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698 LES ÉVAIVGILES SYNOPTIQUES
personnes quelconques ; et la démarche des parents n'a de sig-nification que si le propos qui est censé l'avoir motivée vient d'eux ou exprime un sentiment qu'ils partag-ent. Ils ne disent pas que Jésus ait perdu la raison, le mot dont se sert l'évangéliste n'ayant pas cette acception précise dans l'usage du Nouveau Testament, et s'employant pour désig-ner tout transport d'étonnement, d'admiration, de stupeur, d'enthousiasme: mais ils le croient dans un état d'exaltation mystique qui lui fait perdre le sens réel de la vie et de sa propre condition '. Leur projet n'est pas de le soustraire provisoirement aux inconvénients de sa popularité, mais de l'arrêter et de le tenir sous bonne garde chez eux. Si Matthieu et Luc '^ ne disent rien de semblable, ce n'est pas sans doute qu'ils n'aient pas trouvé ce passag-e dans Marc; c'est que, en ayant été plus ou moins choqués, ils auront jug-é opportun de l'omettre. Us l'auront laissé tomber d'autant plus facilement qu'ils négligeaient aussi la dispute avec les pharisiens, se proposant de la raconter plus loin d'après une source plus complète.
Une opinion plus défavorable encore à Jésus que celle de ses parents était celle des scribes venus de Jérusalem. Matthieu nomme, au lieu des scribes, les pharisiens en général; Luc emploie un terme vag^ue : « quelques-uns », mais il peut avoir en vue les pharisiens. Marc a parlé précédemment de la foule attirée par la réputation de Jésus, et où se trouvaient des g-ens de Jérusalem. Rien d'étonnant à ce qu'il se soit rencontré autour du Sauveur quelques scribes de la capitale, amenés par un sentiment de curiosité personnelle, ou bien venus avec mission d'observer le mouvement qui se dessinait en Galilée, et dont l'autorité religieuse pouvait dès lors se préoccuper. Témoins des guérisons que Jésus opérait sur les démoniaques, plutôt que de croire à une manifestation de la puissance divine dans les œuvres du thaumaturg-e galiléen, ils déclaraient que Jésus « avait Beelzeboul ' », qu'il était possédé par le prince des démons, et qu'il chassait ainsi les esprits subalternes par la puissance de celui qui le dominait lui-même. Une telle idée