‹ Les évangiles synoptiquesChapitre 184 sur 829 · Hahnack, (Jhronologie, i, 6!Sl · texte numérisé non relu

Hahnack, (Jhronologie, i, 6!Sl

2. Voir Canon de Muratori, aupi-. p. rt\. ■i. Voir QE. introd. J^iJ i. iv. vi.

logien mystique, répandue dans TÉg-lise au cours du second siècle, montre que ces diverg-ences n'étaient guère senties. Par une sorte d'intuition spontanée, l'ancienne p]glise catholique discerna el s'appropria les livres qu'elle sentait être selon son esprit, et qui étaient de nature à soutenir son action.

Les sources évangéliques se perdirent promptement. Elles étaient probablement déjà introuvables quand le canon des quatre Évangiles fut constitué. Les évangiles dits apocryphes ' en sont plus éloignés que ceux du canon. Aucun de ces évangiles ne paraît plus ancien que les Synoptiques. L'un deux, V Evangile des Hébreux, a été en grand crédit auprès des judéochrétiens ; il a été cité avec complaisance par Origène et surtout par saint Jérôme. Le dialecte palestinien dans lequel il était rédigé a fait obstacle à sa diffusion. Quand Jérôme le traduisit afin de le vulgariser, il était trop lard pour qu'il piit prendre place dans le recueil <le la grande Église. Autant qu'on en peut juger par les fragments qui nous ont été conservés, ce livre avait le même caractère que les Synoptiques, mais ne se tenait pas plus près des sources, et il ne peut être con- .sidiré comme primitif relativement à eux, ni pour les récits ni pour les discours. Une certaine ressemblance avec Matthieu peut expliquer l'opinion de saint Jérôme, qui y voyait l'original de notre premier Évangile ; en fait, cette opinion n'est pas soutenable. Il n'est même pas établi que riwangile des Hébreux ne procède pas de sources grecques; en tous cas, ce qu'on en connaît ne permet pas dalRrmer qu'il se soit fondé sur l'ancien recueil araméen que l'on attribue volontiers à lapôtre Matthieu. On admet que ce livre a pris sa forme déliaitiAC à la lin du i'''" siècle ou au commencement du second.

L'Evangile des Egyptiens nest peut-être guère moins ancien ; bien que rédigé en grec, il ne semble pas non plus avoir pu sortir à temps du milieu particulier où il avait vu le jour. On peut croire qu'il avait servi d'abord aux chrétiens d'Alexandrie ; il paraît avoir été caractérisé par une tendance mystique et ascétique; cette sorte d'originalité, moins puissante que celle du quatrième Evangile, a pu lui faire tort.

L'Evangile de Pierre ^, dont on retrouvait il y a quelques années un fragment important, semble postérieur aux évangiles du canon et aux

1. Sur les évangiles apocryphes, voir Hoi.tzmann, Eintei/uny, 48.")-4y2; sur VÉv. des Hébreux et ÏÉv. des Egyptiens, Harnack, Chroii. I, ()12-6;»1. Ce critique et quelques autres semblent enclins à juger trop favorablement VEr. des Hébreux.

2. L'identité de ÏEv. de Pierre et de ÏEv. des Eçpjpliens a été soutenue récemment par D. VôLTER, Zeitschrift f. d. neuf. Wissenschaff, 190<i, 368-372.

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deux évangiles apocryphes donl on vient de parler : celait sans doute une libre compilation, pour laquelle les évangiles canoniques avaient été mis à contribution, mais non pas seuls ; Tesprit du livre était passablement gnostique.

L'Évangile de Marcion, composé vers le milieu du second siècle, a paru aux anciens auteurs ecclésiastiques n'être qu'une édition mutilée de Luc. La critique de Marcion doit avoir été, en effet, dominée par sa théologie ; mais on ne saurait dire si son système a été le seul guide qu'il a suivi, et s'il n'aurait pas eu connaissance de quelque document évangélique antérieur à l'édition canonique de Luc. Rien ne subsiste des autres évangiles écrits par les gnostiques. On peut se faire une idée de celui de Marcion par les réfutations de Tertnllien et de saint Epiphane.

