CHAPITRE IX
LA FORME LITTÉRAIRE, LA TRADITION DU TEXTE ET LES CO/MMENTAIRES DES ÉVANGILES SYNOPTIQUES
Comme on vient de le voir, si renseignement de Jésus était très original dans sa forme, il ne laissait pas d'être éminemment populaire. Toutelois ce n'est pas cet enseignement comme tel qui appartient à la littérature chrétienne et à la littérature religieuse de l'humanité, puisque Jésus lui-même ne l'a jamais donné par écrit ; ce sont les souvenirs touchant cet enseignement et la vie du Sauveur, qui, après avoir été retenus, interprétés, à la fois diminués et enrichis dans la tradition orale, ont pris finalement la forme des livres que Ton appelle « évangiles », comme l'objet même de la prédication du Christ. Ces souvenirs ont été d'abord gardés, ils ont acquis leurs linéaments essentiels et caractéristiques dans une tradition que l'on peut dire aussi populaire que lavaient été la doctrine et la parole de Jésus, et cette tradition parlait la langue sémitique dont s'était servi le Christ. Les trois premiers Evangiles sont des écrits dont le fond principal est sémitique, et la forme hellénistique, avec certaines particularités qui font de chacun, au point de vue du style, une œuvre individuelle.
La langue de l'Evangile annoncé par Jésus était la langue commune des Juifs de Palestine*, l'araméen, langue sémitique, c'est-à-dire appartenant à la même famille que l'assyrien, 1 hébreu et Fai'abe. L'araméen avait gagné du terrain en Palestine après la destruction successive des royaumes d'Israël et de Juda ; les Juifs revenus de la captivité perdirent peu à peu I usage de l'hébreu ; au temps de Jésus, ils parlaient un dialecte que l'on qualifie de palestinien ou d'occidental, pour le distinguer de l'araméen du nord, ou syriaque, et de l'araméen oriental, ou babylonien. Même dans l'araméen de Palestine, il y avait quelques difïérences entre la langue de la Galilée, celle de la Samarie et celle de la Judée. Cet araméen a été parfois appelé hébreu, non sans doute parce qu'il avait subi l'influence de l'ancienne langue, mais parce qu'il était devenu la langue des Hébreux ^, d'autant que les deux langues se confondaient à
1. Sur cette langue, voir Dalman, 1-10, 6.S-72 ; Welluausen, Einle.Uung [E.],
2. AcT. VI, \. Cf. Dalman, 5. Les mots BriÔEaÔâ, rappaOêt. FoXyoOà, 'PaP[Bouvi, que Jean (v, 2; xix, 13, 17; xx, 16) qualifie d'hébreux (ippaiaTÔ) sont araméens.