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Opinion de J. Weiss

:^()2 LES ÉV.VNGJl.ES SYNOPTIQUES

maison, qui est celle de Joseph ; mais ce n'est pas là sans doute qu'a eu lieu rannonciation, la vierge fiancée devant être alors chez ses parents.

Tous les manuscrits grecs et tous ceux de la Vulgate hiéronymienne attribuent le Magnificat à Marie '. Mais les plus anciens manuscrits de la Vulgate antéhiéronymienne ' l'attribuent à Elisabeth; Nicéta, pi"obablement l'évêque de Remesiana en Dacie, et l'ami de saint Paulin de Noie, fait de même ^. La formule d'introduction : < Et Elisabeth dit », au lieu de : «< Et Marie dit », devait donc être assez répandue en Occident à la fin du iV siècle et au commencement du v^, bien qu'elle ne fût probablement pas la plus commune. L interprète latin de .saint Irénée paraît l'avoir connue ''. Tertullien cependant attribue le Magnificat à Marie. Les plus anciens témoins orientaux semblent avoir été également partagés. Dans une de ses homélies sur l'Evangile de Luc, conservées dans la traduction de saint Jérôme, Origène signale deux catégories de manuscrits, dont 1 une présente la leçon ordinaire, et l'autre assigne le cantique à Elisabeth. Il est peu probable que cette indication vienne du traducteur et se rapporte à des manuscrits latins ; elle fait partie d un développement exégétique où se reconnaît la marque d'Origène, et il semble plutôt que saint Jérôme abrégeant

1. Le problème de rattributiou du Maynificat a été discuté dans la Revue (Phistoire et de littérature religieuses, II (1897), 424-432 (après avoir été indiqué dans r Enseignement biblique, 1893, v, 35-36). L'attribution à Elisabeth a été défendue par H.\^rnack, Sitzungsberichte d. Berliner Akademie, 1900, 27, 538- .')50 (les arguments ne diffèrent pas sensiblement de ceux qui avaient été proposés, en 1897, dans la Revue précitée), et par Conrady, Die Quelle der kan. Kindheitsgeschichte, 48-51. Elle a été combattue par Bardenhkwer, Biblische Studien, VI, i-ii, 189-200.

2. Mss. a ( Vercellensis, iv" s.j, b [ Veronensis, v« s.), / {Rhedigeraiius, vii« s.).

3. Fragment du traité De psol/nodiae l)ono, publié par D. Morin, dans la Revue biblique, 1897, 286-287.

4. Haer. IV, 7, 1, où deux mss. i c. Claromontanus , ix<= s., c. Vossianus, XIV® s.) lisent : « Elisabeth dit : Magnificat anima mea Dominum » (sur la présence de la même leçon dans un ms. arménien, voir ZNTW. 1906, 192). Un autre ms. {c Arundelianus, xiii® s.) lit : « Marie dit ». Mais dans III, 10, 2, le Magnificat est attribué à Marie par tous les mss. II semblerait donc qu'Irénée ait attribué le cantique à Marie. L'attribution à Elisabeth viendrait de l'interprète ou de la tradition.

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II' texte (le sou uuteui', en ait par là obscurci les données, avec ou sans intention ' .

La leçon : « Et Elisabeth dit " a donc été assez répandue tant en Orient qu'en Occident, dès le ni'' siècle, et sans doute auparavant. (]ette diffusion ne peut avoir son origine dans l'inadvertance ou la fantaisie dun copiste qui aurait substitué en quelque manuscrit le nom d'Elisabeth à celui de Marie. Supposé qu'un tel accident se lût produit cinquante ou soixante ans après que le troisième Evangile eut été répandu dans les Eglises, la variante n'aurait pas eu le moindre succès ; la raison qui lui a fait perdi'e tout le terrain qu'elle avait gagné l'aurait empêchée de le prendre. Cette leçon, partout où on la trouve, a dû précéder la leçon : « Et Marie dit ». Elle est, par conséquent, très ancienne, et il est au moins vraisemblable qu'elle est sortie, par voie d'addition explicative, d'un texte où le sujet du verbe n'était pas indiqué. Il n'est pas téméraire d'admettre que le sujet manquait dans le texte primitif, et que la diversité des leçons vient de ce que l'on a suppléé dans certains manuscrits le nom d'Elisabeth, dans d'autres celui de Marie. S'il V avait eu un nom propre après le verbe, on ne l'eut pas supprimé ; s'il y avait eu le nom de Marie, on n'eût jamais songé à le remplacer par celui d'Elisabeth, quand même le nom de la vierge aurait été omis accidentellement dans quelque manuscrit ; et s'il y avait eu le nom d'Elisabeth, la tentation d'y substituer le nom de Marie ne serait pas venue. Mais le nom de Marie une fois introduit dans le texte, son succès est facile à expliquer : on a trouvé tout naturel que Marie louât Dieu, puisqu'elle avait encore plus de raisons de le faire qu'Elisabeth. 11 n'en est pas moins vrai que l'addition du nom d'Elisabeth était conforme à l'idée du narrateur, tandis que celle du nom de Marie ne satisfait qu'un sentiment d'esthétique pieuse qui est encore étranger à l'évangéliste.

