Cf. Zaiin. GK. L 389-422; IIarnack, I
2. o'.à -i-jiizw/. Il faut sous-entendre devantce titre le mot jj^yv^^'-''"', comme devant /.oi-i MaOGaiov. Eusèbe, Hisl. eccl. iv, 29, 6, seml)le ne c-onnailre que par ouï-dire l'ouvrage de Ta tien, ce qui favorise peu l'hypothèse dune rédaction primitive eu grec : ô TaT'.avo; Tjvâœiiâv T'.va /.y.'. ajvayfDVïiV ojx. o;o' o-fD: tojv ^ùay- -'îÀ'^ov tjvOî'.: to O'.a T£773roov/ tojto -po^'ovo'aaasv, b /.t.: rrapâ ti3'./ j'^hti vOv ça'pïTa'.. Cf. Zahn, GK. I, ii:L
3. Évêque d'Édesse en 412, mort en 43.'). \'()ii- \'.-('.. BcnKin, ^'. Ephraini's quotatiotif. froni the Gospels, 57-58.
4. Par ex., apparition du feu sur le Jourdain pendant le baptême de Jésus cf. stipr. p. 38, n. 4, et Zahn, GK. l, 550); apparition du (^luist à sa mère ^cf.
le texte traditionnel des l'^vangiles ecclésiastiques. Il pourrait y avoir quelque imprudence à supposer ' que ces éléments du Dialessai'on se trouvaient dans les exemplaires des quatre Evang'iles que Tatien avait à sa disposition. Il est bien plus probable que, prenant pour base de sa compilation les quatre Evangiles qui étaient reçus dans les Ég-lises du monde grécoromain, il ne s'est p is interdit de les compléter, en certains détails, par des écrits de moindre importance que nul ne se fais sit scrupule d'employer, au moins dans Tusage privé. Quoi qu'il en soit, l'entreprise et le succès de Tatien, bien qu'ils s'expliquent en partie par les circonstances de personne et de milieu, prouvent cependant que la canonicité des quatre h^vangiles n'était pas encore un article de foi universelle : on pouvait préférer avoir un seul livre qui tiendrait lieu de ces quatre, comme Matthieu et Luc avaient voulu et avaient pu jusqu'à un certain point, remplacer leurs sources ; les quatre Évangiles étaient censés valoir par leur contenu, et Tatien les traitait encore comme œuvres impersonnelles ; c'étaient toujours, en bloc, les « Mémoires des apôtres » ; il n'avait pas conscience d'y changer rien d'essentiel en en faisant une sorte de somme évangélique. A cet égard, et bien qu'il accorde a a quatrième Evangile une place que Justin ne paraît pas lui avoir donnée ^, Tatien appartient, pour ainsi dire, à la même génération que son maître, et il retarde sur ses contemporains.
L'on peut dire la même chose d'Hégésippe, qui, vers 180, employait, sans doute concurremment avec les évangiles de la grande Eglise, l'Evangile des Hébreux et « l'Évangile syriaque », deux livres dont, en sa qualité de palestinien, il entendait la langue ^.
Denvs de Gorinthe, vers 170, se pi lint de gens qui altèrent ses lettres, soit par des omissions, soit par des additions qu'ils pratiquent dans les copies ; il ajoute qu'on en use de même avec les « Écritures du Sei-
1. Avec E. ScHÏiREB, dans Theolog. Literaturzeifung, 1891, p. 66.
2. Noter cependant la conclusion de Zahn, GK. Il, 556 : aucun évangile n'est entré aussi complètement que Jean dans le Diatessaron, mais il n'en est aucun dont le contenu historique ait été aussi violemment traité. Cf. Abbott, EB. II,
3. EusÈBE, Hisf. eccl. iv, 22, 8. i/. -z troCÎ xaO' 'E,3patouç eùayyeXîou xaî toO' }[!'jciazoCÎ xal ?ô''oj; îK T'^; '^Ejîpaiôo; oiakiy.xo-j Tivà TÎQrjaiv, sij.ça[v(ov ÈÇ 'E|jpa:Vov ÉauTOv TZôizia-Z'j- ZEvat, xa'. aXXa ai (oaav £x 'lo'jÔaixf]; àypaso'j "apaSojjw; [j.v7][xov£uet. L'Evang'ile « syriaque » ne peut être une traduction araméenne des Evangiles séparés ; ce doit être l'Évangile de l'Église syrienne, le Diatessaron, dont Eusèbe parle ici sans y reconnaître l'œuvre de Tatien. Cf. supr. p. 45, n. 2; Zahn, GK. I, 411 ; 11,657-658. II paraît arbitraire d'admettre (avec Stantox, 157) que l'Év. des Hébreux et « le syriarpe » désij^'nent un seul et même livre.
