Cf. E B. IV, 4253 (Cheyne
580 LES ÉVANGILES SYNOPTIQULS
gélistes n'invite pas à entendre ce baiser autrement que dans le reste de la Bible. Judas est censé faire ce qui était de coutume entre Jésus et ses disciples, quand ils le rejoignaient après quelque absence. En cette occasion, Judas n'avait guère que le choix entre deux partis : saluer son maître comme à l'ordinaire, et le désigner ainsi à la bande armée, ou bien mettre le premier la main sur lui pour Tarréter. On doit croire que le procédé le moins violent était celui qui convenait le mieux au caractère du malheureux apôtre. Luc ne dit pas que Judas ait prononcé une seule parole. On conçoit que les témoins de la scène aient été dans l'impossibilité de se souvenir s'il avait parlé ou non. S'il parla, ce fut pour joindre à son baiser un mot de salutation, et s'il ne dit rien, son baiser signifiait ce que lui font dire Marc et Matthieu.
Dans Marc, la troupe qui accompagnait Judas se saisit immédiatement de Jésus ^ et rien n'est plus conforme à la vraisemblance. Dans Matthieu, Jésus dit d'abord à Judas: « Compagnon, pourquoi es-tu là ? » ^ non pour lui demander ce qu'il vient faire, mais afin de rejeter le témoignage hypocrite de son respect, en lui rappelant le but réel de sa démarche. La réflexion du Sauveur apparaît comme interpolée eu égard à la rédaction de Marc^. Luc prête au Christ une exclamation indignée^, comme s'il repoussait le baiser du traître, et pour signifier que l'acte de Judas désignait Jésus à la troupe venue pour le prendre ; l'exclamation est donc quelque peu empreinte de rhétorique et d'artifice littéraire. Il est évident que les évangélistes interprètent la situation, soit qu'ils tirent les développements de leur propre fond, soit parce que ces développements se
1. V. 46. oî 06 ejilpaXav xkç y^^^poiç aÙTw xal èxpaxr.aav aùxov.
2. V. 50. éraipe, èç' 8 izipn ; Sur la signification de sTaipe, cf. supr, p. 227, n. 1. Beaucoup (Brandt, Hollzmann etc.) ne prennent pas ces paroles comnie une interrogation, mais comme une remarque terminée en réticence : « Compagnon, ce pour quoi tu es là, fais-le, sans recourir à cette précaution inutile de salutation hypocrite. » Mais peut-on sous-entendre tant de choses ? L'hypothèse de ScHANz, Mt. 525 : « Ce pourquoi tu es ici, ne le sais-je pas ? » n'est guère plus naturelle. Régulièrement il faudrait ir.lxi. Mais il ne semble pas que l'échange des pronoms soit inadmissible dans le langage des Évangiles.
3. Mt. 50 Z). T0T6 TipoacXOdvTe; iizi^aXo^ xxX., est moins naturel que Me. ol 8è 67i^PaXav xtX. [supr, n. 1); mais Matthieu à dû faire une sorte de reprise après la parole de Jésus.
4. V. 48. 'louoa, çiXT[aaTi lôv ulôv toj âv8pw;cou Tçapa^fôwç ;
sont produits naturellement dans les divers échos de la tradition primitive. On n'a pas voulu que Tacte odieux de Judas passât sans . blâme. On n'a pas voulu davantage que la résistance des disciples passât sans commentaire, ni l'arrestation de Jésus sans explication tirée des desseins providentiels. Il est certain néanmoins que l'incident fut mené promptement, avec tumulte et violence, sans qu'il y eût beaucoup de place pour la réflexion et les discours.
Marc, xiv, 47. Et Tun des assistants, ayant tiré répée, frappa le serviteur du grand prêtre et lui enleva Toreille.
Matth. XXVI, 51. Et voici qu'un de ceux qui étaient avec Jésus étendant la main, tira son épée, et, frappant le serviteur du grand prêtre, lui coupa Toreille. 52. Alors Jésus lui dit : « Remets ton épée à sa place. Car tous ceux qui auront pris Tépée périront par Fépée. 53. Ou crois-tu que je ne puisse pas prier mon Père, et qu'il ne me procure à cette heure plus de mille légions d'anges ?54. Comment donc s'accompliraient les Écritures , selon lesquelles il doit en être ainsi ? »
Luc, XXII, 49. Et ceux qui étaient avec lui, voyant ce qui allait arriver, dirent : « Seigneur, frapperons-nous de répée?» 50. Et lun d*eux frappa le serviteur du grand-prêtre et lui enleva Toreille droite. 51. Et Jésus, prenant la parole, dit :
« Arrêtez! » Et touchant Toreille (de cet homme), il le guérit.
Le rapport des divers incidents qui sont signalés par les Évangiles n'est guère plus facile h établir que l'exactitude matérielle ou même la réalité des paroles qui sont prêtées au Christ. Ce que le Sauveur put dire n'aurait été perçu que très confusément par ses disciples au milieu du tumulte. Les hommes qui accompagnaient Judas ont du, comme le dit Marc, mettre la main sur Jésus, tout aussitôt qu'il leur eût été désigné par le baiser du traître ^ Alors un des assistants, d'après Marc, un de ceux qui étaient avec Jésus, d'après