1. In Luc. hoin. vu (P. 1. XXVI, 233 1. « Non est itaque dubium qaiu. quae lune repleta est Spiritu Sancto, propter filium sit repleta. Neque enim mater primum Spiritum sanctum meruit, sed cum Jotiannes adhuc clausus in utero Spiritum sanctum recepisset, tune et illa post sanetifieationem filii repleta est Spiritu sancto. Poteris hoc credere, si simile quid etiam de Salvatore cognoveris. Invenitur beata Maria, aient in nliqiiantis exernplaribus reperimus, prophetare. Non enim ignoramus quod secundum alios codices et haec rorba Elizahc.lh natirinelnr. Spiritu itaque sanclo tune rtqjleta est Maria, ({uando cœpit in utero hal)ei\' Salvatorem. «

'M)i LES Kv an(iilp:s synoptiques

Le Magnificat suit la réponse d'Elisabeth à la salutation de Marie ; il se trouvait primitivement encadré entre ces deux courtes phrases : '< et elle dit », pour servir d'introduction, « et Marie resta auprès d'elle trois mois » ', pour servir de conclusion. L'introduction donne à entendre que la personne qui va parler est la même que celle à qui appartient le discours précédent - ; elle indique seulement le début du cantique, et représente une sorte de pause, pour que le cantique ne soit pas confondu avec le discours. La conclusion, où Marie est rappelée directement à la pensée du lecteur, tandis qu'Elisabeth lui est toujours censée présente, montre que la personne qui vient de parler n'est pas Marie, mais Elisabeth. Si l'évangéliste avait attribué le cantique à Marie, il n'aurait pas dû se contenter de la nommer, ce que pourtant il n a probablement pas fait, mais il aurait dû rappeler en termes exprès le mouvement qui lui sug-géra le cantique. Avec la formule : « et elle dit », on n'est pas averti que Marie va parler, et Ton est invité à croire que c'est Elisabeth, dont l'inspiration a été sig-nalée. Avec la formule : (( t;t Marie dit », on est tout étonné de trouver, au lieu d'une réponse aux paroles d'Elisabeth, un cantique inspiré que rien n'a fait prévoir. Quand il s'agit d'introduire le Benedictus, l'inspiration de Zacharie est mise en relief par une formule solennelle •'.

Si le Magnificat est prononcé par Elisabeth, il y a un parallélisme exact entre les deux situations. L'évangéliste, en disant qu'elle fut remplie d'Esprit saint et parla à voix haute », n'aura pas eu en vue que les paroles de la salutation adressée à Marie, mais encore le cantique d'action de grâces qui vient ensuite. Les deux vieillards prophétisent Fun après l'autre, comme le font plus tard Siméon et x\nne. Marie garde cette réserve qu'elle a partout ailleurs dans le récit de Luc, et qui donne à son rôle un caractère si particulier. Elisabeth et Zacharie prophétisent comme les saints d'autrefois, en vue du Messie qui vient. Pourquoi Marie, qui porte le Sauveur, prophétiserait-elle ? N'est-elle pas dans la réalité des prophéties, et non dans l'attente ? Pour le lecteur moderne, le Magnificat est une effusion de reconnaissance; mais, au point de

1. V. 46. /.CL', il-îv V. 56. ï|i£tvcv oï Maptàu. /.ta. Cf. rintroduction du cantique d'Anne (I Sam. ii, 1, LXX) : zat elxEV Èaispetiiôr] yj zapSîa [jlou èv y.upt'w.

2. S'il y avait changement de personnes, on aurait elrsv os. A. V. 67.

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vue de l'évaugéliste, c'est un vrai psaume, inspiré comme le Bene- (iirtiis, comme le cantique d'Anne, mère de Samviel, comme les |>saumes davidiques; c'est une pièce de poésie sacrée, une prophétie; et il n'est pas vraisemblable (jue Luc ait \oulu donner à Marie la qualité de prophétesse.

Le contenu même du cantique n'a rien qui soit jîersonnel à Marie. La tradition a mis dans les paroles ; « désormais toutes les nations m'appelleront bienheureuse ». une plénitude de sens qu'elles n'ont pas nécessairement ; le lyrisme des psaumes, imité dans la pièce, autorise un tel mouvement, qui, dans la pensée de l'évangéliste. n'est même pas une hyperbole ; Elisabeth a pu se proclamer bienheureuse devant toutes les générations à venir, et déclarer que le Tout-Puissant avait fait pour elle un grand miracle. Elle seule a pu dire, en taisant allusion à sa stérilité, ({ue le Seig^neur avait rejJ^ardé l'humiliation de sa servante : ces paroles qui assimilent celle qui les prononce à Anne, mère de Samuel, devenue mère après une longue stérilité, ne conviennent qu'à Elisabeth ; pour les trouver bien placées dans la bouche de Marie, il faut les détourner de leur sens naturel. Crest, comme on l'a vu, la seule allusion qui soit faite à la situation particulière d'Elisabeth, tout le reste du cantique ayant une signitication générale et vague.

Dans l'ensemble, et sauf le passage qui vient d'être cité, le Magnifical n'est qu un décalque du cantique d Anne, et c'est la situation d'Elisabeth, non celle de Marie, qui est analogue à celle de la mère de Samuel. Le rédacteur du Magnificat et du Benedictus n'aurait pas eu besoin de recourir au cantique d'Anne pour exprimer les sentiments de Marie ; mais, pour traduire ceux d'Elisabeth, il se trouvait au dépourvu, parce qu'il réservait les prévisions concernant l'avenir de Jean-Baptiste ])our le cantique de Zacharie. Le cantique d'Anne soti'rait de lui-même comme un modèle à suivre; et comme il ne contient rien qui soit en rapport direct avec la circonstance à laquelle on l'a rattaché *, le cantique d'Elisabeth, si Ion excepte l'allusion du début, empruntée aussi à l'histoire d'Anne, a pris la même forme impersonnelle. Le silence de Marie n a pas lieu de surprendre, car la scène qui se passe entre les deux mères [)rélude à celle oi'i figureront jilus tard les deux fils : .Jésus se taira

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