui-même. L'intérêt que l'évangéliste prend au chef des apôtres n'est pas seulement rétrospectif mais actuel; il n'a pour objet le passé que dans la mesure où le passé importe au présent ; il atteste que Pierre vit encore quelque part. Une tradition de Pierre, qui importe à toute l'Eglise, subsiste dans l'Eglise. Les critiques qui voient dans ce passage de Matthieu le plus ancien témoignage des prétentions de l'Eglise romaine ' rencontrent l'interprétation catholique du texte.

L'Eglise dont parle Matthieu est celle qu'il connaît, dont il est, non seulement la primitive communauté apostolique. Cette Eglise a la solidité qui convient à un édifice bâti par la main de Dieu, et sur un fondement tel que Pierre -. Les portes de l'enfer ne l'emporteront pas sur elle. Quelques interprètes modernes voient là une simple comparaison 3. L'enfer est conçu comme une sorte de forteresse souterraine dont lesportes ne peuvent être brisées, et ne laissent pas sortir ceux qui les ont une fois franchies. Les portes de l'enfer ne l'emporteraient pas sur l'Eglise, parce que l'Eglise est plus inébranlable encore que les portes du ténébreux séjour. Mais l'idée d'un succès qui doit échapper à la puissance infernale semble clairement indiquée 4. Les portes de l'enfer, c'est-à-dire la puissance de la mort, triomphent de tout ce qui passe sur la terre ; elles se referment sur tous les hommes ' et sur tous les empires de ce monde ; jamais pourtant elles ne se refermeront sur l'Eglise, parce que l'Eglise de Jésus ne meurt pas. L'enfer ne doit pas désigner ici, au moins directement, la puissance du mal, mais le royaume de la mort, suivant l'usage de l'Ancien Testament. L'Eglise vivra toujours ; elle ne changera que pour devenir le royaume glorieux du Christ, et elle est déjà le royaume des cieux. C'est pourquoi les portes de l'enfer ne la retiendront jamais captive derrière leurs éternels verrous. S'il s'agissait d'un combat entre l'enfer et l'Eglise,

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