Par exemple, après Is. xxviii, 16 (Julicher, II
lique. Quoi qu'il en soit, le premier Évangile et le troisième terminent leurs paraphrases par des menaces qui doivent expliquer rimpression fâcheuse que produit sur les membres du sanhédrin la parabole des Vignerons.
Marc, xii, 12. Et ils avaient envie de s'emparer de lui, et ils craignirent la foule. Car ils avaient compris qu'il avait dit pour eux la parabole. Et le laissant, ils s'en allèrent.
Luc, XX, 19. Et les scribes et les chefs des prêtres eurent envie de mettre la main sur lui à l'heure même, et ils craignirent le peuple.
Car ils avaient compris qu'il avait dit pour eux celte parabole.
Mattii. XXI, 45. Et les chefs des prêtres et les pharisiens, ayant entendu ses paraboles, comprirent qu'il parlait d'eux. 46. Et bien qu'il eussent envie de s'emparer de lui, ils craignirent la foule, parce qu'elle le regardait comme un prophète.
Cette conclusion du récit mérite d'attirer Tattention du commentateur, parce que, tout en se rattachant originairement à la parabole, elle parait avoir une signification plus importante que celle que le contexte invite maintenant à lui attribuer. Si on l'entend bien, la parabole a défini la situation de Jésus à l'égard des Juifs, spécialement du judaïsme officiel, qui a causé sa mort. Jésus est le fils du propriétaire, Théritierde la vigne, le Christ fils de Dieu ; le judaïsme officiel est son meurtrier. En conséquence de cette idée, les évangélistes disent que les autorités juives, ayant compris que Jésus annonçait leur réprobation, avaient formé le projet de l'arrêter, et en étaient empêchées par la crainte du peuple. L'indication de Marc ne vise pas un simple incident, une réflexion passagère des sanhédristes ; elle dépeint une situation qui est censée exister à partir de la parabole, et elle découvre la perspective de la passion. Mais cette perspective se referme brusquement, l'évangéliste disant aussitôt que les sanhédristes s'en allèrent * : détail particulier, sans correspondance réelle avec la situation générale qui vient d'être esquissée. La chute n'est pas si abrupte dans Matthieu et dans Luc, où la notice singulière du second Evangile a été corrigée. Mais on peut
1. V. 12. xai sJ^TJTOuv auTÔv xpatyîaat, xal èçoprîOTjjav tÔv o/Xov s'Yvojaav yàp on TZpoç «uToùç Tr)v 7îapaPoX))v êItcev. xal içévTsç aùiov àre^XOov.
dire que Tallégorie des Vignerons, qui, à son début, ne tient pas au contexte, n'y tient pas davantage à la fin. C'est, dans Marc, source commune des deux Synoptiques, une pièce rapportée. L'indication : « et le laissant, ils s'en allèrent », se rattache tout naturellement à Tincident qui précède la parabole * : les membres du sanhédrin, déconcertés par la question que Jésus leur pose au sujet de Jean-Baptiste, se retirent prudemment, peu soucieux de donner à l'assistance le spectacle de leur embarras ; ils vont maintenant tendre des pièges à celui qu'ils regardent comme un novateur dangereux, et ils le feront interroger par des aflidés sur le tribut de César.
Le fait n'est pas sans importance pour la critique de Marc ni pour celle de la parabole. Puisque celle-ci a été insérée toute faite, dans un contexte qui lui était primitivement étranger, l'on peut se demander si elle n'a pas occupé une autre place, mieux appropriée à son contenu, dans une source ou une rédaction antérieure du second Evangile. Cette allocution qui décrit Tissue fatale du ministère de Jésus à Jérusalem, et qui veut expliquer les manœuvres par lesquelles le sanhédrin a préparé la perte du Sauveur, n'aurait-elle pas été, à un moment donné, l'épilogue de la prédication hiérosoly mitaine et le prologue de la passion? Une preuve matérielle de cette hypothèse paraît subsister au début du récit même de la passion dans Marc ^, où on lit : « Or la Pâque et les Azymes avaient lieu dans deux jours, et les chefs des prêtres et les scribes cherchaient comment ils se saisiraient de lui, par ruse, pour le mettre à mort. Car ils disaient : « Pas dans la fête, pour qu'il n'y ait point de tumulte parmi le peuple. » Sauf la mention de la Pâque, c'est ce qu'on vient de lire, en termes un peu adoucis, à la fin de la parabole. Ne serait-ce pas la transposition de celle-ci qui aurait déterminé le dédoublement de la notice concernant les agissements du sanhédrin ? Quand la parabole précédait immédiatement la passion, cette notice devait être ainsi conçue ^ : « Et ils comprirent
