Cf. Ps. xxxiv. f : t.xrx
300 LES ÉVANGILES SYiN'OPTKjLES
toute hypothèse, est censé contenir le motif de la louange et la raison de tout le cantique. Dieu a regardé l'humiliation de sa servante ' : la formule est prise de l'histoire d'Anne '', et la référence à l'opprobre de la stérilité, dont le Seigneur a délivré Elisabeth 3, fournit à ce passag-e une interprétation très satisfaisante. Et comme Lia disait que « les femmes la proclameraient bienheureuse '' », Elisabeth le dit après elle, en mettant, pour plus de solennité, et parce que son fils sera plus grand que l'enfant de Lia. « toutes les g^énérations '^ » à la place des « femmes ». Le verset suivant fait double emploi avec celui-ci, car il indique un motif général d'actions de grâces, qui semble rejoindre lexorde, par-dessus le motif spécial qui vient d'être indiqué : « Mon âme glorifie le Seigneur, ...parce que le Fort a fait pour moi de grandes choses », formule de louange qui devient une expression de reconnaissance personnelle, grâce au pronom « pour moi »; « et son nom est saint " », élevé au-dessus des hommes qui l'emploient humblement. Après quoi, la prière prend décidément un caractère impersonnel, et décrit les conduites ordinaires de la Providence. Les aoristes du grec correspondent à des parfaits hébreux qui énonceraient des vérités générales, sans égard à la circonstance du temps ^. L'évangéliste, et peut-être déjà le premier rédacteur de l'histoire ont pu les entendre des biens apportés par l'avènement de Jésus-Messie ". L'embarras des commentateurs , dont les uns croient devoir entendre cette description du passé, et les autres de l'avenir, tient à l'existence de ce double point de vue : celui du psaume, qui est sans relation particulière avec l'Evangile, et celui de l'évangéliste. Dieu est bon, perpétuellement, pour ceux qui le craignent; sa puissance''^ est redoutable à ceux qui s'enorgueillissent en eux-
t. V. 48. oTt i-£6À£'ycv i-\ TTjv zoLT-.iiv'orsv/ TTjç oo'JÀY;: aj-oO. . 2. I Sam. i. Il (LXX). iàv zrMAérzfy/ È-'.6X£'i^ç Tr|V TX-.zrnn'jvj tt]: ootiÀri; tou.
4. Gen. \xx. 1.'{. ijLay.apia i^'m, ot; ;j.ax.apî^o'ja{v jjle Tcàia; ai vuvaïict;. '■\. V. 48. looj yàp %~o ToC vijv ii.axaptouatv jjie -àaai ai ysveat. 6. V. 49. ci-'. £-otY|Cjiv aot ixîjxkoi ô Suvatoç. ("f. Ps. lxxi, 19. 1. xal àyt&v to ovojjLa aùxoÛ. Cf. Ps. cxi, 9.
8. Il en esL amsi dans le cantique d'Anne, que l'on va suivre de plus près dans les vv. "11-53. Cf. Ps. lxxxix, 11.
9. Le renversement des conditions sociales, l'exaltation des humbles et des pauvres conviennent à l'idéal de Luc. Holtzmann, 312.
10. \\ '\\ . Èt:oi't|7ev xpdcToç iv [ipa/tov. xùtou. Cf. Ps. cxviii, 1.^.
mO^mes ' ; il abat les puissants, il élève les humbles ; il comble les affamés et n'accorde rien aux riches -. On ne saurait dire le sens particulier que Luc a pu rattacher à ces antithèses. La fin montre que ces manifestateurs de la puissance et de la miséricorde ne sont pas sans relation avec l'avènement du règ^ne messianique. Toutes ces œuvres diverses sont coordonnées au relèvement d'Israël '. le serviteur de Dieu, comme il est dit en Isaïe ; et Dieu s'occupe d'Israël, le prend sous sa protection, pour se souvenir de la miséricorde '' ; il doit intervenir, parce qu'il est miséricordieux par nature, comme il a montré déjà qu'il l'était, et comme il a promis de l'être en parlant aux grands ancêtres ' ; il se souviendra de cette miséricorde en faveur d'Abraham et de sa race ; ce qu il fera pour Israël sera fait pour Abraham. Cette finale aurait pu être écrite par un juif aussi bien que par un judéo-chrétien ; en toute hypothèse, elle forme la conclusion naturelle du psaume et ne peut être considérée comme un élément adventice ''.
La femme inspirée se tait. Sans entrer dans d'autres détails, et parce que l'objet de la mise en scène était d'encadrer la double prophétie d'Elisabeth, le narrateur ajoute simplement que Marie resta avec elle environ trois mois, ce qui conduit à peu près au terme de la grossesse d'Elisabeth. Cette indication ne paraît pas avoir de signification particulière, elle atteste seulement le souci qu'a le narrateur de tenir le fil de sa chronologie. Marie s'éloigne avant la naissance de Jean-Baptiste, parce que sa place n'est pas marquée dans le tableau qu on va décrire. Elle s'en retourne chez elle. On ne peut dire si, dans la pensée de Luc, la maison où elle rentre est celle de Joseph ; il est permis de le croire, et de supposer même que c'est déjà dans cette maison qu'a eu lieu l'annonciation, les époux étant dits fiancés à raison de l'idée que Luc se fait de leur mariage. Dans l'esprit du récit primitif, Marie retourne dans sa
1. 3uay.op7:ia£v jTTîpïjçâvo-j; 0'.avo;a /.aoota; auTiov. Cf. Ps. lxxxix, il; Lxxvi, 6.
2. Cf. I Sam. ii, 5, 7-8. Ps. xxxiv, 10-H ; cvii, 9. Job, v, H; xii, 19; xxii, 9.
3. V. 54. àvTïXâSsTO 'lapaYiX 7:a'.oôç àuxoù. Cf. Is. xli, 8-9 (LXX) : au 81, 'lapaïJX, raî; [xou (nzy) ou àv-sXa6dfjLrjV (iTlpTrin I^JN).