Qu'v a-l-il de plus
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LES EVANGILES SYNOPTrOLîES
lacile, (OU) de dire au d'avoir paralytique : " Tes pé- ])ou\oii chés sont pardonnes », ou de dire : « Lève-toi, prends ton lit et va-ten? » Et afin que vous sachiez que le Fils de rhomnie a pouvoir, sur la terre, de remettre les
péchés » il dil an
paralytique : " Je te dis : Lè^e-toi, pi-ends ton lit et va dans la maison. » l'2. VA il se leva, et aussitôt, prenant son lit, il sortit en présence de tous, en sorte que tout le monde était stupéfait et yloriliail Dieu en disant :
« Nou.s n'avons jamais rien vu fie pareil I ■>
donnénn tel facile, oui de dire :
aux iioiniiies. » Tes péchés te sont pardonnes >. , «>n de dire : >< Lève -toi et marche? » '24. Et pour que vous sachiez que le F'ils de Fhomme a pouvoir, sur la terre, de remettre les péchés » il dit au paralysé : «J^ève-toi, prends ta couchette et va dans ta maison. •> 25. Et se levant à Tinstant devant eux, et prenant le lit on il gisait, il sen alla dans sa maison, g-loriliant Dieu. 26. Et la stupeur s'empara de tous, et ils glorifiaient Dieu, [et ils étaient remplis de crainte], disant :
« Nous avons vu des merveilles aujourd'hui. >.
Jésus ne faisant ;t Capharnaïini que de rares et fugitives apparitions, les gens veulent profiter de son passage pour lui amener leurs malades. Il en arrive un groupe particulièrement décidé à joindre le thaumaturge, malgré l'obstacle que crée Taffluence de la foule : c'étaient quatre hommes qui portaient un paralytique sur un brancard ' ; ils voient l'impossibilité d'atteindre même jusqu'à la porte, et à plus forte raison d'entrer dans la maison : mais ils ne se déconcertent pas pour si peu ; ils montent sur le toit en terrasse où l'on pouvait avoir accès par un escalier extérieur ou par une maison voisine, y pratiquent un large trou en enlevant le dallage -, et des-
i. Me. *{. /.a'. ipyovTai sipov-£; ~po: aÙTOV r:ac.aÀuTixov aîpoaîvov iiTzrj T£'73âp<t)v. L<;. 18, i-cctilic i;i plirnse : za'. îooj avocsç çipovTJ; i~'. kXî'vyiÇ avOffurov oç y,v rcapa-
2. Noici- les cxpicssioiis li'ès nettes de Me. t. à-jT-iyasav Tifi>/aTiyr,v otzou tjv, ■/.aï iÇopjÇavTs; yaXojai tov /.pâ^SaTTov /.lÀ. 11 sendile que la maison n'avait pas d'étage; Jésus était à l'intérieur, dans la salle principale.
LE PARAI.YTIQUK 475
cendent leur malade devant Jésus. La scène est prise sur le vif. et on croirait la recueillir de la bouche d'un témoin. Matthieu supprime tout ce tableau : aussitôt que Jésus est entré « dans sa ville », Tévangéliste lait apporter le paralytique, sans dire mot de Tencombrement à lentrée de la maison, ni de la descente par le toit ' ; après cela, on ne voit pas pourquoi Jésus admire leur foi, qui n'a plus rien d extraordinaire, et. pour comprendre ce trait, on est obligé de recourir à Marc. Luc retient la mise en scène du second Evangile, omettant seulement le nombre des porteurs; il paraît s'être figuré le loit de la maison connue ceux de son pays, en pente et couvert de tuiles -'. La méprise, si elle est réelle, serait bien lé<;ère.
Admirant la Foi de tout ce monde, aussi bien celle du malade qui s'est prêté à la manœuvre, que celle des porteurs qui lont exécutée, Jésus, qui a devant lui le paralytique, lui dit d'un ton affectueux : « Mon fils, tes péchés sont remis \ .> (]e n'est pas tout à fait ce qu'attendaient cet homme et ses amis, ni peut-être ce qu attendrait le lecteur; mais on doit croire que Jésus, s'il est touché de la foi du paralyti(|ue. n est pas encore disposé à prendre l'initiative de sa g-uérison. (]ar il ne dit pas et il n'entend pas dire ; " Tu es guéri. » Il ne dit pas non plus : " Je te pardonne tés péchés ■> ; mais il se porte caution du pardon accordé par le Père céleste. Aussi bien n est-il pas envoyé pour faire des miracles, mais pour réconcilier les hommes avec Dieu. La guérison spirituelle importe plus que la guérison corporelle. En garantissant au paralytique le pardon de ses péchés, Jésus lui signifierait que ce pardon est la chose essentielle. Rien n'invite it supposer (|ue l'àme de cet homme ait été accablée par la conscience du péché, que Jésus ait lu son angoisse dans .ses yeux, et qu'il ait voulu pourvoir d abord à sa paix intérieure '. Le paralytique est un paralytique ; on ne dit pas qu'il eiit été un grand pécheur, ni ([ue ce fût une àme tourmentée.
t. Le V. 2. /.7.: lo'j'j T.^^oni-^iyj'i aJTijJ nacaÀjT'./.ov :-'. zÀivri; ji£i3XT;|j.ivov. représente Irois versets i 2-4; de Marc.
