‹ Les évangiles synoptiquesChapitre 472 sur 829 · Is. loc. cit · texte numérisé non relu

Is. loc. cit

'.i. Ps. XLvui, 3 ; xcv, 3.

58 i LES ÉVANGILES SYNOPTIQUES

Ici encore, l'Eg-lise a fait fléchir la rèj^^le idéale établie par Jésus. Elle n'a pas cru que le Sauveur eût condamné d une manière absolue et sans aucune exception la pratique du serment. En fait, Jésus ne l'avait pas rejetée comme essentiellement immorale, mais comme plus nuisible qu'utile à l'honneur de Dieu, et comme superflue dans le royaume des cieux, ou dans une société organisée selon l'Évangile. L'utilité sociale, et l'on peut même dire la nécessité permanente du serment montrent que le programme évangélique est loin d'avoir encore été réalisé ici-bas dans sa perfection. Il n'en est pas moins à noter que, si l'athéisme regarde le serment comme une formalité dénuée de raison, la religion la plus pure et la moralité la plus haute, pour des motifs tout autres, en ont jugé de même par la bouche de Jésus. Ce qui convient à l'honneur de Dieu et à la dignité de l'homme est la simple expression de la vérité ; tout ce que l'homme y ajoute, pour donner plus de garantie et d'autorité à sa parole, part d'un mauvais principe, le péché ou Satan '. Du point de vue évangélique, la légitimité du serinent ne peut donc être que relative, comme d'un moindre mal, moyen de retenir l'homme sur la pente du mensonge où il est toujours prêt à glisser.

Matth. V, 38. « Vous avez en- Luc, vi, 27. « Mais je vous dis, à

tendu qu'il a été dit : « OEil pour vous qui écoutez : Aimez vos

« œil, et dent pour dent. » 39. Et ennemis ; faites du bien à ceux qui

moi je vous dis de ne pas résister vous haïssent; "28. bénissez ceux

au méchant; mais si quelqu'un te qui vous maudissent; priez pour

soufflette à la joue droite, tends-lui ceux qui vous calomnient. 29. Si

aussi l'autre. 40. et si quelqu'un quelqu'un te frappe sur une joue,

veut plaider contre toi et prendre présente-lui l'autre, et si quelqu'un

ta tunique; abandonne-lui encore le te prend le manteau, ne lui refuse

manteau; 41. et si quelqu'un te pas la tunique; 30. donne à qui-

met à la corvée pour un mille, fais conque te demande, et si Ion te

en deux avec lui; 42. donne à qui prend ce qui est à toi, ne réclame

te demande, et ne repousse pas pas. 31. Et comme vous voulez que

celui qui veut emprunter de toi. les hommes vous traitent, ainsi

43. « Vous avez entendu qu'il a traitez-les vous-mêmes. 32. Et si

1. V. 37. t6 oï TTEptaaciv loûrtov sx toû 7:ovr,pou àaTiv. On ne sait si Tcovripoù est au masculin (Satan) ou au neutre (le mal). L'emploi personnel du même mot dans le v. 39 favorise plutôt la première hypothèse. Voir dans Resch, 11, 98, les citations de Pères qui mettent « le diable ^) an lieu « du malin >;.

été dit : « Tu aimeras ton prochain, vous aimez ceux qui vous aiment, (( et tu haïras ton ennemi. » 44. Et quel gré vous en aura-t-on? Car moi je vous dis : Aimez vos enne- même les pécheurs aiment ceux mis, et priez pour ceux qui vous qui les aiment. 33. FA si vous faites persécutent, 45. afin que vous deve- du bien à ceux qui vous en font, niez tils de votre Père qui est aux quel gré vous en aura-t-on? Même cieux, parce qu'il fait lever son les pécheurs en font autant. 34. Et soleil sur les méchants et les bons, si vous prêtez à des gens dont vous et il fait pleuvoir sur les justes et attendez restitution, quel gré vous les injustes. 46. Car si vous aimez en aura-t-on? Même les pécheurs ceux qui vous aiment, quelle récom- prêtent aux pécheurs pour recoupense avez-vous (à prétendre)? Est- vrer Téquivalent. 35. Mais aimez ce que même les publicainsn'en font vos ennemis, faites du bien et prêtez, pas autant? 47. Et si vous saluez sans rien attendre en retour; et vos frères seulement, que faites- votre récompense sera grande, et vous d'extraordinaire? Est-ce que vous serez fils du Très-Haut, parce même les païens n'en font pas qu'il est bon pour les ingrats et les autant? 48. ^'ous serez donc par- méchants. 36. Devenez miséricorfaits, comme votre Père céleste est dieux, comme votre Père est miséparfait. » ricordieux. >>

L'identité de la matière exploitée par les évangélistes, et la liberté de leurs procédés littéraires apparaissent clairement dans ce passage. Deux séries de sentences constituent le fond commun de Matthieu et de Luc, l'une concernant la patience et la bienfaisance envers les hommes, l'autre l'amour des ennemis. Luc a combiné les deux ensemble, en intercalant la première au milieu de la seconde, en sorte que le tout devient une exhortation à la charité envers les ennemis ; mais les conseils de patience restent donnés au singulier : (( si quelqu'un te frappe », entre les conseils de charité, qui sont donnés au pluriel : « aimez vos ennemis » ; la sentence concernant le devoir de traiter les autres comme on veut être traité soi-même a été amenée après les conseils de patience, pour servir de transition aux derniers conseils de charité, si bien que tout l'arrangement de ce passage est artificiel. Il est à croire que Luc a trouvé séparés les éléments qu'il a ainsi mélangés. Il est possible qu'il lésait trouvés en rapport avec les préceptes mosaïques dont ils sont présentés comme le perfectionnement. Toutefois la reprise : « Mais je vous dis à vous qui m'écoutez * », n'est pas

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