‹ Les Évangiles synoptiques (volume 4)Chapitre 351 sur 733 · HOLTZMANN · texte numérisé non relu

HOLTZMANN

Il a été remarqué plus haut que la parabole des Vignerons avait dû occuper d'abord, dans Marc, la place qui est maintenant assignée au discours sur la parousie. Cette parabole, qui était déjà une apocalypse, aura été trouvée insuffisante; le rédacteur aura voulu se pourvoir d'une instruction plus considérable, et il l'aura lui-même compilée avec les matériaux qu'il avait à sa disposition. Matthieu a fait de même, en utilisant Marc, et en élargissant le cadre que celui-ci lui avait préparé. Suivant le procédé qui lui est ordinaire, il a construit une sorte de somme apocalyptique, en faisant entrer dans ce dernier discours des éléments qui en ont été primitivement distincts, et que Ton retrouve ailleurs dans Luc. Celui-ci, au contraire, a gardé séparés les matériaux que Matthieu a voulu réunir. Matthieu et Luc dépendent de Marc ; mais ils ont corrigé, d'euxmêmes ou d'après les sources, maint détail, soit de la mise en scène, soit du discours que leur a fournis le second Evangile.

Marc, xiii, 1. Et comme il sortait du temple, un de ses disciples lui dit : a Maître, regarde quelles pierres et quels bâtiments! » 2. Et Jésus lui dit : « Tu vois ces grands bâtiments ?

Il n'en restera pas pierre sur pierre qui ne soit renversée. »

Matth. XXIV, l. Et Jésus étant sorti, s'en allait du temple, et ses disciples s'approchèrent pour lui montrer les bâtiments du temple.

2. Et lui, répondant, leur dit : « Voyez-vous tout cela? Je vous le dis en vérité, il ne restera pas ici pierre sur pierre qui ne soit renversée. »

Luc, XXI, 5. Et quelques-uns disant du temple qu'il était orné de belles pierres et de dons, il dit : 6. « Ce que vous voyez-là, il viendra des jours où il n'en restera pas ici pierre sur pierre qui ne soit renversée. »

Dans les trois Évangiles, le discours est amené par une observation que l'on adresse à Jésus touchant les constructions du temple. Cet édifice, tel que l'avaient fait les grands travaux entrepris par Ilérode, occupait une vaste étendue de terrain et offrait aux regards un imposant spectacle. Le temple proprement dit, qui avait conservé la distribution sinon les proportions modestes des sanctuaires bâtis par Salomon et par Zorobabel, était entouré d'autres constructions fort luxueuses, avec des cours, des portiques, des terrasses, un mur d'enceinte. Le marbre et l'or n'avaient pas été épargnés dans l'ornementation. On y montrait de splendides ex-voto, auxquels Luc a voulu faire allusion.

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Selon Marc ^, comme Jésus sortait du temple, après rincident de la veuve au liard, un des disciples aurait attiré son attention sur les blocs de marbre blanc et sur la somptueuse grandeur des bâtiments. Dans Matthieu ^, qui n'a pas Tanecdote de la veuve, la sortie du temple suit le discours contre les pharisiens, la remarque prend une forme plus générale et se fait par « les disciples ». Le rédacteur insiste sur ce que Jésus « s'éloigne du temple », parce que le Christ en sort pour la dernière fois, après avoir pris définitivement congé des Juifs. Dans le troisième Evangile 3, on dirait que Jésus n'est pas sorti du lieu saint ; que la réflexion sur la beauté de Tédifice est faite par des personnes quelconques, qui peuvent n'être pas les disciples; des explications sont demandées par ceux qui ont fait la réflexion, si bien que le discours apocalyptique semble avoir été prononcé publiquement dans le temple ; l'indication qui se lit à la fin du discours ^ confirme cette interprétation de la mise en scène. Si donc Luc n'a pas développé le discours sur la parousie, il a voulu en accentuer l'importance par le cadre qu'il lui a donné.

La réponse de Jésus a le même sens dans les trois Synoptiques : Jésus annonce que le temple sera détruit. Les termes de la prédiction ^ pourraient donner à penser que celle-ci n'a pas été rédigée avant l'événement. Le temple a été brûlé, non démoli, en sorte que la métaphore des pierres renversées se trouve matériellement inexacte. Mais peut-être n'y a-t-il pas lieu de trop insister sur ce détail, l'auteur ayant voulu avant tout figurer, dans la langue des prophètes ^, la ruine complète de l'édifice. Il est à noter que la destruction du temple n'est pas prévue dans le discours apocalyptique, ce qui ne laisse pas d'être significatif ^. D'autre part, l'idée de cette destruction paraît avoir été acceptée et professée par

1. V. 1. xai âxT:op6uo{xivou auTOu sx tou Upou Xs^et aùtcu eîç xaJv [jLaÔTjTtuv aùioO.

2. V. l.xai IÇeXOtov ô *It)(Jouç knô toO Upou STiopsueTo, xai 7:po<Tf,Xôov oî {xaGrjxat auTOu IjciSeîÇai aurco Ta; oîxo8o{jLàç tou UpoO.

3. V. 5. xaÎTtvojv XfiydvTtov Tccpt tou Upou, OTt XfOotç xaXoî; xai avaÔTiaaat xexoa(iTiTai, eî;:ev.

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