2. \. 19. àva|îâvTc; z~'. xo otoij.a u'.a. -itrt Kîoâa'ov /.aOf;xav auTOv tjv tw ySkvv.O'.m ■/../.. 11 csl clair que t.uc Iraduit à sa façon les données de Marc, sans se faire une idée bien nette de lopération ni de fa disposition des fieux ; qu'il pense à un carrelage de briques ou à des tuiles, ce n'étail pas chose si simple que de faire passer riioninie au travers. Ss. omet ôtà Tfov x.£pcra'.)v.
'■\. Me. '.t. TÉ/.vo'/. àç{cVTaî 70'j ai àaaoT;a'..
i. Hoir /.MANN. 1 l'.l.
Il est vrai que quelque chose manque au récit, non seulement pour la clarté, mais pour la vraisemblance. Chercher la raison de ce défaut en des détails psychologiques dont lévangéliste n'aurait pas tenu compte serait méconnaître lesprit de ces récits. Les circonstances de la rédaction sont à regarder de plus près que les circonstances possibles du miracle. Il se trouve que la garantie du pardon introduit un argument en laveur de la messianité de Jésus. Cet argument est comme superposé au récit de la guérison ; ne s'y rattachant point par son début, il y tient encore moins, comme on le verra plus loin, par sa conclusion. La probabilité d'une surcharge rédactionnelle, tendant à transformer une guérison extraoïxlinaire en preuve théologique, nestpas à écarter. Beaucoup plus tard encore, Jésus ne permet pas à ses disciples de dire qu'il est le Messie : on conçoit ditlicilemenl qu il se présente luimême comme tel, en donnant les raisons de sa prétention. La rémission des péchés par le (Christ rentre plus naturellement dans le cycle des idées chrétiennes que dans l'enseignement de Ji'-sus.
.\ prendre le récit tel qu'il est, tous les hommes sont pécheurs ; et comme la foi de celui-ci valait la plus sincère des pénitences, Jé.sus lui dit : i< Tes péchés sont remis >'. comme il aurait pu lui dire : « Tu auras part au royaume di-s cieux ". L un est la condition de l'autre; mais l'un va mieux à dire que l'autre: et il convient de mettre au premier plan la rémission des péchés, pour que l'homme sache où Dieu le prend. Que Jésus, par la rémission des péchés veuille faire espérer au paralytique sa guérison corporelle '. ou subordonner celle-ci n celle-là ', le texte ne le fait nullement entendre. La note alfectueuse est accentuée dans Matthieu : « (Courage, mon (ils ' » ; elle est etfacée dans Luc, qui substitue " homme » ' à «enfant», soit pour ne pas compromettre la dignité du (Christ dans une expression familière, soit simplement pour avoir réfléchi que le paialy tique devait être un adulte '.
l. H. Wkiss, k. :>«.
•2. S<:iiANz, M(. 2(i7.
'■i. V. 2. OâpTti 'ïv.-/')y .
k V. 20. avOpco-£. \uciuu' modilication de sens ne sallache à l'enijjloi dià^sfovxa'.. substitué par Luc à àœtEviai. L'évangéliste ne s'est pas demandé si les péchés du paralytique étaient d(\jii remis par Dieu (B. VVeiss, .31 1) avant que .lésus le dît. L'accent est sur la rémission, non sur la personne qui remet.
"i. Iloi. I ZM AN.N, '.VM\.
l.E PARALVTiyUK 477
Mais si la rémission des péchés est à sa place dans les ienijjs messianiques. et en connexion logique avec le rovaume des cieux ', il n en est pas moins vrai que le pardon n'appartient qu'à Dieu. Aussi quelques scribes, dont Marc n avait pas parlé, et qui semblent surfil- en cet endroit pour faire l'objection nécessaire (les commentateurs supposent que c étaient les personnages les plus considérables de 1 assistante, qui étaient assis au premier rang, devant Jésus; comiprennent mal ses paroles ; il se disent que Uieu seul peut remettre les péchés, et que Jésus, s'attribuant ce pouvoir, a blasphémé. Ils ne supposent pas que Jésus puisse parler au nom de Dieu et garantir son pardon. Leur attitude laissait deviner leur pensée. Marc tient ii dire que le Sauveur pénètre cette pensée >< par son esprit "' », c'està-dire par la lumière de l'Esprit divin qu'il a reçu au baptême, et qui depuisnel a pas quitté. Cette explication a paru superflue à Matthieu et à Iaic, qui se bornent à dire cpie Jésus >< voyait » '. ou « connaissait )) ^ les pensées des scribes. Cette dernière indication de Luc ne s'accorde pas avec le contexte. Tévangéliste ne se contentant pas de faire réfléchir les scribes, mais les faisant parler entre eux.
