‹ Les évangiles synoptiquesChapitre 185 sur 829 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

LA CARRIÈRE DE JESUS 1) APRES LES ÉVANGILES SYNOl'Tlyl ES

C'est probablement au eours de Tau "28 ' que Jésus commença en Galilée à prêcher l'aA^ènement imminent du règne de Dieu. Depuis près d'un siècle, Tindépendance conquise par Judas Machabée et ses frères avait fait place à la domination romaine. Le règne de Tiduméen Hérode, sous la protection d'Auguste, n'avait pu être considéré comme une restauration de la nationalité israélite; encore cette ombre d'autonomie n'avait-elle pas tardé à disparaître; non seulement le royaume d'Hérode avait été partagé à sa mort entre trois de ses fils, mais la mauvaise administration de l'un d'eux, Archélaùs, avait fait rentrer Jérusalem et la Judée sous la gestion immédiate de l'autorité romaine. Ponce-Pilate était procurateur de Judée, subordonné au légat de Syrie, tandis que la Galilée continuait à être gouvernée par Hérode Antipas, et une autre région palestinienne, au nord-est du lac de Tibériade, par Philippe, autre fils d'Hérode le Grand -.

La masse de la population juive était loin d'être ralliée de cœur à la souveraineté de Rome. On avait pu le constater après la déposition d' Archélaùs, en l'an 6 de notre ère, lorsque le légat Quirinius, poui" organiser la levée des impôts, fit faire le recensement-^ de la province qui venait d'être réunie à l'empire. Un soulèvement eut lieu, sous la conduite d'un certain Judas le Galiléen, et le sentiment qui avait provoqué cette révolte ne s'éteignit tout à fait qu'après les pires catastrophes, la destruction de Jérusalem par Titus, et Textermination des Juifs au temps d'Hadrien. Le fanatisme des zélotes est à distinguer de la piété pharisaïque. Les plus ardents champions de l'indépendance nationale n'étaient pas toujours de minutieux observateurs de la Loi ; mais tous avaient ce genre

1. Sur cette date, voir le commentaire de L<:. m, 1, cl les articles Chroiiology \of N. T. dans Hastings, Dictionary of tlie Bible [DB;, I, et EB, I; de même Schûrer, Geschichte des judischen Volkes ini ZeUalter Jesu Christl [iS9S- 1901), I, 445-447, ouvrage capital sur toutes les questions se rapportant à l'histoire du judaïsme contemporain de Jésus. On peut conseiller aussi O. Holtzmann. Neuiestamentliche Zeitgeschichte- (1906); W. Botsset, Die Belicflnn des Judentunts iin neutestainenllichen ZeUalter (1903 .

2. Sur tous ces personnages et ces arrangements, voir Schuheh. 1. HS-494.

3. Voir le commentaire rie L<:. n. 1-2. et Schurer, I, ;jOH-')4;!.

(le foi ardeule, cumpatible souvenl in ec- une assez faible moralité, qui se rencontre clans les âmes étroites et ignorantes. La religion la plus pure devient aisément une superstition aveugle, intolérante et cruelle, chez ceux qui n'en saisissent que le dehors, et qui en matérialisent les principes. La haute idée c{ue les Juifs avaient de la leur, la grande espérance qu'ils en tiraient, se tournaient chez plusieurs en mépris des païens, en impatience du joug étranger, en illusions dangereuses et en efforts insensés pour les réaliser.

Les pharisiens représentaient un parti religieux plutôt qu'un parti politique, et, même en religion, le pharisaïsme était une tendance caractéristique de révolution interne du judaïsme, plutôt qu'un parti circonscrit au milieu de la nation juive '. Le judaïsme, sous la domination persane, s'était organisé en une sorte de communauté religieuse dont la vie tout entière était réglée par la Loi. De là procéda tout naturellement le judaïsme légaliste, strictement traditionnel, attaché à la lettre, au risc|ue de négliger l'esprit, bientôt épris de casuistique et versant dans le formalisme. Il prit consistance et vigueur, et même il devint, pour la première fois fanatique devant le péril que l'hellénisme faisait courir à la religion traditionnelle. C'est à partir du soulèvement machabéen qu'il existe comme tendance consciente d'elle-même et de son but, et son nom ne tarde pas à entrer dans l'histoire. Les pharisiens jouent un rôle sous les derniers princes machabéens. Ce sont les zélateurs de la Loi, les hommes pieux, Hdèles à toutes les observances. Les docteurs de la Loi, guides spirituels de la nation, sont pour la plupart pharisiens. Tous croient à la résurrection future des justes et attendent l'avènement du règne de Dieu.

A n'en juger c[ue superliciellement d'après les Evangiles, on pourrait croire que les pharisiens n'étaient qu'un ramas d'hypocrites. Outre que l'animosité du christianisme primitif contre le judaïsme a pu accentuer l'attitude de Jésus à l'égard djs pharisiens, on ne doit pas oublier que Jésus lui-même a signalé surtout l'écueil du judaïsme pharisaïque et tlétri les défauts d'un grand nombre de pharisiens. Le pharisaïsme était le judaïsme en train de se tiger dans le formalisme légal. Jésus, qui l'a si fortement critiqué, lui doit beaucoup; il a pris au judaïsme ce que celuici avait de plus vivant, l'espérance messianique et l'idéal moral, en les épurant l'une et l'autre. Le christianisme naissant doit aussi au pharisaïsme ses meilleures recrues : il suffit de nommer saint Paul. Il faut d'ailleurs admettre plus d'une catégorie de pharisiens, et faire premièrement une distinction entre les simples croyants, sincèrement pieux et fidèles à la tradition, parmi lesquels la prédication évangélique trouva

Page 1