XI
392 LES ÉVANGILKS SVNOPTIQUES
crie», a déterminé lapplication de ces paroles à Jean-Baptiste ; car, dans la pensée des évaiigélistes, la prophétie ne se rapporte pas seulement à la prédication de Jean considérée en elle-même, mais encore au lieu où elle s'est produite : « Une voix crie dans le désert. » On a vu dans « le Seigneur <> le Christ, et, pour la facilité de l'application, on a lu « ses sentiers », dans le second membre de la citation, au lieu des « sentiers de notre Dieu ' ». Ce procédé montre que, si Ton n'hésite pas à donner au (Christ le nom de « Seiij;neur », on ne veut pas pourtant l'identitier simplement à Dieu. Luc a continué la citation d'Isaïe, toujours d'a[)rès les Septante, dont il abrège un peu le texte, aiin d'amener la conclusion : u et toute chair », c'est-à-dire tout homme, « verra U' salut de Dieu ». Le prophète développait son idée : il faut (ju'une belle route, bien unie et nivelée, soit tracée dans le désert pour le retour triomjjhal des exilés ; tout l'univers sera dans l'admiration de ce que le Seigneur fait pour son peuple. Pour les évang-élistes, la préparation du chemin est la réforme des mœurs ; rabaissement des hauteurs sig-nifie pour Luc le nivellement tles conditions; le salut d'Israël devient celui du monde, et le genre humain ne fait pas que le voir, il en jouit. Matthieu et Luc ont déjà trouvé la citation d'Isaïe dans Marc ; en la déplaçant, ils corrigent l'incohérence de sa rédaction ; mais Matthieu ne réussit qu'à couper maladroitement le récit, tandis que Luc fait de ce récit abrég'é une introduction au texte pr(i])hétique.
Marc et Matthieu parlent comme si Jean était déjà connu de leurs lecteurs, et que l'épithète même de « Baptiseur - » leur fût familière. Luc prend plus de précautions; il néglige l'épithète, qui ne fait pas ressortir la qualité du nouveau prophète, et il a soin de rattacher la prédication de Jean au récit de sa naissance, en disant : « Jean, lîls de Zacharie "^ », quoique la tradition plus ancienne se soit abstenue de nommer le père du Précurseur. Le désert où Jean a prêché est le désert de Juda, à l'ouest de la mer Morte, et spécialement le désert qui aboutit à la plaine de Jéricho, vers l'embouchure du Jourdain. Cette région inculte n'était guère fréquentée que par des bergers nomades ; mais la renommée de Jean lui amena
i. LXX, là; ipipouï -r>'j Oeo'j r)ii.o)v. Évangiles, ta: Tpi^jOjç "/jtoj.