‹ Les évangiles synoptiquesChapitre 544 sur 829 · Cf. Me. III · texte numérisé non relu

Cf. Me. III

3. L'idée de mort spirituelle est dans Mr. viii, 21 (Le. ix, 59).

LE MESSAGE DE JEAN-BAPTIS lE 665

se trouve telle qu'on pouvait l'attendre de Jésus '. Le Sauveur a pu tenir le discours qui lui est attribué, en tlisant, conformément à Matthieu ^ : « Allez raconter k Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez. » Ce que les disciples du Baptiste peuvent, en ce moment, entendre et voir, ce n'est pas une profusion de miracles, mais comment Jésus enseigne, et letlet de l'Evang-ile sur la masse qui suit le Saiivevn*, troupe de malheureux que l'on pouvait bien qualifier d'aveug^les et de sourds, de boiteux et de lépreux, de morts à Dieu par le péché ; guéris de leurs infirmités spirituelles, ils prennent rang parmi les pauvres à qui le royaume est promis. La leçon de Luc '■' : « Allez raconter à Jean ce que vous avez vu et entendu », est secondaire par rapport à Matthieu. On la dirait conçue tout exprès pour éviter l'interprétation spirituelle, qui est favorisée par le texte primitif; du moins n'a-t-elle pas d'autre objet que d'accentuer la relation établie par l'évangéliste entre les paroles de Jésus et les miracles qu'il est censé avoir accomplis devant les messagers du Baptiste. Le caractère tout moral de l'Evangile étant précisément ce qui déconcertait Jean, il n'est pas surprenant que Jésus le lui présente comme la marque de sa vérité. La pensée du discours sera parfaitement une, si l'on suppose que le Sauveur suggère à celui qui l'interroge une interprétation des prophéties qui s'accorde avec 1 action que lui-même exerce, et l'avertissement final se rattachera bien à l'ensemble de la réponse. Celui qui ne sait pas voir ce qui se passe, comment des aveugles viennent à jouir de la lumière, toutes les infirmités de l'âme à se guérir, de nombreux morts à ressusciter, celui-là peut demander si le royaume ne vient pas encore ; mais il ne peut s'en prendre qu'à lui-même s'il ne s'aperçoit pas que le royaume arrive.

Matth. XI, 7. Et comme ils s'en Luc, vu, "24. Et quand les messaallaient, Jésus se mit à dire à la gers de Jean lurent partis, il se mit foule au sujet de Jean : « Quêtes- à dire à la foule au sujet de Jean :

1. Cf. tloLTZMANN, 66; Wellhausen, Mf. .")3. Il esl possible c(ue la série des termes métaphoriques se soit accrue dans la tradition, sous l'influence d'Isaïe. D omet, dans Mt. 5. zal /maoi -zç>:-.oi-:o\jiv/. Lai. k. omet, dans Le. 22 : « mortui resurgunt », que Ss. Se. placent après : « les pauvres sont év.angélisés ». Même disposition dans Se. pour Mr. ">, où Ss. et k. omettent lévangélisalion des pauvres.

2. y. 4. -ops'jÔiv-eç à-ayvsîÀaxc 'ItDavst a (xxo'jete -/.al jîÀétzïTc.

3. V. 22. a elocXE /.a; rjy.oj^axï. Noter la transposition des deux veri)es, et l'emploi de l'aoriste au lieu du présent.

