I Coii. VII
à la Loi, celui qui renverrait sa femme, selon la permission que lui en donne Moïse, et qui croirait être encore dans la voie du salut, se tromperait, parce que TEvang-ile ne reconnaît pas à l'homme ce droit arbitraire sur la femme, il n'admet pas le divorce. Il y a là une déclaration et un enchaînement de principes qu'interrompt et compromet l'exception pratique tirée du cas d'adultère, auquel Jésus ne pouvait song-er, et qui, d'ailleurs, n'aurait guère eu de sens pour les Juifs à qui le Sauveur parlait, puisque l'adultère était un crime dont le châtiment n'était pas le divorce mais la mort.
L'on comprend aisément que des difficultés ne pouvaient manquer de surgir, avec le temps, dans la pratique. De même qu'on a dd compter avec le cas de « saints » tombant dans le péché après le baptême, il a fallu compter avec le cas de femmes chrétiennes manquant à leur devoir. Pouvait-on contraindre leurs maris à les conserver? Il est naturel, d'ailleurs, que, dans le milieu judéochrétien d'où provient sans doute la glose de Matthieu, on ait subi l'influence des idées juives. Ou a d'autant moins lieu de s'en étonner, que l'égalité absolue de droits et de devoirs entre les époux a pu être affirmée par Jésus sans avoir été jamais réalisée tout à fait dans la société chrétienne. Le glossateur ne prévoit que le cas d'adultère de la femme, et il autorise l'époux à congédier la femme infidèle ; mais il ne dit pas, et sans doute il ne pensait pas que la femme pourrait en faire autant, et quitter son mari s'il manquait à la foi conjugale. A une époque où les circonstances extérieures étaient changées, on ne pouvait plus mettre à mort la femme coupable, et l'esprit chrétien répugnait à une exécution de ce genre. Le rédacteur jugea que le mari ollensé avait le droit de renvoyer sa femme et d'en prendre une autre. C'est probablement ce que l'on croyait autour de lui. L'Église catholique, en refusant d'admettre aucun cas de divorce, a maintenu le principe établi par Jésus, et il importe assez peu qu'elle n'ait pu le faire qu'en sacrifiant le sens historique des passages où Matthieu traite la question. Il ne pouvait en être autrement en des temps où l'on ne concevait pas qu'un évangéliste put exprimer moins fidèlement qu'un autre la pensée du Christ. La glose du premier Evangile n'a pas été superflue, puisque l'Église en a déduit la licéité de la séparation dans le cas d'adultère.
M.\TTii. v, 33. « Vous avez entendu encore qu'il a été dit aux anciens : « Tu ne te parjureras point, mais tu t'accjuitteras de tes vœux envers le
Seig'iieur. » 34. Et moi je vous dis de ne pas jurer du tout : ni par le ciel, parce que c'est le trône de Dieu ; 35. ni par la terre, parce que c'est Tescabeau de ses pieds ; ni par Jérusalem, parce que c'est la ville du grand Roi ; 36. ne jure pas non plus par ta tète, parce que tu ne peux pas rendre blanc ou noir un seul de tes cheveux. 37. Mais que votre parole soit : Oui oui, non non. Tout ce qu'on y ajoute vient du malin. »
Ce que Jésus énonce comme parole dite aux anciens ' ne se trouve pas textuellement dans le Pentateuque. Le Sauveur, ou l'évang-éliste, combine ensemble divers passag-es de la Loi "^ qui pouvaient être aussi associés dans l'enseignement des docteurs, et qui forment un commentaire du second commandement. II n'y avait pas de préceptes visant directement le serment ; la Loi supposait l'visag-e en vigueur, et s'occupait seulement de le régler, défendant le parjure et la violation de toute promesse sanctionnée par un serment, en particulier celle des vœux faits à Dieu. Pour accomplir la Loi en ce point, Jésus supprime le serment. On a soupçonné ici une influence essénienne sur la rédaction de l'Evangile '^ et l'on allègue des passages évangéliques où Jésus lui-même aurait juré. Mais la portée de ces textes '* paraît avoir été exagérée. Jésus ne jure pas, il emploie le mot amen tout exprès pour éviter les formules de serment usitées dans le discours, et en même temps pour y suppléer. Ce procédé '^ confirme Tauthenticité substantielle de la parole que lui attribue Matthieu. Une certaine solennité s'attachait au mot amen, et il est très curieux de constater que Jésus, tout en condamnant le serment, ne peut se dispenser de mettre quelque chose à la place, une affirmation religieuse au lieu d'un appel à Dieu.