1. XI, 27-33. La notice du v. 12, xxl àpivxs; xxX, fait une transition excellente entre xi, 33 et xii, 13.
3. (xii, 12 /)). xal ïyvfodav [ol àpytepsî; x«l ol yçiaL[i.'^azs.\;] ôti npo; auTOÙ; ttjv ;:*papoXtjv Êijtsv, (xiv, 1 b.) xal IÎ^t[to-jv tcw; auTOv âv ÔoXto xpaTriaavxîç ûiTcoxTîivtoaiv. (2.) IXcyov fàp* {AT]6v T^ éopTfj, [JLTÎ TCOTE 6<TTai Oopupoç Tou Xaou. (1 a.) T)v 8è TÔ tAt/ol xal zk SÇujxa {jLÊTa 8uo f^fiipa;. (3.) xal ovto; auTOu âv Br,6avia xtÀ.
qu'il avait dit pour eux la parabole. Et ils cherchaient comment ils se saisiraient de lui, par ruse, pour le mettre à mort. Car ils disaient : « Pas dans la fête, pour qu'il n'y ait point de tumulte parmi le peuple. » Or la Pâque et les Azymes avaient lieu dans deux jours ; et comme il était à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux, etc. » Le déplacement de la parabole aura entraîné l'indication qui la suivafit, parce qu'on tenait encore à signaler l'impression produite par le discours de Jésus. De légères modifications auront été introduites dans le texte *, pour dissimuler l'arrachement et le double emploi. Il fallait, en effet, répéter ou retenir la notice, pour amener le récit de la passion, et on l'a retenue, probablement dans sa forme primitive, après la donnée chronologique, qui se rapportait d'abord, beaucoup plus naturellement, au repas de Béthanie, chez Simon le lépreux. La gaucherie qui se remarque dans le début de la passion est ainsi partiellement expliquée. La transposition aura été occasionnée par l'insertion du discours apocalyptique qui remplit maintenant le chapitre xui de Marc '2. On aura pensé que cette grande description du jugement et de la parousie ferait meilleur effet que l'allégorie des Vignerons, comme couronnement du ministère hiérosolymitain,et comme pendant correctif delà passion.
L'artifice de la combinaison adoptée par le rédacteur du second Évangile est moins sensible dans les deux autres, où les transitions et les sutures ont été améliorées. Matthieu, qui a logé les Deux fils avant les Vignerons, attribue aux deux paraboles l'irritation des auditeurs; c'est pourquoi il dit d'abord que les sanhédristes comprirent ^, et se trouve, probablement sans intention, si toutefois il n'a pas connu la source de Marc, restituer l'ordre qui devait être suivi dans celle-ci. Il explique pourquoi les sanhédristes craignaient la foule : c'est que l'on prenait Jésus pour un prophète. Renseignement assez banal, qui fait écho à un passage de Marc \ ou tout simplement à la désignation que l'évangéliste a placée auparavant ^ dans la bouche
1. XII, 12. âfopTJOrjjiv TÔv oyXov est une atténuation de xiv, 2, d'après xi, 32.
2. Supposé qu'il n'y ail pas d'autres transpositions ou additions, xii, 1-11 pouvait se lire sans diûicuUé après xii, 38-44.
3. V. 45. xai ixoùaavTtç... xàç Tuapa^oXàç auTou eyvtoaav oti Tccpi auTuiv Xéyir 46. xai ^TjTOuvTEç auTÔv xpaTf)73(t âçopTÎOijaav toùç ô/^Xouç, ÈTcei eîç Ttpo^TJTrjv aùtovtr/^ov.