‹ Les évangiles synoptiquesChapitre 230 sur 829 · JiJLieiŒn, II, ")S · texte numérisé non relu

JiJLieiŒn, II, ")S

252 LliS ÉVANGILES SYNOPTIOUES

Dieu sur le prochain avenir, et quand on entreprend de délinir snu essence en partant de Ihistoire, on ne trouve pas autre chose tpie l'idée du royaume, qui est de soi un bien futur, quoique ce jjien futur ne doive être, en quelque façon, que la consécration de Ui justice acquise dans le présent. Cette consécration détinitive de la justice dans k^ houlieur est précisément ce qu annonce TÉvanfjile ; doù il suit que lObjet propre de IKvangile est une espérance, lespérance messianique, dégagée de l'esprit national, devenue purement humaine et universelle au fond, en devenant purement religieuse et morale. J^a foi au Dieu père, la rémission des péchés sont les conditions de cette espérance ; elles appartiennent par cela même à l'essence de FÉvangile, mais elles ne sauraient la constituer à elles seules. Les paraboles ne nous apprennent pas non plus que la conscience messianique de Jésus se fonde sur la connaissance de Dieu comme père de Thumanité. Quel qu'ait été le mystère de sa C(jnscience personnelle, le Sauveur se présente comme l'agent i\u royaume, le prédicateur de la grande espérance, le semeur qui sera moissonneur. 11 n'est pas le révélateur dune seule et unique \ érité qui, perçue par la conscience de chaque individu, lui donnerait la plénitude du royaume céleste, mais il est l'interprète de tout ce qui est contenu dans l'espérance du royaunif. l'ordonnateur de la société des croyants, qui doit de\enir bientôt la société des élus. Sa fonction est sociale et universelle, i-omme lesjjérance du royaume est collective; son action ne doit pas être purement intérieure, mais elle s'exercera dans la réalité objective du royaume ; et c'est dans l'avenir qu'apparaitra sa qualité de Messie fils de Dieu, conformément à la nature eschatologique du royaume céleste.

La carrière et renseignement de Jésus ont été le grain de sénevé qui devient un arbre, la parcelle de levain qui l'ait fermenter toute une masse de pâte. Rien de plus insignifiant en apparence : un ouvrier de village, na'ïf et enthousiaste, qui croit à la prochaine lin du monde, à l'instauration dun règne de justice, à ravènement de Dieu sur la terre, et qui, fort de cette première illusion, s'attribue le' n')le principal dans l'organisation de l'irréalisable cité; qui se met à prophétiser, in\iLant tous ses compatriotes à se repentir de leurs péchés, alin de se concilier le grand Juge dont la venue est imminente et sera subite (;omme celle d'un voleur; qui recrute un petit nombre d'adhérents illettrés, n'en pouvant guère trouver d'autres, et provoque une agitation, d'ailleurs peu profonde, dans les milieux populaires; qui de^ait être arrêté promptemenl, et qui le fut. par les pouvoirs constitués ; qui ne pouvait échapper à une mort violente, et qui la rencontra.

Son rêve était fragile et étroit comme est notre science; il nous parait absurde, comme nos plus chères idées le paraitront à nos arrière-neveux. Mais il l'ontenait aussi les germes les plus précieux de la \'érité

L KNSEIGNKMK-M \)K .IKSUS I^O-'i

luiniaiiie, le^ principes les plus l'écoiids de progrès humain, à savoir : c(ue ràj^-^e (Vov de riiumanité n'est pas dans son passé, mais dans son avenir ; que la valent- de Ihomme est dans le sentiment qui anime sa conduite, que la vraie relii;ion est celle du cœur; que cette rclipon consiste essentiellement dans l'amour, amour du prochain en Dieu, on de Dieu dans le prochain", que ce prochain est tous les membres de l'humanité; que Dieu, test-à-du'c la loi vivante de l'univers, est honte; que l'abnéfj'ation de chacun est nécessaire au bien de tous ; qu il faut savoir, au besoin, (ont risquer dans l'ordre des biens matériels et de la vie temporelle, pour tout g'af^ner dans Tordre des biens spirituels et de la vie de l'âme; que le sacritice est ainsi la racine de la vraie l'élicité ; enfin que notre existence éphémère Hotte sur un océan de vie où elle se replonge pour durer toujoui's. à partir de l'instant même <iù elle semble cesser d'être. Si le dernier mot de toutes choses n'est pas le néant, et ce ne peut être le néant. l'I^'vanfiile n'a eu que l'apparence d'une chimère, Jésus a incarné dans l'homme la sagesse de Dieu, et sa mort ne pouvait être qu'un passag^e à l'immortalité.

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