^neup ' », et l'on peut croire qu'il a en vue les sectateurs de Marcion et d'autres <:;iiostiques, car il ne veut pas dire que ces procédés soient d'usage courant dans l'Ég-lise. En tout cas, il connaît un recueil et un texte officiel du Noaveau Testament.
Claude Apollinaire, vers le même temps, reprochait aux quartodécimans de vouloir mettre Matthieu en contradiction avec le quatrième Evangile -.
Saint Jérôme a connu un commentaire de Théophile, évèque d'Antioche, vers 180-190, sur une harmonie des quatre Evangiles dont ce personnage lui-même aurait été l'auteur-'. L'o ivrage étant perdu, on ne saurait apprécier sa méthode; mais, autant qu'on en peut juger, par ses livres « à Autolycus ' », et par le témoignage de Jérôme, il se servait des quatre Evangiles ecclésiastiques, et de ceux-là seulement, mettant en termes exprès les évangélistes au même rang que les prophètes.
Irénée, son contemporain, est très explicite sur le nombre et l'origine des Évangiles ecclésiastiques. « Gomme il v a, écrit-il, quatre parties dans le monde où nous sommes, et q.iatre vents principaux, et que l'Eglise est répandue dans toute la terre, ayant pour colonne et appui l'Evangile et l'Esprit de vie, il convient qu'elle ait quatre colonnes qui soufïlent de toutes parts l'incorruptibilité et vivifient les hommes. D'où il suit que le Verbe, auteur de toutes choses..., ayant été manifesté aux hommes, nous a donné l'Evangile quadritorme, qui est dominé par un
1. Dans EusÈBE, Hist. eccl. iv, 23, 12. i-'-aroXi: yxo àBcXœwv à^iwaâvtfov ixe ypi<^cii lyoa'la. xa'. xaûxa; oi toj c!;a|j.)Àoj ànjjTOÀO'. r'-tavito.' YEyia'.xav, a asv l?a'.povJvTSç a ol ~p03T'.6iv-=:. oi; to oùa'. y.v.'y.'. cf. Ap. xxu, 18-19). oj ôajjjLa^TOv apa d xal tojv x'jp'.axtov paôio'jpyrjaat tive; ir:i|îj^jÀr|VTa'. ypacptov, orjj-i /.y.': zxïç oj TO'.ajTa'.ç i-'.|i:|ilO'jÀ£Jxacî'.. Cf. Stanton, 144.
2. Fragment cité dans la Chronique pascale (ap. Zahn, GK. I, 186). xaî Ai'^o-j'jvj o~'. ~fi '.o' TO — po^Saxov asxà t(ov 'xaOrjTwv ïçavcv ô xup'.o;, ~r\ oï [jLîyâÀri ri'xéox T(ov àrj;j.'')V xOto; ÏTZxfiv/, xaî oiTiyojvTat MaxOaïov outo) âÉveiv (Îj? vjvorjxas'.V oOsv àiJiiœfovoç Te vdaio v] vor|a'.; auTwv xaî. aTaataÇctv roxEi xax ' aùrojç ta ijayyiXLa Sur rauthenticité de cette citation, cf. Stanton, 141-142.
3. Ep. 121, ad AUjasiam. << Theophilus, antiochenae ecclesiae septimus post Petrum apostoluni episcopus, f[ui ([uatuor evaiigelistarura in unum opus dicta compingens, ingenii sui moiiumeata reliquit. » Y avait-il quelque rapport entre l'harmonie évangélique de Théophile et le Diatessaron de Tatien ? S. Jérôme n'en a rien soupçonné, et il ne pouvait le vérifier.