La pensée des scribes n est pas censée injurieuse qu au (christ, elle est une offense à Dieu qui l'envoie. C'esJ pourquoi Jésus va la combattre par un double argument, un raisonnement et un miracle, lun soutenant lautre. 11 apostrophe les scribes, en condamnant le jug-ement qu ils portent en eux-mêmes sur les paroles qu'il a dites. Ils se trompent en s'imaginant qu il ne peut vouloir remettre les péchés sans blasphémer Dieu ; car, si Dieu au ciel remet les péchés, .lésus sur la terre les remet sur la terre comme lieutenant de Dieu. Toutefois, ce n est pas en s'expliquant directement sur sa mi.ssion qu'il va combattre leur préjug'é ; il va prouver la h'gitimité de
I. Sans ètiv pour icl.i iiiii' t'oiulioii piopieiiUMvt uit-ssianique. Cl". Dai.man, I, 2t4-2ir>.
iTovTa-. âv iau-oi;. On ne doit pas t'oiisidérer tw nvîJjjLaT-. comme parallèle à ;v iajToïç (Schanz, Mk. VU., car il serait assez oiseux et singulier de dire <^ue Jésus connaît en lui-même ce que les scribes disent en eux-mêmes; la rtMTiarcpic n'a de sens (jue si l'Esprit est le moyen par lequel Jésus connaît ce ()ui est iiieoiiiiaissable. la pensée intime de gens qui ne donnent pas signe de ce (|u'ils penseni .
.'?. Mr. i-. y.a.: \r>w/ o 'Irj'joSç Ta; ivOjarj3£'.ç ■x-j-wi.
i. I.<;, 22. ;r:'.-'voj: o: o 'lr,aoù; Tojç o'.ïÀoyiaao'Jç aJTfov.
i7(S LKS ÉVAiNGlLKS SViNOI'TIUUES
ses prétentions dans Tordre spirituel par la réalité de son action miraculeuse sur les corps. A cet efïet, il formule une espèce d'argument, conforme aux procédés dialectiques des rabbins ', ou mieux encore peut-être à la log-ique populaire, quelque peu influencée par celle des écoles : est-il plus facile de garantir la rémission des péchés à un homme que de le guérir, quand il est dans létat où se trouve le paralytique? en soi, lun n est pas plus facile que ! aulre ■'. car ce sont deux œuvres divines (pii relèvent. Tune de la miséricorde, et l'autre de la puissance ; la sevile différence est que la seconde est perceptible au sens, tandis que l'autre ne l'est pas: mais l'œuvre divine visible peut servir de preuve à la réalité' de IVeuvre divine invisible, quand c'est le même envoyé de Dieu qui les accomplit : pour que ces gens, si prompts à se scandaliser, sachent que le Fils de l'homme exerce sur la terre la faculté de pardon que le Père exerce dans les cieux, Jésus commandera au paralytique de se lever, de prendre son brancard sur son dos et de s'en aller chez, lui '.
La construction du discours ne laisse pas d être un peu embarrassée. Jésus commence, en parlant aux scribes, une phrase cju'il termine en s'adressant au paralytique. Trait pris .sur le vif, observent les interprètes. Cette vivacité de la relation pourrait n'être par son origine (ju'une gaucherie de la rédaction. La parole qu'on attendrait
1. La règle de Hillel, <■ du facile el du diificiit' ", ;/ ininori .al ni;i/iis, et réciproquement. Cf. ScHViRER, II, 3.S.T.
2. Malgré le double emploi du mot > dire » dans la formule d'interrogation, il ne semble pas que Jésus oppose la facilité de dire à la dilîiculté de faire : (B. Weiss, E. o6; Holtzmann, 119); il ne vise que la facilité ou difficulté relative des deux actes, rémission des péchés ou guérison ; et ralternative est plutôt pour la forme oratoire que pour le fond de Targument. car on ne voit pas si c'est la guérison qui est considérée comme plus facile, ou la rémission des péchés ; il nest pas indiqué autrement qiu^ l'œuvre la plus ditficile soit la guérison du paralysé (Holtzm.\nn, loc. cit.], et l'on peut supposer que les deux oeuvres sont également difficiles, chacune dans son ordre (B. Weiss, loc. cit.). On peut douter que Jésus ait regardé la guérison comme plus difficile, et que son argumentation se ramène à dire : qui peut plus peut moins. Elle parait signifier plutôt ; qui peut ceci, l'œuvre divine de la guérison. doit pouvoir cela, l'œuvre divine du pardon.
•1. Me. 10. r/y. oi sîorixs oti iÇojjiav ï/ ii o jtoç ~.ou ivOpfô;:oj àaUvai i;j.apt;aç £7:1 t^; YTiç, '/d-(i\ -M -a&aA'JTixw /.ta. Les trois évangélistes ont l'espèce de |)arenthèse : « Il dit au paralytique », pour marquer le mouvement de Jésus, qui achève, en s'adressant au malade, la piirase qu'il a commencéeen sadressanl aux scribes.