‹ Les évangiles synoptiquesChapitre 441 sur 829 · HOLTZMANN, loc. cU · texte numérisé non relu

HOLTZMANN, loc. cU

5. V. 10. ij.a-/.7.p'.oi ol SsSuoyfxévoi svsx.sv oiy.a;oauvï|ç.

LE DISCOURS SUR LA MONTAGNE Ool

touchant les persécutions qui les attendent, vient de la source commune, le développement suivant, dans les deux Evangiles, une marche parallèle, pour aboutir à la mention des prophètes.

Ce passage accuse néanmoins lexpérience des premières persécutions. Car il n'est pas question des fléaux qui, d'après la tradition apocalyptique, doivent précéder le grand avènement, et qui ne tiennent, d'ailleurs, aucune place dans l'enseignement authentique de Jésus, mais du sort qui sera fait aux chrétiens par les Juifs. Selon Matthieu ^, on les outragera, on les persécutera, on les calomniera à cause de Jésus. D'après Luc -, ils seront en butte à la haine, à l'excommunication, c'est-à-dire à l'exclusion de la synagogue, aux outrages et à la diffamation, à cause du « Fils de l'homme ». L'emploi de ce dernier terme, au lieu du pronom personnel, montre que les évangélistes ne se sont pas fait scrupule de s'en servir, pour rehausser le discours, en des endroits où leurs sources ne le contenaient pas.

La perspective ne va pas au delà des persécutions intentées aux chrétiens par les Juifs ; mais il n'en est pas moins clair que le point de vue change quand on arrive à la dernière béatitude. Jusque-là il s'agissait de la condition actuelle des futurs élus du royaume, et la joie de l'avenir faisait contraste immédiat aux misères du présent. On entrevoit maintenant un autre avenir, douloureux à raison de sévices particuliers que subiront les disciples de Jésus : cet avenir se place entre le présent, déjà triste, et le royaume promis d'abord. La combinaison de la dernière béatitude avec les précédentes paraît donc correspondre à un travail de la pensée chrétienne sur les paroles de Jésus, soit qu'on ait associé à l'enseignement général sur la situation des candidats au royaume les prévisions concernant le sort des disciples, soit qu'on ait défini plus précisément ces prévisions d'après les faits de l'histoire apostolique.

i. V. 11. <}.x/.iz,\()[ i'3-i ox'X'i ovc'.oiJojTiv •Jjj.x; xat O'.fiiçfoJ'.v y.7.1 v.t.'o'j'M t.x'j -<f^-i^rjjy zaG' jawv 'bvjfj'iixvio'. (D, mss. it. Ss. omettent 'isjoo'asvot, et ce mot, dans tous les cas, ne doit pas venir de la source; l'idée de calomnies répandues sur le compte des chrétiens existe dans le texte, indépendamment de cette addition) ivj/.sv =aoj (D, ô'./.aioTjv/jç. Ss. « à cause de nrion nom »).

2. \ . 22. aax.âp'.o; cŒT£ oxav [xisrî'j'oa'.v 'j|jlxç o'<. àvOp'or:o'., xxl otav àoopîawaiv ûaà; zaï £z[îâÀfijjtv To ovciaa Gaoïv oj; -civrjociv viiy.a. toj jîou toj av6if>')7:ou. Horreur du nom chrétien, comme dans Jac. ii, 7; 1 Piem, iv, 14, 16.

Cette influence des faits sur la rédaction paraît incontestable, au moins en ce qui regarde Luc.

Que les persécutés aient patience, parce que leur récompense est g;rande dans le ciel ', qu'elle est prête à venir -, comme le règne de Dieu. Ils peuvent s'encourager aussi par la pensée que les prophètes ont été traités jadis de la même façon qu'eux-mêmes. La forme de ce passage dans Luc : « c'est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes ' •), laisse entendre que la séparation des chrétiens d'avec les Juifs était accomplie au temps où le discours a été rédigé. Cette distinction nette de trois moments : celui où Jésus parle, celui où arriveront les persécutions, celui qui amènera la récompense, est venue tout naturellement aux évangélistes, désireux de faire servir à l'édification de leurs contemporains l'enseignement du Sauveur. Matthieu aussi compare les disciples aux prophètes, comme si les uns succédaient à la mission des autres, et cette idée convient moins au temps de Jésus qu'au premier âge de l'Eglise.

