Et Jésus leur dit
« De qui est cette image, avec l'inscription? » Ils dirent : « De César. » 21. Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est étonnés, et allèrent.
Luc, XX, 20. Et commeils le guettaient, ils envoyèrent des gens apostés, qui feignaient d'être justes, pour le surprendre en paroles, afin de le livrer à l'autorité, et au pouvoir du gouverneur. 21. Et ils l'interrogèrent en disant : « Maître, nous savons que tu parles et enseignes selon Injustice, et que tu ne fais pas acception de personnes, mais que tu enseignes la voie de Dieu selon la vérité. 22. Nous est-il permis de payer le tribut à César, ou non? » 23.
Mais, comprenant leur ruse, il leur dit : 2-4.
« Montrez-moi un denier. De qui porte-t-il l'image et l'inscription? » Ils lui dirent :
M De César. » 25. Et il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » 26. Et ils ne purent lui surprendre aucune parole devant le peuple, et, tout étonnés de sa réponse, ils se turent.
le laissant, ils s'en
Dans Marc, ce sont les membres du sanhédrin * qui envoient quelques pharisiens et des hérodiens pour poser au Sauveur une question captieuse*-^. Les hérodiens appartenaient à un parti politique ; ils souhaitaient que la Judée, au lieu d'être gouvernée par les Romains, le fût par un prince de la dynastie à moitié nationale des Hérodes. C'est pourquoi, dans la circonstance, on a pu les associer aux pharisiens^, ceux-ci, bien qu'ils ne fussent point partisans de la dynastie hérodienne, étant généralement hostiles à la domination étrangère des Romains.
Le rédacteur du premier Evangile, après le discours des trois paraboles, a dû retoucher le préambule de Marc : laissant de côté les sanhédristes, il fait faire aux seuls pharisiens, qu'il a eu soin de leur associer entre la seconde et la troisième parabole, une délibération contre Jésus. L'évangéliste a songé aux plus notables d'entre eux, aux docteurs qui étaient membres de la haute assemblée, puisque les envoyés sont dits leurs disciples, au lieu d'être appelés simplement pharisiens, comme dans Marc. La parabole du Festin ayant été tournée contre les faux justes, il n'est pas étonnant que Matthieu, l'esprit tout rempli des pharisiens, les mette seuls en scène au début de ce récit; pour lui, les pharisiens représentent, mieux que le sanhédrin, le judaïsme hostile à Jésus et au christianisme. Dans Luc ^, l'initiative de la démarche est rapportée aux membres du sanhédrin; mais ceux qui la font ne sont pas désignés par le nom de leur parti. Ce sont des gens apostés, qui feignaient deviser à la perfection religieuse, et d'avoir un scrupule sur la ques-
1. Mentionnés xi, 27, et dont on a dit, xii, 22 c, qu'ils s'étaient éloignés.
2. V. 13. îva auTÔv «ypeuatoaiv Xô^w. Ce Xoyoç paraît être la question posée (cf. XI, 29), plutôt que la réponse attendue, quoique les deux idées soient faciles à associer; mais le piège est dans la question. Mt. 15. o^itoç aCtov na-^i^tÙQM^iy iv Xo^o) a plutôt en vue le piège « dans » lequel Jésus serait pris, c'est-à-dire sa réponse. De même Le. 20. iva l:ciXàp<ovTai aurou Xoyou (autou ne dépend pas de Xd^ou, mais le verbe est construit avec un double génitif).
3. Cf. Me. III, 6; I, 518. Dans Me. 14, au lieu de xal èXOovieç X^youaiv aù-w, D lit : xal gTcrjpoSxwv autôv oî 4>apiaaroi.
4. V. 20. xal ;rapaTTjprj<javT6ç (D, à7:o/a>pr[aavTcç, leçon supposée par mss. lat. ; Ss. Se. « et après cela » ; les verss. syriaques ont pu trouver le participe superflu ; la leçon de D pourrait être primitive et faire écho à Me. xii, 22 e ; on ne saurait affirmer qu'elle a été substituée à Jcapa-nripTÎaavTe;, jugé inutile, vu que l'hypothèse contraire est tout aussi admissible) àTzhxtikoi^ lyxaO^touç uTioxpivo- [UyoDÇ éauToù; ^ixoiiouç elvai.
tion du tribut; leur secret dessein était d'arracher à Jésus une parole imprudente qui permettrait de le livrer à lautorité romaine. Le rédacteur semble imiter la description qu'il a mise en tête de la parabole du Pharisien et du publicain ^ Cette particularité n'est sans doute pas l'indice d'une source spéciale , mais témoigne plutôt que Tévangéliste écrivait pour des lecteurs qui ne s'intéressaient pas aux divisions intérieures du judaïsme au temps de Jésus, et qui les connaissaient mal. Luc lui-même ne semble pas avoir très bien vu pourquoi il convenait que la question du tribut fût posée par des pharisiens et des hérodiens. Il évite de dire que ce sont « les pharisiens » qui ont fait la démarche -; mais il pense certainement que ce sont des pharisiens.
Le discours des envoyés n'offre pas des variantes notables dans les trois relations. On trouve partout le même exorde, lourdement flatteur et hypocrite •*, puis la question alternative^ à laquelle Jésus ne peut se dérober, et qu'il ne semble pas pouvoir trancher de manière ou d'autre sans se compromettre gravement. La plupart des Juifs ne payaient l'impôt que par contrainte, et les interrogateurs ne supposent pas qu'il y ait le moindre doute sur la question de principe. En conscience, le Juif ne doit rien à César. Mais, peut-il, en conscience, payer le tribut à César, pour éviter les conséquences fâcheuses qu'aurait un refus? Comme l'idée du règne messianique se liait dans l'esprit des Juifs à celle de l'indépendance nationale, les interlocuteurs de Jésus pensaient qu'il ne sanctionnerait pas, dans le paiement du tribut, la soumission à un pouvoir étranger, parce que, le faisant, il désavouerait toute prétention au