HOLTZMANN
4. Me. vni, 12, ne contient pas de serment, et àijL7)v Àiyw Gaïv vient tout exprès pour en tenir la place. Dans Mt. xxvi, 63-64, le grand-prêtre adjure Jésus, qui lui répond par une simple affirmation. Ce n'était pas le moment dexpliquer au grand prêtre que son adjuration était inutile (^cf. Me. xiv, 61, où il n'y a pas d'adjuration, et le commentaire de ces passages). Si Paul jure, c'est qu'il n'a pas été disciple de Jésus, et qu'il garde l'usage commun des Juifs les plus pieux. La coutume fut plus forte que le respect accordé à à la parole du Christ. Peut-être est-ce avec intention que oÀwc, v. 34, est omis dans Ss.
r>. Cf. supr. p. a6o, n. 3.
Le but des prescriptions lég'ales relatives au serment n'était pas autre que d'assurer le respect du nom divin, et subsidiairement la sécurité de certains engag-ements. Mais le respect de Dieu est mieux garanti par l'abstention totale du serment. C'est pour donner au Ciel même des garanties contre leur propre versatilité ou leur duplicité, ou pour se prémunir contre la fraude, et par un sentiment de mutuelle défiance, que les hommes ont voulu prendre la Divinité à témoin de leur sincérité, l'inviter en quelque sorte et l'obliger à châtier le menteur. Dans la société des justes, une telle attitude à l'ég'ard de Dieu et des hommes n"a plus de raison d'être • Dieu y est présent, et l'on n'a pas besoin de l'appeler ; tout discours est prononcé devant lui ; et les citoyens du royaume ne sont pas gens de foi douteuse, qui aient à se précautionner les uns contre les autres; la garantie du serment serait donc superflue, et le serment ne serait qu'un abus du nom divin. On dira simplement les choses comme elles sont : oui, si c'est oui ; non, si c'est non '.
Ayant défendu le serment en général, Jésus justifie sa prohibition par l'énumération de certaines formules communément emplovées , en montrant qu'elles équivalent à une invocation expresse du nom divin, qui n'a aucune raison d'être, et dont il convient de s'abstenir. On suppose volontiers que ces formules auraient été adoptées parce qu'on croyait pouvoir les violer avec des risques moindres que celles où le nom de Dieu était directement exprimé; ainsi Jésus critiquerait plutôt la casuistique des pharisiens sur le serment, qu'il ne condamnerait le serment en lui-même ". Mais le texte défend les divers modes de serment, sans insinuer qu'ils servent à faciliter le parjure, et en les subordonnant à la prohibition universelle : « Je vous dis de ne pas jurer du tout ». S'il n'est pas question de formules où serait entré le nom divin, c'est que l'on évitait de telles formules, par respect pour le nom même de Dieu •^. Jésus
1. V.31. ïiT'o 5a ô Xdyoç Gfxtov val vaî, oî) oj. Cf. Jac. v, 12. f^Tto Se ujjiwv to vaî vaf, ■/.al 70 o'ù fj-j. (]ette paraphrase peut servir à interpréter Matthieu, et donne un sens plus naturel que celui de Févang-éliste. Si celui-ci a voulu dire qu'on répondra deux oui ou deux non. selon les cas, ce qui est le sens sugg-éré par son texte, cette interprétation est secondaire par rapport à Jacques. Voir citations de Justin, Clément Alex., etc., dans Resch, II, 90. Blass, Ml. 14, introduit dans l'Évangile la leçon de Jacques.