4. Cf. A'L Aiitol. 11, 22. Ô0v> oioajxojTiv Yxxt ai âyiai ypasal xal -âvTîç oi -vî'jjjia- Tâçi'jp->-,, l: (i)v T'oâvvTi; Àiyî'.* Èv àp/ 'i t)v ô XJyo;, xtX. III, 12. Ïti u.r]v xal -zpl O'.xx'.OïJv/,:, r,; ô vclao; £tpr,x;y, xxôXojOa z'jp'.7/.i:x'. /.xl Ta tcov -pTprjTwv xal T'ov ijayyEÀî'iv; sysiv O'.à to toj; nâ/Tx; -vej'j.xtoç jpjj: ivi. -v£J'j.aTi Oeoj À£ÀxXr,X£vai. 111, 13, Thcopniic cite librement, comme 7, EÙxyyiÀ'.o; çwvtI, Mt. v, 28, 32; II, 13, emprunt à Le. XVIII, 27.
48 LES ÉVANGILES SYNOPTKJUES
seul Esprit. » Cet Évangile un et quadruple est figuré par les chérubins quadriformes d'Ézéchiel. Il n'y a donc et « il ne doit y avoir que quatre Évangiles, ni plus ni moins ^ ». Irénée les nomme, il en désigne les auteurs, il en fait valoir Tautorité ; les hérétiques, dit-il, n'ont pas d'autre ressource que de prendre tel ou tel des livres ecclésiastiques et de l'exploiter au profit de leur doctrine ^ : c'est ce que font les ébionites pour Matthieu, les marcionites pour Luc, d'autres sectaires pour Marc, les valentiniens pour Jean ; les Évangiles ont été remis directement à l'Église par leurs auteurs, et la collection s'est ainsi trouvée constituée dès que le quatrième a été publié ; « Matthieu écrivit le sien chez les Hébreux, dans leur propre langue, lorsque Pierre et Paul prêchaient à Rome et fondaient l'Église; après leur mort, Marc, le disciple et l'interprète de Pierre, nous transmit par écrit ce que Pierre avait enseigné ; Luc, le compagnon de Paul, mit dans un livre l'évangile prêché par celui-ci; enfin Jean, le disciple du Seigneur, celui qui reposa sur sa poitrine, publia, lui aussi, un évangile, étant à Éphèse en Asie -^ »
1. Haer. III, il. Ètislôt) Tsa'jxpa /.Àiaaxa toO y.daj.oj, sv ti» la^iiv, ii'j:, y.ai TEaaapa xaOoXtxà 7:vc'j[i.aTa, xaria-aaTa-. te tj èxxXriata k-\ Tiaor]? x^; yrjç, dxoXo; t£ y.xl <jxrfpt.-^tj.ci. èxxXriaîaç xô eùaYyÉÀiov xaî TTVsuiAa Çto^;' eîxoxro; xÉaaapaç "r/eiv aùxf|V axôXoj;, x:avxa-/d0£v Tîvéovxa? x->|V àçÛapaïav zxl àvaÇoiTîupouvxa; xoùç àv6p(ô-0'jç. £ç ov sav^po'v, dxi o xwv ijîavxwv xïyvfx-^; Xdyo;, ô xaGr^ij-îvo; Ètt'i xà -/cpo'jjîîjA,.... iôtoxsv t];j.î'v xsxpâaop^ov xo
sùayyEXtov, âvt xî :îv£'j[iaxi auvsydfJLSVOv xxi yip xà yspoupia XExpa7:pda(.)-a xouxwv
0£ ouxto; âyovx.fov, [xocxatot ttxvxe; xaî àaaGîï?, Tipoaixi es xal xoX[j.r,po;, oî xÔîxouvxeç xtjv . îoEav xoii EÙaYvïXîou xal jVxï TîXsiova sVxc èXxxxovx Xfov eîoYjUEVfov Tjapetaçipovx:? xwv sOayYEXîtov ~pôaro~a.