D'autres apocryphes où dominait surtout la tendance légendaire ont pu se maintenir et exercer une certaine influence sur la tradition de l'Église, bien qu'ils n'aient jamais obtenu la sanction canonique. Les uns se rapportent à l'enfance du Sauveur ou à ses parents, spécialement à Marie, les autres aux circonstances de sa mort et de son entrée dans l'éternité. A cette dernière catégorie appartient la compilation relativement tardive à laquelle on a donné le nom à'Evangile de Xicodème : elle comprend un récit du procès et de la mort de Jésus, qui a été conçu d'abord comme « Actes de Pilate », et une relation de la descente du (Christ aux enfers. Ce dernier thème, il est à peine besoin de l'observer, n'appartient en aucune façon à la tradition historique de l'Évangile. Il n'en est pas moins entré ilassez bonne heure dans la tradition ecclésiastique. Par un côté, ses affinités sont avec la mythologie ; par un autre, il tient à la théologie. Le vieux mythe qui montrait un dieu ou un héros descendant aux enfers et en remontant, sadapte à la théorie du salut, à la victoire du Christ sur Satan jusque dans le monde souterrain, et à la proposition de l'Évangile aux morts,

Le thème de l'enfance était déjà supérieurement ébauché dans l'Évangile de Luc. Mais on devait essayer, et l'on essaya de combiner avec Luc les récits de Matthieu, afin de compléter l'un par l'autre, et de compléter l'un et l'autre. On voulut raconter ce qu'avait fait Jésus dans son enfance et dans sa jeunesse, ce qu'étaient les parents de Marie, et comment elle avait épousé Joseph. Le Protévangile de Jacques, œuvre du second siècle, traite ainsi de la naissance de Marie, fortement imitée de celle de Samuel, de sa présentation au temple, de son mariage dans des circonstances particulièrement merveilleuses, puis de la conception surnaturelle et de la naissance de Jésus. Sur ce dernier point l'apocryphe ne fait guère qu'abréger Matthieu et Luc ; pour le reste, il a fourni à la piété chrHienne les renseignements qu'elle demandait sui' la mère du Sauveur, il a donné au calendrier ecclésiastique les

noms de Joaehiin el fl'Anne, la fête de la Présentation, et Ion peut dn-e même celle de la Conception . il a créé le type traditionnel de saint Joseph. Les apocryphes qui se rapportent spécialement à l'enfance de Jésus sont d'une invention plus faible et ont exercé moins d'influence sur la tradition chrétienne.

On aurait lieu de s'étonner que la légende naitpas recouvert plus complètement les souvenirs primitifs concernant la vie et la passion du Sauveur, si l'on ne voyait comment la christologie a mis tout de suite obstacle, dans les communautés chrétiennes organisées en Église catholique, à la fantaisie des hagiographes. La figure du Messie étant une fois fixée dans une théologie qui était un dogme, il eût été sacrilège d'y ajouter de nouveaux traits ; la tradition évangélique devait s'immobiliser relativement dès qu'elle aurait trouvé la formule du Christ ; c'est ce qui est arrivé avec le quatrième Évangile. Mais il est évident que. dès l'abord, la foi messianique, tout en apportant bien des suppléments aux souvenirs des témoins, canalisait, pour ainsi dire, le travail légendaire; la spéculation christologique et la préoccupation de lorthodoxie l'arrêtèrent bientôt, ou du moins le supplantèrent ; la canonisation de quatre Évangiles, censés apostoliques, et source de l'enseignement chrétien, rejeta toutes les autres productions similaires dans la catégorie des apocryphes et ne permit plus de voir, dans les visions ultérieures des croyants enthousiastes ou mystiques, autre chose que des révélations privées, ou des illusions imaginaires et des suggestions démoniaques. Ainsi le fond de la tradition apostolique n'a pas été dissous dans la légende pieuse et la spéculation théologique ; il a été plutôt encadré, et il reste même assez facilement reconnaissable.

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