On a pu voir que les quatre béatitudes de Luc n'énumèrent pas, comme celles de Matthieu, les qualités morales des disciples de l'h^vangile, mais décrivent leur situation à l'égard du monde. Ils sont considérés comme actuellement et réellement pauvres, affamés, affligés; ils seront persécutés. Cette situation n'exclut pas, elle implique plutôt l'esprit de pauvreté spirituelle, et la récompense promise, même exprimée sous la forme du rassasiement et du rire, n'est pas d'ordre vulgaire : on veut dire que les joies du royaume de Dieu compenseront les privations et les soutTrances du temps présent. Aux quatre promesses l'évangéliste oppose quatre menaces, ou quatre malédictions, qui semblent calquées sur les quatre béatitudes : malheur aux riches, aux rassasiés, aux heureux '*, à ceux

1. Mr. 12. yaiciTc v.'xk àvaXÀià^Oc, <)-<. ô a-.cjOciç jtAtîJv -n'h-^z, iv toTç oupavot;. Le. 23. yioifii iv ix£;v/| ty^ ^/."J-îp? >'•*'• TJcipxrjaaTE" lôoJ yào ô ataO'j; Gaiov TZoXJ; hi xw oùpavôS. .

2. (^f. Ap. XXII, 12. La récompense au ciel est peut-être moins une récompense tenue en réserve et préexistant dans le ciel ( Holtzmann, 204), que la récompense destinée par Dieu aux justes dans le royaume qui vient (Dal- MAN, 1, 169); « récompense aux cieux » équivaut à « récompense auprès de Dieu >>, assignée par lui. Cf. p. 547, n. 3.

3. V. 23. zaxà xa aixi yàp inoîojv xoï; 7:po9r[xa'.; oi -axip;; aJx'ov. Mt. 12. oiixw; yàp £o{n)Çav xoù; rpoçrjxaç xo'jç -po Oatov. Ss. : « Car c'est ainsi que leurs pères ont persécuté les prophètes. »

4. V. 25. oual utxtv oi ysXtovxîç vuv, oxt 7:£v6r|a£x£ zal zXa-jaexs. Le futur xÀa'Ja£X£ répond au xXatovxéc de la béatitude ; mais nesemble-t-il pas que Luc dit d'abord

que le monde loue. Le royaume de Dieu est pour ceux qui sont pauvres de biens temporels, et riches de vertus; il n'est pas pour ceux qui sont riches des biens de ce monde, et indifférents aux biens spirituels. Les hommes qui n'apprécient que le bonheur teri^estre n'ont pas droit à une autre récompense, et, puisqu'ils ont reçu la leur, ils ne peuvent prétendre à celle des justes. Mais, dans l'autre vie, privés de la récompense des saints, ils manqueront aussi de ce qui faisait leur bonheur sur la terre : ce sera leur tour d'être pauvres, d'avoir faim, de pleurer, de ressentir en supplice éternel toutes les douleurs qu ils ont fui en ce monde '.

La dernière menace correspond bien à la quatrième béatitude, mais elle ne peut pas s'adresser aux riches, visés dans les trois premières, à moins que ces riches, qui ne peuvent être des disciples de Jésus, ne soient des chrétiens contemporains de lévangéliste, larg-ement pourvus des biens de ce monde, et en jouissant comme des païens. S il s'ag'issait d'auditeurs de Jésus, non convertis a l'Evang-ile, pourquoi leur recommanderait-on de ne pas se mettre dans le cas des faux prophètes ? Il n'y a pas de rapport entre la situation de ceux-ci et la leur. Impossible de song-er aux scribes et aux pharisiens : le discours s'adresse évidemment à des gens qui font profession de la foi évangélique, et même à des missionnaires plutôt qu'à de simples fidèles, puisqu'on peut les comparer aux prophètes de l'ancien temps. Si 1 on veut que les trois premières menaces s'adressent à des Juifs non croyants, aux auditeurs de Jésus, le discours sera fort incohérent. Tout s'explique si l'on se place au point de vue de lévangéliste, qui a beaucoup moins songé aux auditeurs du Christ qu'à ses propres lecteurs. Ceux qu'il menace ne sont pas les persécuteurs de lEglise, mais les gens du monde et les chrétiens qui entreraient dans leurs sentiments.

Ces malédictions, qui manquent dans le premier Evangile, semblent déplacées en ce discours ; on a supposé qu'elles y avaient été introduites pour une raison didactique ~, ou bien même que Luc les aurait composées, en établissant la correspondance des quatre

-v/llr]ii-.e, parce qu'il lisait dans la source zîvOoûvtc;, comme Matthieu, et non x.ÀatùVTi; ? Le vjv de la seconde et de la troisième malédiction l'ait écho à celui des béatitudes. Les faux prophètes, v. 26, répondent aux vrais, v. 23.

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