Cf. XIX
le principe g-énéral ayant pu être formulé par Jésus lui-même dans une occasion particulière, par exemple à propos du sabbat, ou de sa manière de traiter les prescriptions concernant l'impureté légale, ou de l'un des sujets qui sont abordés dans le discours. Non seulement il est possible qu'on l'ait accusé de ruiner ainsi la Loi, mais il paraît inévitable que cette accusation ait été plus d'une fois soulevée, sinon dans. les premiers temps du ministère galiléen, au moins dans la suite et vers la lîn. A cette accusation Jésus n'a pu faire d'autre réponse que celle qu'on lui attribue, et qu'il est permis par conséquent de tenir pour authentique, à savoir, qu'il ne détruisait pas la Loi, mais qu'il la perfectionnait, et conformément aux intentions du Législateur suprême, écrites aussi dans le texte sacré, comme il arrive pour le divorce. 11 n'abrogeait donc pas la Loi ; il y retrouvait le sens de Dieu, l'intention de la Providence.
Ainsi entendu, le mot « accomplir » exprime exactement la situation de Jésus à l'égard de la Loi, tant en ce qui regarde sa conduite que le reste de ses discours : c'est donc ce sens que l'on doit retenir comme étant celui du Christ lui-même. Supposer qu'il voyait dans l'accomplissement de la Loi l'exécution minutieuse de toutes les prescriptions légales est mettre dans son esprit et dans sa conduite une contradiction • flagrante et perpétuelle, qu'il n'aurait pu manquer de sentir. Lui prêter l'idée dune réalisation de prophéties et de ligures est méconnaître l'esprit général de son enseignement, où l'allégorie mystique ne tient aucune place, et la donnée fondamentale du discours, qui est le perfectionnement moral de la Loi, selon l'esprit de son institution, non l'accomplissement de prédictions et de types. Ces deux idées néanmoins sont dans le discours : la première s'attache naturellement à ce qui va être dit sur l'immutabilité de la Loi ; la seconde est introduite par l'évangéliste, grand amateur de prophéties et de typologie, pour corriger la première.
Jésus dirait, et très solennellement, qu'il n'y aura pas, tant que durera le monde, une seule lettre de la Loi qui soit supprimée, Matthieu dit « qui passe », et pas même un seul trait; dans Luc, qui ne parle pas de lettre, il est dit que pas un seid trait ne tombera. Les traits en question sont de petites lignes ou cornes qui servaient à distinguer entre elles, dans l'écriture, les lettres sem-