VOUS allés contempler dans le dé- « Qu'êtes-vous allés contempler sert? Un roseau agité par lèvent? dans le désert? Un roseau agité 8. Qu'êtes-vous donc allés voir? Un parle vent? 25. Qu'êtes-vous donc homme vêtu mollement? Ceux qui allés voir? Un homme couvert de s'habillent de la sorte sont dans vêtements bien doux? Mais ceux les maisons des rois. 9. Qu'êtes- qui vivent en habits somptueux vous donc allés voir? Un prophète? sont dans les palais royaux. "26. Oui, je vous (le) dis, et plus qu'un Qu'êtes-vous donc allés voir? Un prophète. 10. C'est celui dont il prophète ? Oui, je vous (le) dis, et est écrit ; « \'oici que j'envoie plus qu'un prophète. 27. C'est lui devant ta face mon messa^^er, qui dont il est écrit : « \^oici que j'enpréparera la voie devant toi. » 11. voie devant ta face mon messag-er. Je vous (le) dis en vérité, parmi les qui préparera la voie devant toi. » enfants des femmes il ne s'en est 28. Je vous (le) dis, parmi les enpas levé de plus grand que Jean le fants des femmes il n'est pas de Baptiste; mais le plus petit dans le prophète plus grand que Jean; royaume des cieux est plus grand mais le plus petit dans le royaume que lui. 13. Et depuis les jours de de Dieu est plus grand que lui Jean le Baptiste jusqu'à mainte- (xvi, 16. La Loi et les Prophètes nant, le royaume des cieux est vio- jusqu'à Jean : depuis lors le lente, et des violents le dérobent, royaume de Dieu est annoncé, et 13. Car tous les Prophètes et la Loi chacun lui fait violence). 29. Et ont prophétisé jusqu'à Jean; 14. et tout le peuple, (r)ayant entendu, et si vous voulez (le) prendre (ainsi), les publicains ont rendu gloire à lui-même est Élie, qui doit venir. Dieu, ayant été baptisés du bap- 15. Qui a des oreilles entende ! » tême de Jean; 30. mais les pharisiens et les légistes ont anéanti le dessein de Dieu pour eux-mêmes, n'ayant pas été baptisés par lui.

Les deux évangélistes reproduisent, après le messag-e de Jean et la réponse de Jésus, un jug-ement, ou plutôt une série de jugements sur le Précurseur et sur sou oeuvre. La plupart de ces pensées devaient être groupées ainsi dans la source commune ; mais toutes n ont pas été prononcées dans la même occasion, et elles n'ont pas été dites à propos du message de Jean. Dans Larrangement actuel du récit, l'éloge du Baptiste semble destiné à corriger l'impression fâcheuse que pourrait donner l'épisode du message ; mais ce rapport est purement extérieur, les considérations sur le rôle de Jean et sa relation avec le royaume n'étant rien moins qu'une apologie. La sentence concernant Jean prophète et précurseur pourrait avoir été dite

avant rincident du message, dès les premiers temps de la prédication évangélique et de la captivité du Baptiste, tandis que l'appréciation générale sur la situation de Jean à l'égard du royaume semblerait plutôt avoir été formulée après sa mort. Tout cet ensemble est un recueil de souvenirs relatifs à Jean; les diverses déclarations du Sauveur auront été rattachées naturellement au fait du message, et l'indication : ce Quand les messagers furent partis », est une transition dépourvue de fondement historique.

Ce que Jésus dit dabord est sans liaison intime avec la démarche de Jean, et n'a pas été conçu pour défendre le Précurseur contre des gens que sa question aurait scandalisés. Cette question a pu sembler choquante aux commentateurs, et déjà les évangélistes en ont été quelque peu étonnés; mais elle ne devait pas surprendre, à moins que ce ne fût en un sens tout contraire, ceux qui l'ont entendue, puisque Jésus n'avait pas dit encore qu'il était le Messie, et qu'il ne le signifie même pas dans sa réponse à Jean, si ce n'est d'une façon indirecte, en tant que la présence du Messie peut être impliquée dans l'avènement du royaume. Si le jugement dont il s'agit avait été prononcé en cette circonstance, Jésus aurait simplement pris occasion du message de Jean pour dire ce qu'il pensait de sa personne et de sa mission.

Le ton du discours est celui d'une conversation familière, mais très animée, où l'orateur pose des questions auxquelles il va répondre lui-même, afin de montrer ce que Jean n'est pas et surtout ce qu'il est. Ce qu'on allait voir au désert, ce n'était pas, un roseau agité par le vent : il n'en manque pas au bord du Jourdain, et Jean était tout autre chose. Le Baptiste n'était pas un homme de volonté faible et changeante; il savait ce qu'il voulait et ce qu'il faisait; il suivait sa voie sans se laisser détourner ni arrêter par les raisons d'intérêt personnel et d'opportunité qui gouvernent généralement la conduite des hommes. Conclure de là que Jésus écarte le reproche de versatilité que l'on aurait pu adresser à Jean ', s'il avait réellement changé d'avis à propos du Sauveur, est singulièrement rétrécir et fausser le sens du texte. Jésus ne parle pas des opinions qui auraient pu se succéder dans l'esprit du Baptiste, mais de son caractère, de sa vie, de son rôle providentiel. Jean n'était pas non plus un individu efféminé, mollement vêtu, Luc

Page 1