LA PÉCHERESSE
le lavement des pieds. Il dit que la femme avait apporté un vase d'albâtre plein de parfum ; nosant le répandre sur la tête du Sauveur, ou tout simplement parce que la combinaison de l'onctiGn avec l'eifusion des larmes oblig^eait presque l'évangéliste à moditier en ce point la donnée de Marc, elle est censée avoir voulu honorer Jésus en versant ce parfum sur ses pieds. L'onction des pieds n'était pas d'usage ordinaire ; dans l'économie actuelle du récit, elle est un surcroit d'honneur, et l'on pourrait presque dire un trait de culte religieux. Dans le récit primitif, le baiser devait être le point essentiel, et il suffirait à expliquer le scandale du pharisien, non à raison de l'acte même, mais de la personne à qui Jésus le permet. Le baiser n'est pas seulement pour les Orientaux une marque d'affection, c'est aussi une marque d'honneur. Baiser les pieds est signe d'entière soumission. La pénitente veut honorer Jésus en s'humiliant elle-même ; ses larmes attestent son repentir.
Cependant le pharisien s'étonne que Jésus accepte l'hommage dune telle créature. S'il savait qui est cette femme, pense-t-il en lui même, il ne se laisserait pas toucher par elle ; et il saurait ce quelle est, s'il était prophète '. Ce n'est pas qu'un prophète soit obligé de tout savoir ; mais il doit être instruit de ce qui convient ou ne convient pas à son rôle de messager divin. La réflexion du pharisien n'est pas une preuve de malveillance ; elle peut traduire aussi bien une déception qu'une satisfaction maligne. Il ne lui vient pas à l'esprit que Jésus pourrait penser autrement que lui sur la ti'ansmission de l'impureté par le contact -, et sur la réserve qu il convient de garder à l'égard des pécheurs. Mais le Sauveur lui fait voir qu'il sait non seulement la condition de la malheureuse qui pleure derrière lui, mais encore le scrupule qui s'est élevé dans l'esprit de [son hôte : '< Simon j'ai quelque chose à te dire '. » Ce qu'il va dire est la réponse au doute que le pharisien n'a point manifesté,
1. W 3'J. o'JTOç zl ï|V -posrîxYjÇ, syîvfoa/.îv àv t;; /.al -OTa-y, fj -rjv/, Tjri; a7:x£Tat aÙTOu(D, r) à-TO[xÉvT, aÙTOu ; cf. p. 684, a. 2, lomission de f;T'.; r)v dans le v. 37), oti ôéaapioÀo; iaiiv. B lit ô -poErîtr]? (cf. Jn. i, 28, 23 ; vi, 14; vu, 40; ; mais cette leçon plus difficile C?! pourrait fort bien être une correction exégéticjue, afin que le pluirisien n'eût pas l'aii' de prendre Jésus pour un simple prophète. Il est peu naturel de lui faire dire: « Si celui-ci était le projihète qu'il croit être, etc. )) Ceux qui ont ajouté Tarticle devant -p-^^rj/j;, pensnient au Messie. Le pronom outoç n'implique pas nécessairement une nuance de mépris.