HoLTZMANN, loC, cU
avec cette annonce, puisqu'on ne reproche aux maudits que des péchés d'omission. Mais cette anomalie a déjà été expliquée. Matthieu fait parler le Christ juge comme il convient pour inspirer aux chrétiens la pratique de la charité fraternelle. Au jugement général, il se trouvera sans doute bien des gens qui auront commis plus d'une injustice positive, et qui n'auront pas seulement oublié de faire le bien.
« Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : « Venez, les bénis de mon Père. » Le Christ es\^ appelé roi, parce qu'il vient dans sa royauté messianique*, ou bien par une réminiscence de la parabole du Festin, où Tévangéliste a déjà introduit un roi qui exerce le jugement. Les justes sont les bénis de Dieu, car « un royaume », le royaume des cieux, « leur est préparé depuis la création du monde ^ ». Tout ce qui s'est fait depuis lors avait pour but d'amener le triomphe des élus. Ceux-ci ont mérité une telle récompense par les services de charité qu'ils ont rendus au Roi en personne, services en eux-mêmes peu importants, mais que le Roi apprécie sans doute par dessus tout, à cause de l'intention qui les animait : ils lui ont donné à manger quand il avait faim, à boire quand il avait soif ; ils lui ont donné l'hospitalité quand il était sans asile ; ils lui ont donné des habits quand il était nu ; ils l'ont visité quand il était malade ou en prison. Etonnement des justes, qui ne se souviennent pas d'avoir obligé ainsi le Sauveur. Mais le Roi leur dira qu'il regarde comme fait pour lui ce qui a été fait pour les siens, et même pour les plus petits d'entre eux ^. Les « petits »
1. Cf. XVI, 28. Dans v, 35; xxii, 2-14, c'est Dieu lui-même qui est roi, comme il est juge dans x, 32-33.
2. V. 34. xXrjpovojxTÎjaTE (cf. v, 3, 5) ttjv ^TOi{i.a<j{ji^vr,v ujjlîv paaiXciav ànà xata- PoX^î x6<JiLou, D'après Dalman, I, 104-105, le mot « préparé », ici et v. 41, s'entendrait de la prédestination, sans impliquer la préexistence du royaume destiné aux justes. 11 est vrai que xx, 23, peut favoriser cette interprétation, mais non XX, 4, 8; et xx, 23, peut s'entendre aussi de places préparées, qui attendent leurs destinataires (cf. Jn. xiv, 2-3). On peut dire que la pensée de Matthieu flotte entre la prédestination et la préexistence ; il serait risqué d'affirmer qu'elle vise la première à l'exclusion de la seconde. Est-il vraisemblable que le feu destiné à Satan n'existe pas encore ? Les apocalypses le connaissent comme déjà existant. Cf. Ap. xx, 10, 14-15. Voir Volz, 291.
3. V. 40. If 'oaov STCO'.yîaaTE âvl toutcov tûv aBsXçwv {aou twv eXay^i'gTtov, £(xol eTiotTjaate.T^f. Prov. xix, 17. Ss. omet ô ^aaiXEuç au commencement deMr. 40.
sont les simples croyants *, etil ne s'agit pas spécialement des missionnaires 2 qui portent TÉvangile aux Gentils.
Le discours adressé à ceux de gauche est calqué sur le précédent, mais pour en faire la contre-partie. Qu'ils s'en aillent bien loin, car ils sont « maudits ». On ne dit pas « maudits du Père », parce que cette association de mots ne conviendrait pas, la malédiction étant à un acte de la colère, et non de la bonté divine ^. Ils iront « au feu
i éternel, préparé pour le diable et ses anges ^ ». Bien qu'on lise, dans
j* quelques anciens témoins ^, que le « Père a préparé le feu éternel »,
il est vraisemblable que l'évangéliste a délibérémnet omis de dire ff qui avait préparé le feu, et depuis quel temps on l'avait pré-
paré '% tandis qu'il a pris soin de dire que ce feu n'était point préparé d'abord pour les hommes, mais pour le diable et ses auxiliaires. Dieu, en créant le monde, le créait pour le bien, non pour le ^ mal ; il avait en vue le bonheur de l'homme, et non sa perte. Ceux
'- qui se trouvent à gauche du Roi sont condamnés, parce qu'ils
^' ne lui ont pas rendu les services dont il vient de remercier
y ceux qui sont à sa droite. Etonnement des maudits, qui s'excusent
en disant qu'ils n'ont jamais vu le Sauveur dans le dénûment ^^"^ où il déclare s'être trouvé. Leur apologie est écartée par la raison
que le manque de charité envers les disciples de Jésus a été un manque de charité envers Jésus lui-même ^. Ils iront au supplice éternel, et les justes à la vie éternelle. Le châtiment sera sans fin, comme le bonheur **.
Tout ce dialogue du Juge et des jugés s'inspire d'une pensée touchante, quoiqu'il ne soit pas précisément ce que l'on attendrait dans la circonstance. Tout bien fait au prochain est censé fait au Christ, et Ton peut dire à Dieu même, en sorte que celui-là, sans chercher la faveur du divin Juge, ne laisse pas d'y avoir droit, qui
i. (X X, 42 (I, 899); xviii, 6 {^upr. p. 77).