Supr. p. 23, n. 1 et n
A. LoisY. — Les Evnnyiles synoptiques. i
de rÉ^lisc romaine étaient à leur œuvre principale ; il apprécie visiblement par ses résultats le travail de Pierre et de Paul dans la capitale de l'empire, et il ne se rend compte ni de la durée de leur séjour, ni du rapport chronologique, ni des circonstances de leur ministère, ni même de ce que l'Ég-lise romaine, selon la réalité de Thistoire, était déjà toute fondée quand elle reçut la visite de TApôtre des Gentils et celle de Simon-Pierre ; de ce que Jean l'Ancien et Papias onl dit de Marc, il conclut avec raison que celui-ci est censé n'avoir écrit qu'après la mort de son maitre, mais il ne saurait dire combien de temps après, ni dans quelles circonstances spéciales ; il parle comme si chaque évangéliste, ayant conscience dune mission particulière à l'égard de l'Église et des siècles à venir, avait présenté, pour ainsi dire, ofïîciellement son œuvre aux communautés chrétiennes, qui n'auraient eu qu'à la recevoir avec respect; ce qu'il affirme de Luc est inféré du rapport qui est censé avoir existé entre l'auteur du troisième Évangile et des Actes, disciple de Paul, et l'Apôtre lui-même ; il a l'intention d'établir une égalité parfaite entre le disciple de Paul et celui de Pierre, entre l'Evangile qui contient la prédication de l'un et celui qui contient celle de l'autre; il ne s'est j)as aperçu que Luc était tout autre chose que ce que Paul appelle son « évangile » ; il n'a pas vu que l'évangéliste ne se réclame pas de Paul, mais seulement de ceux qui avaient été témoins de la vie et de l'enseignement du Christ ' ; quant à Jean, ce qu'il en sait résulte de l'attribution du livre à l'apôtre de ce nom, et de ce qu'il a trouvé dans l'Evangile même ^. La tradition catholique sur les Évaiigiles est maintenant constituée, et L'énée qui ne l'a point créée, qui s'en fait l'apologiste, aura contribué pour une bonne part à lui donner sa formule définitive. Cette tradition est un système théologique bien plus qu'un ensemble de données consistantes et véritablement historiques.
Le document connu sous le nom de Canon de Muratori, où l'on peut voir un témoignage touchant le recueil biblique de l'Eglise romaine vers l'an "200 -', accuse les mêmes préoccupations et les mêmes tendances qu'Irénée. Les notices consacrées à Matthieu et à Marc '* n'ont point été
1. Sur la façon dont Ii'énée interprète ce rapport, cf. siipr. p. 48, n. 3.