‹ Les Évangiles synoptiques (volume 4)Chapitre 292 sur 733 · JiÎLICHER · texte numérisé non relu

JiÎLICHER

Cette idée s'accuse principalement dans l'épisode final, qui est surajouté à la parabole. Quelques-uns * ont pensé que ce pourrait être un débris d'un autre récit, où l'on aurait montré un roi donnant un repas, et chassant un des convives qui n'avait pas la tenue convenable pour un festin royal. L'hypothèse n'est pas nécessaire, attendu que le morceau, tel qu'il est, se présente comme une leçon de morale ecclésiastique, et qu'il est tout à fait dans l'esprit particulier du premier Evangile. Il peut, avec d'autant plus de vraisemblance, être attribué à Matthieu, que la description n'a rien d'original.

Quand on a élagué les développements allégoriques propres à chaque évangéliste, qui altèrent le récit et se dénoncent mutuellement comme des additions rédactionnelles, on obtient une fable ainsi conçue : il en est du royaume des cieux comme d'un homme qui donnait un grand festin auquel il avait invité plusieurs personnes; il envoya ses serviteurs, en temps opportun, dire aux invités que le repas était prêt, mais tous se mirent à s'excuser, alléguant divers prétextes; les serviteurs s'en retournèrent avertir leur maître de ce refus; le maître irrité déclara que ses invités ne méritaient pas l'honneur qu'il leur avait fait, et il envoya ses serviteurs chercher dans les rues les premiers venus, pour prendre ce repas qui était préparé. L'application concernait sans doute les pharisiens, les enfants d* Abraham, qui se considéraient comme les seuls héritiers légitimes du royaume des cieux ; rejetant l'Evangile, ils seraient exclus du royaume; mais l'invitation divine ne serait pas frustrée de tout effet, et le royaume serait pour les publicains et les pécheurs qui en acceptaient la promesse *. Le royaume des cieux n'était pas le festin de la parabole ; il y était seulement comparé ; de même la situation des pharisiens et celle des pécheurs à l'égard du royaume était seulement analogue à la situation respective des premiers et des derniers invités à l'égard du festin. Mais, comme on se représentait volontiers le royaume luimême en manière de festin et de pâque éternelle, l'allégorie s'est facilement introduite dans la parabole.

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