JiincHEn, II
un avertissement donné aux disciples, qui doivent éviter, en ce qui les concerne, un sort pareil à celui du sel affadi.
Matthieu g-arde le principal de la description, et n'introduit l'allégorie qu'au début, afin de rattacher la comparaison au contexte qu'il lui a donné. Sel affadi ne peut être salé par un autre élément ; il ne peut qu'être jeté dehors, à la rue, où il sera foulé aux pieds des passants. Mais, bien que ce développement se rapporte toujours à un chang-ement d'état, l'évang-éliste attribue à la comparaison un autre objet que le changement. La métaphore qui sert d'introduction : « Vous êtes le sel de la terre ' », indique aussi le sens de l'application. On découvre une analog-ie entre la propriété du sel et le rôle des disciples à l'ég-ard de la terre, c'est-à-dire de l'humanité, la formule « sel de la terre » ayant été conçue parallèlement à « lumière du monde », qui vient ensuite. Dans un cas comme dans l'autre, on ne songe qu'à un effet bienfaisant. Le sel peut servir à conserver les viandes et à en empêcher la corruption ; il peut servir d'assaisonnement. Ce dernier usage est celui qui se présente de luimême à l'esprit ; c'est le seul qui semble visé dans la comparaison, et ce doit être ég'alement le seul auquel Matthieu a pensé '-'. Ainsi les disciples sont pour l'humanité ce que le sel est pour les aliments, l'assaisonnement qui donne goût et saveur, c'est-à-dire le principe de vie morale qui doit élever l'humanité à la perfection que Dieu veut, la rendre ag-réable à son Créateur. Cette idée n'a rien que de conforme à l'esprit de Jésus, et elle ne manque ni de vérité, ni de grandeiu^; mais elle se superpose à la comparaison, et ne s'y adapte pas, le sort du sel affadi étant autre chose que l'influence salutaire du sel. Luc n'a pas trouvé cette idée dans la source ; Matthieu l'a conçue pour le rattachement de la sentence au discours '^ et il a voulu faire entendre que les disciples, sel de la terre, s'il viennent à déchoir de la sainteté qui convient à leur état, succombent au mépris des hommes, tandis que la loi de leur vocation est d'être utiles à leurs frères, d'être le sel de la terre, la lumière du monde '.