2. Haer. III, H. <i Tanta est autem circa evangelia haec firmitas, ut et ipsi haeretici teslimonium reddaut eis, et ex ipsis egrediens unustjuisque eoruni
conetur suam confirmare doctrinam Cum eigo hi qui contradicunt, nobis
testimoniuin perhibeant et utantur his, firma et vera est nostra de illis ostensio. »
3. Haer. III, 1, 1. '■ TSon enim per alios dispositionem saluiis nostrae cogno vimus, quam par eos per quos evangelium pervenit ad nos : quod quidem lune praeconaveruut, postea vero per Dei voluntatem in scripturis nobis tradiderunt, fundameatum et columnam fidei nostrae futurum,.... Qui quidem et omnes pari-
ter et singuli eorum habentes evangelium Dei (Dans Eusèbe, Hist.eccl. v,
S) ô U.ÈV 0.', MaxOa'Oç iv xoïç 'EjJpaîoi; xrj ?ota aùx(T)v o-.xXsxxf;) xal ypaç/jV èçTiv^Y/.ev îùavviXiou, xoO riÉxpou xal xoj Ila'jXou Èv 'P<');j^t; £jxvy£Xi;^o;j.iV(.)v xal 0£;j.£X'.ouvx(o'/ xf|V ixxXïjolav. ij.£xà oï xr,v xoûxwv e?ooov Mapxo; ô [j.a6r,XTi: xal ip|j.cV£-jXT|; IlÉxpou xal aùxo; xà O-ô IIhxoou X7;ouaad;xcva iyypotçto; 7j;j.?v -apaoâôwxî, xal Aouxà; oè, ô àxJXou9oç ria'jXou, xô G-' ix=lvou xr,p-jcrc7d[X3vov sùayyéXiov âv pipXo) xaxiÔsxo. jTOtxa 'Itoâvvr,;, ô 'j.aO-/]xr|Ç xoj x'joio'j, ô xal s-l x6 ^7x^,60; aJxoS àva7:£'joy/, xal aùxô; i:i^t<>y.i xo suayysX'.ov, Èv 'EoicjM xr;; 'Aa:a; otaxp'pfov. Ailleurs (111, 10, 1) Irénée appelle Luc « sectator et discipulus apostolorum », sansdoule par une fausse interprétation de Le. 1, 3, qui se retrouvera plus loin.
Il faul évidemment l'aire clans ce témoij^nage la part des arguments et celle des traditions. Le rapport des quatre vents, des quatre parties du monde, des quatre fig'ures des animaux d'Ézéchiel, a été trouvé après coup pour appuyer les décisions ou la tradition de TÉglise touchant le canon des Évangiles. Cette tradition est acquise, on peut dire qu'elle est voulue par les chefs ecclésiastiques, mais on ne peut afTirmer qu'elle soit très ancienne dans sa détermination rigoureuse et exclusive. Irénée luimême est préoccupé de la justifier, et bien que l'admission du quatrième Évangile soit le point qui semble lui importer le plus *, il laisse assez voir que l'Evangile quadriforme, comme tel et pour chacune de ses parties, a encore besoin de s'affirmer, de se recommander; ce n'est pas pour rien qu'il insiste sur le nom et la qualité des auteurs. L'Église a fixé son recueil contre la gnose, et Irénée le défend contre ceux qui veulent plus ou moins d'évangiles que l'Kglise n'en admet. On a vu les raisons de providence qu'il trouve à la constitution du quadruple Évangile. Il ne faudrait pas les prendre pour un jeu d'esprit : toute l'argumentation chrétienne sur les prophéties et les figures de l'Ancien Testament consiste en rapprochements analogues. Mais Irénée invoque aussi la tradition : l'Église tient les Evangiles de ceux-mêmes dont elle tient sa foi, à savoir les apôtres ^. Et Irénée achève la démonstration ébauchée par les « anciens » de Papias; il précise l'assertion de Justin touchant les mémoires apostoliques qui ont été écrits soit par les apôtres eux-mêmes, soit par leurs disciples -^ Par malheur, ses précisions ne se fondent p is sur des renseignements plus complets ou plus solides : il ne fait que rép.'ter ce qu'il a trouvé dans Papias touchant Matthieu et Marc ' ; il veut, il est vrai, donner des dates qui ne sont point indiquées dans les propos de Jean l'Ancien, mais il les en a déduites; ce qu'il dit de Matthieu signifie simplement que ce personnage, étant apôtre et contemporain de Pierre et de Paul, a dû écrire en Palestine, où il était resté, pendant que les deux fondateurs